Financement : les banques exigent-elles trop de garanties des entreprises ?

Les entreprises considèrent que les banques ne se soucient pas de leurs spécificités. Les banques verrouillent leurs procédures d’octroi pour des impératifs de respect des ratios prudentiels en premier lieu. Bank Al-Maghrib appelle à  l’utilisation des systèmes de notation interne pour ne pas trop se couvrir, mais mieux se couvrir.

L’allégation selon laquelle les banques demandent plus de garanties qu’il n’en faut pour couvrir leur exposition au risque relève-t-elle d’un préjugé ou de la réalité ? A en croire le discours des entreprises, notamment les petites et moyennes, la politique de gestion des risques décrétée par l’ensemble des instances décisionnelles des établissements bancaires de la place, et l’exigence de sûretés réelles et personnelles toujours plus nombreuses que nécessaire, les empêchent d’accéder au financement. «En contrepartie d’un crédit de 800 000 DH, le banquier m’a demandé en plus de ma caution personnelle, le nantissement du fonds de commerce et l’hypothèque d’un bien immobilier. Les trois à hauteur du montant du crédit, soit une couverture de 2,4 MDH en contrepartie d’une enveloppe de 800 000 DH», fait savoir l’associé gérant d’une société opérant dans les nouvelles technologies à Casablanca. D’autres patrons de sociétés affirment que les banques standardisent leur exigence de garanties sans tenir compte des spécificités de chaque entité prise séparément, et continuent de prêter aux riches en ne se fiant qu’à leur surface patrimoniale bien garnie. «Au vu des garanties demandées, les banques semblent vouloir se faire de l’argent sans courir le moindre risque. Ce qui est contraire même à la définition économique du bénéfice considéré comme la juste rétribution du risque», nuance le DAF d’une PME exerçant dans le textile.

Du côté des banques, l’on insiste sur le fait qu’il n’y a pas du tout de standardisation des conditions et que les dossiers sont traités au cas par cas. «En règle générale, nous exigeons plus de garanties que la norme lorsque l’étude du dossier elle-même démontre qu’il existe un risque supplémentaire sur le projet. Techniquement, lorsque le comité observe que l’exposition en cas de défaut est importante, il tend à la réduire à travers plus de sûretés», explique un directeur général de BMCE Bank. De plus, selon les banquiers, les garanties ne sont pas cumulatives et sont plutôt complémentaires, d’autant plus que leur valeur n’est pas constante. «Les couvertures que nous détenons peuvent changer de valeur. L’exemple le plus parlant est que nous avons vu récemment un portefeuille de valeurs mobilières, retenu en garantie sur un grand dossier, se déprécier de 70%. C’est justement pour parer à ces cas de figure que nous demandons une deuxième, voire une troisième garantie», argumente une responsable Corporate chez BMCI. Elle souligne également que même en détenant des sûretés en couverture du risque couru, la procédure de leur réalisation, une fois mise en jeu, est fastidieuse et occasionne des frais colossaux qui viennent en déduction de la valeur des garanties en question. «Ce qui nous pousse à ne pas nous limiter à une seule garantie et en diversifier la consistance pour pouvoir compenser», poursuit-il.

Le calcul des ratios prudentiels détermine la nature des garanties

Par ailleurs, les banques de la place se voient amenées également à exiger toujours plus de garanties pour être en conformité avec les dispositifs prudentiels. Selon les professionnels, la propension à se couvrir davantage émane de leur besoin à diviser le risque et ainsi en atténuer l’exposition. «Nous essayons d’optimiser le coût des ressources lors du calcul du ratio de solvabilité en jouant sur des pondérations inférieures de risques couverts par des garanties consistantes», concède la responsable de la BMCI. Son propos est corroboré par des hauts cadres de la direction de la supervision bancaire à Bank Al-Maghrib. Selon eux, les garanties ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Certaines ne sont pas prises en compte sur le plan prudentiel, c’est le cas notamment de la caution personnelle et du nantissement du fonds de commerce. Les risques couverts par ces derniers ne sont pas atténués lors du calcul des ratios prudentiels et des provisions pour les créances en souffrance. A ce titre, la circulaire 19-G stipule expressément que seuls les risques couverts par des titres ou garanties de l’Etat, du cash ou des bons de caisse sont à pondérer avec un coefficient nul ; pour ceux qui sont couverts par une hypothèque, le coefficient retenu est de 50%. «La prudence des banques que traduit leur propension à se couvrir davantage s’est révélée salvatrice dans la conjoncture actuelle caractérisée par une montée en flèche sans précédent des créances difficiles», estiment les spécialistes.

Ceci étant, la direction de la supervision bancaire a toujours incité les banques à utiliser leurs systèmes de notation interne dans le cadre des méthodes avancées de Bâle II pour optimiser leur gestion de risque sans que cela ne se traduise par l’éviction des entreprises aspirant au financement bancaire. Ces systèmes permettent de n’exiger plusieurs garanties que si le rating de la contrepartie le requiert. Cela dit, le marché est de plus en plus concurrentiel et les entreprises peuvent dorénavant être mieux servies en faisant le tour des établissements de la place.