Finances extérieures : le déficit s’allège mais reste inquiétant

Le déficit du compte courant de la balance des paiements s’est établi à  15,96 milliards de DH à  fin mars, en baisse de 18.7%. La baisse des importations explique ce recul. Le déficit pourrait augmenter durant les prochains trimestres si les cours des matières premières reprennent leur tendance haussière.

Le compte courant de la balance des paiements entre dans sa sixième année de déficit ininterrompu. Mais contrairement aux années précédentes où la courbe des déficits suivait une trajectoire résolument ascendante, ce début de 2013 marque un fléchissement, en lien sans doute avec la baisse des importations. Selon les dernières données de l’Office des changes portant sur le premier trimestre de cet exercice, le compte des transactions courantes de la balance des paiement a en effet enregistré un déficit de 15,96 milliards de DH, soit une baisse de 18,7% par rapport au premier trimestre de 2012 (voir graphe). Par rapport au PIB (trimestriel bien sûr), ce niveau de déficit est en recul de 2,3 points : 7,4% au lieu de 9,7% un an auparavant.

Si cette tendance devait se poursuivre, le besoin de financement de l’économie, à la fin de l’exercice, devrait connaître une certaine amélioration. Le Haut commissariat au plan (HCP), dans sa dernière note d’information présentant la situation macroéconomique du Maroc en 2013, dans le cadre du Budget économique exploratoire 2014, a d’ailleurs estimé ce besoin de financement (qui correspond au déficit courant) à 6,8% du PIB, contre 10% en 2012. Bien entendu, les difficultés de l’économie ne sont pas levées pour autant, surtout si l’on se rappelle que, jusqu’en 2007, on enregistrait plutôt des excédents à ce niveau. Néanmoins, la tendance est intéressante, pour peu qu’elle se poursuive.
L’examen des éléments composant la balance des paiements, en particulier dans sa partie «haute», directement liée à l’activité économique, montre que le fléchissement du déficit résulte pour l’essentiel de la baisse des importations de biens. Celles-ci se sont établies à 84,9 milliards de DH à fin mars, au lieu de 108,3 milliards un an auparavant. C’est une baisse assez conséquente : -21,6%. D’aucuns pourront rétorquer que cette situation reflète surtout la morosité des activités non agricoles, ce qui n’est pas tout à fait sans fondement puisque, au premier trimestre en effet, l’essentiel de la croissance provient de l’agriculture. Les comptes nationaux que le HCP vient de publier indiquent que le PIB hors agriculture a accusé un net ralentissement, s’établissant à 1,9%, au lieu de 4,5% le même trimestre de 2012. En revanche, la valeur ajoutée agricole a, elle, augmenté de 17,7% contre une baisse de 8,3% un an auparavant. Donc, clairement, c’est l’agriculture qui a permis de réaliser une croissance de 3,8% au premier trimestre, contre 2,8% à la même période de l’année dernière. Moyennant quoi, la chute des importations s’explique, en partie, par le ralentissement de l’activité hors agriculture. Mais seulement en partie. Car, si le déficit du compte courant a reculé de plus de 3 points, c’est parce que les exportations, de biens comme de services, se sont à peu près maintenues à leur niveau de mars 2012. En particulier, les exportations de services, même si elles ont baissé de quelque 700 millions de DH, qui ont dégagé un solde excédentaire de 9,4 milliards de DH, au lieu d’un excédent de 8,7 milliards l’année dernière à la même période. C’est donc l’amélioration du solde des échanges de biens et services qui a généré le recul du déficit courant.

Moindre ponction sur les réserves en devises

S’agissant des autres rubriques du compte des transactions courantes, les variations enregistrées ne sont pas très significatives. Ainsi, les transferts courants, structurellement excédentaires (le Maroc étant un pays d’émigration que d’immigration) ont enregistré une hausse, en termes de solde, de 2,1% à 15,5 milliards de DH. La balance des revenus, structurellement déficitaire (le Maroc est surtout récipiendaire d’investissements qu’investisseur à l’étranger), a toutefois dégagé un déficit moins élevé que l’année dernière : -1,2 milliard de DH au lieu de -2 milliards de DH. Mais ce résultat ne préjuge en rien des développements qui peuvent intervenir en cours d’année. Cette balance recensant, en débit, principalement les transferts de dividendes et les intérêts payés sur la dette publique et, en crédit, les revenus générés par les investissements marocains à l’étranger (de toute façon modestes), on peut considérer que le gros des transferts de dividendes interviendra les mois à venir, comme d’ailleurs cela a pu être observé ces dernières années ; les sociétés étrangères étant libres de décider du moment du transfert, contrairement au paiement des intérêts qui, lui, intervient à des échéances connues d’avance. Cela pour dire que durant le premier trimestre de 2013, le gros des revenus recensés a dû se limiter au paiement des intérêts de la dette, d’où l’amélioration du solde déficitaire.

Dans le «bas» de la balance des paiements, c’est-à-dire la partie où sont comptabilisées les opérations de capital et d’opérations financières (qui se résume en fait aux opérations financières), deux faits notables méritent d’être signalés. D’une part, les investissements directs étrangers ont augmenté de 15,9%, à 10,4 milliards de DH. D’autre part, la ponction sur les réserves de devises pour compléter le financement des opérations du commerce extérieur a été modeste (même si, au vu de la situation actuelle, chaque centime a son importance) : 991,3 millions de DH au lieu, tenez-vous bien, de 13,7 milliards de DH à la même période de 2012. Ce résultat a été possible essentiellement grâce à la réduction du déficit de la balance commerciale, comme déjà indiqué.

Bref, la situation des finances extérieures, tout en restant encore extrêmement fragile, et c’est un euphémisme, montre cependant quelques signes d’amélioration. Non pas seulement en raison des flux de devises reçus depuis la fin de l’année 2012 au titre des emprunts effectués sur le marché financier international et qui ont amélioré quelque peu le niveau de couverture des importations (voir encadré), mais aussi, et c’est le plus important, de l’allègement du déficit commercial. Les derniers chiffres arrêtés à fin mai semblent corroborer ce constat : les importations de biens et services ont baissé de 3,1% (ou -5,6 milliards de DH), alors que les exportations de biens et services ont, elles, stagné (-0,7%) ; ce qui a conduit à l’amélioration du taux de couverture, lequel s’établit, à fin mai, à 68,4% au lieu de 66,8% en mai 2012. Les recettes des MRE, de leur côté, progressent de 0,2%, à 22,43 milliards de DH, tandis que les investissements étrangers augmentent de 42,5%, à 19,12 milliards de DH. Pourvu qu’il n’y ait pas de retournement dans la tendance à la baisse des prix des matières premières, notamment énergétiques…