Résultats 2010 des Sociétés cotées

Un bénéfice global de 30 milliards de DH et une activité qui progresse de 11%

Finalement, les analystes ne se sont pas trop éloignés de la réalité en prévoyant une croissance bénéficiaire de 10% en 2010 pour les sociétés cotées. Celles-ci ont en effet dégagé un résultat global de 30,27 milliards de DH l’année écoulée, en hausse de 8,8% par rapport à 2009. L’exercice était pour le moins difficile, car le contexte dans lequel évoluaient plusieurs secteurs de la cote était très incertain. Heureusement, entre le rattrapage de certaines sociétés par rapport à 2009, la performance réalisée par d’autres en 2010, et la dégradation de la rentabilité de quelques opérateurs, la croissance a fini par atteindre, ou presque, le niveau escompté. Tout cela s’est fait, rappelons-le, au cours d’une année mouvementée en Bourse, avec notamment la radiation des holdings Ona et Sni dans le cadre d’une méga opération stratégique au sein du groupe royal, et l’inscription à la cote de deux nouvelles sociétés, à savoir l’assureur Cnia-Saâda et le distributeur automobile tunisien Ennakl.

Une activité tirée par le raffineur Samir et le secteur bancaire

Cette capacité bénéficiaire de 30 milliards de DH résulte d’une activité agrégée qui s’établit à 236,66 milliards de DH. A ce niveau, elle progresse de 11,4% par rapport à 2009, soit un additionnel de chiffre d’affaires de 24,2 milliards de DH. Presque tous les secteurs de la cote contribuent positivement à cette croissance, à l’exception du compartiment des matériaux de construction, dont le chiffre d’affaires a fondu de 1,65 milliard de DH, et dans une moindre mesure celui des sociétés informatiques dont l’activité a reculé de 23 MDH dans une année d’érosion généralisée des prix de vente des produits technologiques. Pour les matériaux de construction, Sonasid est de loin le mauvais élève du secteur, avec une activité qui chute de 25% sous l’effet du recul de la consommation nationale d’acier et d’un marché dont la surcapactité a atteint 40% avec l’arrivée de nouveaux sidérurgistes.
Il reste que ces contre-performances n’ont eu qu’un impact limité sur les réalisations globales de la cote, qui ont été fortement tirées par le raffineur Samir et les six banques cotées. En effet, suite à la flambée en 2010 des cours pétroliers, et de l’amélioration de 4% de ses ventes en quantité, la Samir a généré un chiffre d’affaires en appréciation de 10,7 milliards de DH par rapport à 2009, soit la plus forte contribution à la croissance de l’activité de la cote. Le secteur bancaire vient juste après, avec des produits d’exploitation bancaires en expansion de 5,4 milliards de DH grâce aux brillantes réalisations d’Attijariwafa bank et BMCE Bank, dont la stratégie de développement en Afrique s’est avérée payante.

Les cimenteries et les industries agroalimentaires dans une mauvaise passe

Et sans grande surprise, l’acquisition en 2010 par Label’Vie de l’hypermarché Metro a propulsé le chiffre d’affaires du compartiment des distributeurs (+3,3 milliards de DH de chiffre d’affaires). Sa performance dépasse de loin le gain d’activité réalisé par les promoteurs immobiliers (+1,8 milliard de DH), suite notamment à la bonne tenue du logement social, par Maroc Telecom (+1,3 milliard) dont les filiales africaines montent graduellement en puissance, et par les sociétés minières (+909 MDH) qui ont surfé en 2010 sur la vague des cours mondiaux des métaux.
Cela dit, sur le plan de la rentabilité, la croissance de l’activité a été partiellement rognée par les mauvaises prestations des sociétés de matériaux de construction et celles des industries agroalimentaires. Le résultat d’exploitation global du marché a en effet limité sa progression à 6,5%, s’établissant à 53,42 milliards de DH. Il faut dire que ces deux compartiments ont privé la rentabilité opérationnelle de la cote de près de 1,4 milliard de DH. Hormis Sonasid, dont le résultat d’exploitation est désormais déficitaire, Lafarge et Cimar ont perdu respectivement 330 et 205 MDH de résultat comparativement à 2009, sous l’effet d’une consommation nationale de ciment en stagnation et d’un prix des combustibles en forte augmentation. Et dans l’industrie agroalimentaire, Lesieur a vu son résultat se dégrader de 184 MDH en raison du transfert en 2010 de la consommation de l’huile de table vers l’huile d’olive, Centrale Laitière a dégagé un bénéfice opérationnel inférieur de 75 MDH par rapport à 2009 à cause de la flambée du cours de la poudre de lait, et Brasseries du Maroc, dont le résultat a perdu 44 MDH, accuse le coup de la baisse des ventes de boissons alcoolisées suite à des augmentations d’impôts.
De fait, la hausse de 6,5% du résultat opérationnel du marché est la conséquence de l’amélioration de la rentabilité du secteur bancaire coté, qui a gagné 1,9 milliard de DH par rapport à 2009, grâce notamment aux bonnes performances de la BCP, dont la fusion avec la Banque régionale de Casablanca a été porteuse de rentabilité, et au rattrapage de BMCE Bank par rapport à une année 2009 difficile. La contribution des sociétés immobilières a été également importante (+821 MDH) compte tenu de la réalisation de projets de haut standing à fortes marges. Du reste, les sociétés minières et pétrolières ont apporté un additionnel de résultat de près de 1,2 milliard de DH, étant donné la hausse des cours des matières premières à l’international et l’amélioration des performances industrielles.

Les banques et les sociétés immobilières, véritables moteurs de la croissance bénéficiaire

Au final, à 30 milliards de DH, la capacité bénéficiaire parvient à augmenter plus rapidement que la rentabilité opérationnelle. Avec ses 8,8% de croissance, soit un additionnel de 2,45 milliards de DH par rapport à 2009,  elle permet au marché de maintenir ce seuil symbolique de résultat, même après la radiation d’Ona et Sni. Les banques et les promoteurs immobiliers cotés ont été les véritables moteurs de cette croissance. Les premières ont généré un bénéfice en hausse de 1,4 milliard de DH, grâce à l’effet fusion de la BCP avec BP Casa, la forte amélioration du coût du risque de BMCE Bank, et la déconsolidation de l’activité hôtelière déficitaire des résultats du CIH suite à leur cession à la CDG. Alors que dans l’immobilier, le quasi-doublement du bénéfice d’Addoha, en raison de la baisse du poids de son endettement, a permis au secteur de drainer un additionnel de résultat net de 820 MDH.
Naturellement, les industriels des mines et du pétrole de la cote ont profité de la hausse des cours mondiaux des matières premières pour améliorer leurs bénéfices de 650 MDH (330 MDH pour les premiers). Alors que les compagnies d’assurance, qui ont accueilli un nouvel acteur en 2010, se sont bien rattrapées par rapport à 2009 grâce à la hausse du marché actions.
Notons que la croissance bénéficiaire de la cote aurait pu dépasser les 10% si le secteur des matériaux de construction, celui du crédit à la consommation et les industries agroalimentaires n’avait pas dégagé des résultats en forte baisse. Pour les sociétés de financement, l’année a été difficile, à l’instar des deux autres compartiments, suite à la décélération de la production de nouveaux crédits et à la montée en flèche du coût du risque.
Signalons enfin que malgré leur repli en 2010, les marges des sociétés cotées restent globalement supérieures aux niveaux de 2008. La marge opérationnelle moyenne de la cote se situe en effet à 22,6% et la marge nette globale à 12,8%.