Finance participative : Entretien avec Abdessamad Issami, Président du Directoire Umnia Bank

Depuis son démarrage en mai 2016, l’établissement a déjà effectué des milliers d’ouvertures de comptes et de souscriptions aux produits et services, et des centaines de dossiers de financement immobiliers sont en cours de traitement. Le chantier pour la création de la banque a démarré en avril 2015 et plusieurs étapes- clés ont été franchies avant même l’obtention de l’agrément de Bank
Al- Maghrib.

Quelle place est appelée à occuper la finance participative dans le paysage financier national et quel en est l’enjeu pour le Maroc? Quelle est la vision d’Umnia Bank pour cette nouvelle industrie?

La création du cadre institutionnel et réglementaire de la finance participative au Maroc, qui comprend outre la banque, l’assurance et le marché des capitaux, est motivée par une volonté de bancariser des Marocains et de développer une offre pour les citoyens qui n’ont pas recours à la finance conventionnelle. Cela amènera de fait de nouvelles perspectives de développement pour l’investissement et la mobilisation de l’épargne. Il s’agit aussi d’amener à travers ce nouveau secteur une dimension supplémentaire à l’offre Maroc dans le cadre de la stratégie nationale visant à faire du pays un centre financier régional à travers Casablanca Finance City. Pour notre part, au niveau d’Umnia Bank notre vision pour cette nouvelle industrie se décline à travers une volonté d’être la banque de référence pour ce segment en s’appuyant sur l’expertise complémentaire des actionnaires fondateurs de la banque.

Quand a démarré le chantier pour mettre en place Umnia Bank et quelles ont été les grandes étapes franchies avant d’en venir au lancement?    

Le chantier pour la création de la banque a démarré en avril 2015, date à laquelle nous avons établi le pacte d’actionnaires (le capital d’Umnia Bank est détenu par Qatar International Islamic Bank -QIIB- CDG et CIH Bank) et entamé la construction d’un Business model et du Business Plan. Le projet a pris sa vitesse de croisière en octobre 2015 avec le dépôt d’un dossier de demande d’agrément auprès de Bank Al- Maghrib. Des étapes clés ont été accomplies avant même l’obtention de l’agrément et même préalablement à son dépôt, ce qui démontre la volonté et la confiance des actionnaires. Par exemple, le lancement de l’appel d’offres pour doter la banque d’un système d’information s’est fait juste avant le dépôt de la demande d’agrément auprès de BAM. L’idée qu’un dossier solidement ficelé allait nécessairement obtenir l’autorisation des autorités nous a confortés dans cette démarche. Cette décision de commencer à constituer la banque sans attendre l’obtention de l’agrément souligne aussi la volonté et la confiance des actionnaires. En tant qu’établissement bancaire à part entière, créé en Green Field, Umnia Bank a mis en place les processus spécifiques à son activité avec son propre système d’information. Au volet ressources humaines l’on a procédé au recrutement de l’équipe Projet et Réseau, sa formation aussi bien au niveau local qu’à l’international à travers notre partenaire QIIB. Nous avons aussi conçu la charte de la banque déployée, notamment à travers l’identité visuelle et l’aménagement des agences comprenant le logo, l’éditique, les moyens de paiement …

L’on s’est aussi attelé à la construction des canaux de distribution à travers l’identification et l’aménagement des agences et du siège, la mise en place du centre de Relations clientèle, le Site internet de la banque…

Pour la gestion de tous ces volets, Umnia Bank a bien évidemment capitalisé sur les expertises de ses actionnaires mais a aussi fait appel à des compétences externes. Parallèlement à toutes ces démarches nous avons poursuivi l’instruction du dossier de demande d’agrément et avons été auditionnés par BAM pour présenter le projet. Ces efforts soutenus ont été couronnés de succès à l’annonce en janvier dernier de l’avis favorable pour notre agrément et surtout du fait que l’on a été la première banque à se lancer sur le marché.

Comment se positionne Umnia Bank sur le marché de la finance participative? Quels sont notamment les éléments distinctifs de votre offre? 

Umnia Bank est la première banque participative à s’être lancée sur le marché avec un capital de 600 MDH et elle fait de l’innovation un axe stratégique pour développer avec conviction et passion la finance participative au Maroc. De par ses actionnaires, la banque bénéficie de plus de 25 ans d’expertise dans le domaine de la finance participative et un savoir-faire séculier dans l’immobilier et l’investissement dans l’économie.

Nous sommes une banque universelle de plein exercice avec une offre bâtie autour de la banque au quotidien, ainsi que le financement et l’épargne pour toutes les catégories de clientèle.

En plus de son réseau d’agences qui couvre le territoire national, la banque se veut axée sur le digital à travers une stratégie multi-canal basée sur l’innovation permettant aux utilisateurs de gérer leurs comptes à distance en ligne ou à travers des applications mobiles pour une plus grande proximité client. Grâce à ce modèle, Umnia Bank constitue une alternative pour des clients à la recherche d’une banque en phase avec leurs valeurs et dont ils vont faire leur banque principale.

Quels sont les priorités et objectifs de la banque?

Umnia Bank a pour ambition de devenir la banque de référence dans la finance participative, proche de ses clients et de leurs convictions. En tant que banque universelle de plein exercice nous avons la volonté d’adresser tous les segments de clientèle, particuliers, professionnels, entreprises et institutionnels. A cet effet, à côté de notre réseau d’agences qui couvre le territoire national et un Centre de relation clientèle performant, la banque s’appuie sur le digital à travers une stratégie multi-canal.

Umnia Bank a ouvert ses premières agences depuis mai dernier. Quel est le bilan de la phase de lancement et quels sont les enseignements que vous en avez tirés?

Dès la publication de l’agrément de BAM au Bulletin officiel, Umnia Bank a ouvert ses premières agences à Casablanca et Rabat pour accueillir des clients et répondre à leurs questions. Le succès était immédiat comme en témoignent les milliers de clients qui ont visité nos agences. Cet engouement s’est traduit, par la suite, par le développement de notre réseau à travers l’ouverture de 11 agences dans 8 villes à fin octobre, des milliers d’ouvertures de comptes et de souscriptions à nos produits et services, ainsi que des centaines de dossiers de financement immobiliers en cours de traitement. Aujourd’hui, plusieurs clients ont pu concrètement financer leur acquisition immobilière grâce à la Mourabaha, des opérations marquées par des instants de forte émotion pour nous et surtout pour certains clients qui souhaitaient accéder à la propriété depuis des années sans pouvoir trouver l’offre de financement qui leur correspond. En somme, nous constatons un appétit important aussi bien en termes de demandes d’informations sur le mode de fonctionnement de cette nouvelle industrie, qu’en termes de volonté de souscrire effectivement à des produits et ce sur toutes nos régions de présence. Nous notons aussi déjà une forte reconnaissance d’Umnia Bank par les clients qui s’identifient à la banque et à ses valeurs.

A l’échelle de tout le secteur les opérateurs ont aujourd’hui la preuve que la demande pour les solutions participatives est très forte et tous sont conscients de l’importance du lancement d’un nouveau marché financier au Maroc pour assurer une nouvelle dynamique économique.

Quels sont selon vous aujourd’hui les points clés pour que cette industrie puisse réaliser son potentiel au Maroc?

A présent que les banques participatives ont effectivement lancé leur activité, il s’agit d’accélérer le rythme pour la mise en place des autres composantes de tout l’écosystème de la finance participative. Jusqu’à présent, des chantiers d’importance qui ont déjà pu être finalisés portent sur la connexion des établissements participatifs au système de place compensation, la diffusion de certains modèles de contrats relatifs notamment à la banque participative, la gestion de la monétique… Des dossiers en cours de traitement portent sur la rédaction des modèles de contrats d’autres produits participatifs, l’élaboration des notices techniques des solutions devant déterminer un ensemble de paramètres pratiques ainsi que l’implémentation des règles comptables et prudentielles.

Suivront encore à terme, la mise en place de l’assurance participative Takaful ou encore le système de garantie des financements. Toutes ces actions sont actuellement menées au sein de la profession en collaboration avec les autorités, notamment BAM et le Conseil supérieur des oulémas.

En outre, d’importants efforts doivent être déployés pour la vulgarisation des concepts de la finance participative. Par ailleurs, les pouvoirs publics poursuivent leur démarche pour parvenir à une neutralité fiscale, réglementaire et prudentielle pour l’industrie participative par rapport au secteur bancaire conventionnel.