Financement « halal » : l’arrêt de la commercialisation des produits de la BCP fait chuter l’encours de 15%

La banque a interrompu la commercialisation de ses offres « halal » en raison de problèmes techniques rencontrés en début d’année. Elle prépare une offre plus agressive qui devrait être lancée début 2012. Probable création d’une filiale dédiée pour contrer Dar Assafaa, l’antenne d’Attijariwafa bank.

Après une croissance hésitante depuis leur lancement en 2008, les produits de financement dits alternatifs ont vu leur encours chuter de manière notable ces derniers mois. En effet, les solutions bancaires estampillées officieusement halal totalisent, selon les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib, un encours de 744 MDH à fin juillet, soit une baisse de 15% depuis le début de l’année. Dans le lot, la solution Mourabaha pour les financements mobiliers et immobiliers pèse la quasi-totalité de l’encours, quand Ijara ne dépasse pas 9 MDH.
Pourquoi une telle décrue alors que la Banque centrale tablait sur un encours d’un milliard de DH d’ici la fin de l’année ? La baisse s’explique en fait par une raison technique, à savoir que la Banque centrale populaire (BCP), seul établissement qui a investi jusqu’à présent ce marché à côté de Dar Assafaa, la filiale d’Attijariwafa bank dédiée au financement alternatif, a arrêté la commercialisation de ses offres alternatives depuis le début de l’année. «Cet arrêt fait suite à des problèmes techniques rencontrés au niveau de la commercialisation de nos solutions», justifie Laidi El Wardi, directeur général adjoint de la banque.
Mais il ne s’agit là que d’une interruption pour la banque au cheval, puisqu’elle planche sur une refonte approfondie de ses produits pour lancer de nouvelles solutions qui devraient s’appuyer sur un effort commercial plus agressif. «La nouvelle offre de produits alternatifs devrait être dévoilée dans le courant du premier trimestre 2012», confie M. El Wardi. Quant à savoir si la BCP optera, comme Attiajariwafa bank, pour une filiale de financement exclusivement dédiée à ce type de produits, la question ne semble pas encore tranchée. «Nous menons actuellement une étude sur l’opportunité d’une filialisation mais les conclusions n’ont pas encore été arrêtées», fait savoir le DGA de la banque.

Bientôt des banques islamiques à part entière ?

Pour leur part, les spécialistes s’accordent à dire que la filialisation demeure la solution la plus indiquée pour diffuser les produits alternatifs. Elle induit une structure indépendante disposant d’une comptabilité distincte et de capitaux propres isolés de l’activité bancaire classique, ce qui permet de prouver que les financements proviennent de fonds conformes à la chariaâ. En outre, «la filialisation permet de déployer une stratégie de commercialisation ciblée s’appuyant sur une communication et un conseil de la clientèle adaptés aux produits alternatifs», pense-t-on au sein de Bank Al-Maghrib.    
Il est attendu que la généralisation des structures spécifiques aux produits islamiques ainsi que la diversification de l’offre de produits (voir encadré) boostent ce segment du marché. Un horizon favorable semble également s’ouvrir pour les solutions alternatives avec l’accession au gouvernement du parti islamique, le PJD. En effet, le parti de la lampe a de tout temps affirmé son soutien pour le développement de ce type de produits et a même transmis ce début d’année à la commission des finances de la deuxième Chambre une proposition de loi pour l’introduction de banques islamiques. Plus que l’établissement de filiales dédiées, cette loi devrait permettre la création pure et simple de banques qui proposeront des lignes de crédits conformes aux exigences de la Chariaâ.

Les financements alternatifs restent plus chers que les crédits classiques

 Une gageure en l’état actuel des choses vu les conditions imposées par la loi bancaire et les garanties réclamées par l’Institut d’émission pour décrocher un agrément.
Ces efforts volontaristes pourront-ils néanmoins, à terme, rendre les produits de financement halal plus intéressants financièrement ? Car il faut savoir que ces derniers demeurent aujourd’hui plus chers que les solutions classiques, en dépit des multiples aménagements fiscaux opérés pour mettre fin à la double imposition au niveau des droits d’enregistrement qui grèvent les solutions halal. Ainsi, à titre d’exemple, un salarié du privé percevant 14 000 DH par mois peut obtenir auprès d’un établissement classique un crédit immobilier allant jusqu’à 850 000 DH sur 20 ans, assorti d’une mensualité de 6 469 DH, en plus de 3 512 DH de frais. Alors que le même salarié ne peut prétendre auprès de Dar Assafaa, seul établissement proposant aujourd’hui Mourabaha pour un financement immobilier, qu’à un crédit de 800 000 DH assorti de surcroît d’une mensualité plus chère de 7% (6 927 DH) et de frais bien plus conséquents (plus de 26 000 DH).