Fin de l’aventure pour Cellulose du Maroc

Le spécialiste de la pà¢te à  papier a arrêté officiellement la production. Les 250 employés ont reçu leur solde de tout compte. L’entreprise a perdu 84.4 MDH en 2012 et ses dettes fournisseurs se sont établies à  40 MDH.

Après une longue agonie, Cellulose du Maroc a fini par céder sous le poids des déficits accumulés depuis 2001. En effet, le spécialiste de la pâte à papier vient d’arrêter définitivement la production. Un coup dur pour les habitants de la ville de Sidi Yahya El Gharb où l’usine employait 250 personnes et générait des centaines d’emplois indirects. Toutefois, si le plan social est bien consommé, la société n’a pas encore déposé le bilan pour autant. «Rien n’est encore tranché pour le moment. Nous avons fermé pour stopper l’hémorragie», déclare Saïd Laftit, secrétaire général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).

Depuis 2001, l’entreprise dégage des résultats annuels déficitaires. Des pertes qui se sont accentuées suite à l’effondrement du prix de la pâte à l’international, à 400 dollars la tonne en 2008. D’ailleurs, cette année, le déficit a été de 156 MDH et a atteint 182 millions en 2009. «Malgré toutes les tentatives de redressement que nous avons menées, la situation ne s’est pas améliorée. L’année 2012 s’est soldée par un déficit de 84,4 MDH et un total de dettes fournisseurs de 40 MDH», déplore le secrétaire général.

D’après les résultats d’une expertise réalisée par le cabinet international Poyry en 2012, Cellulose du Maroc ne peut pas être compétitive à l’échelle méditerranéenne, encore moins à l’international, compte tenu du niveau élevé de ses coûts de revient. Les éléments d’explication fournis sont édifiants. D’abord, le prix du bois, matière qui constitue plus de 60% du coût de revient de la pâte, a connu d’importantes augmentations à l’échelle internationale à cause de la forte demande des différents secteurs. Et comme la production locale de bois a chuté, passant de 200 000 tonnes en 2000 à 40 000 tonnes en 2012, suite à la baisse des appels d’offres pour la coupe lancés par le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, il fallait donc importer davantage à un prix élevé pour satisfaire les besoins de Cellulose du Maroc. Ensuite, outre le renchérissement du prix du fuel, la société supportait une lourde facture électrique annuelle de l’ordre de 20 à 22 MDH. De plus, le coût unitaire du transport routier a augmenté de 35% pour le bois et la pâte depuis l’instauration du nouveau code de la route en octobre 2010 et suite aux changements des conditions de chargement. S’y ajoute l’imposition en 2010 de nouvelles normes phytosanitaires à l’importation du bois qui a renchéri les frais d’approche.

Le niveau des coûts de production ne tient pas seulement à ces facteurs exogènes. En effet, l’entretien de l’outil industriel, devenu vétuste faute d’investissements (le dernier remonte à 1975), revient très cher : 45 MDH par an. La faible taille de l’entreprise est également un facteur de fragilité par rapport aux concurrents dont la capacité de production se compte en millions de tonnes.
«L’association de tous ces éléments a rendu notre coût de revient plus élevé que le prix de vente à l’international», confirme M. Laftit. Et d’ajouter en substance que Cellulose du Maroc était entrée dans une logique de subvention des industriels étrangers car elle exportait à perte la pâte à papier, même si Eucaforest, un fonds de gestion de concessions forestières appartenant à la CDG, lui fournissait une partie du bois nécessaire à un prix inférieur à celui du marché international pour améliorer artificiellement le rendement de l’usine.

Toutes les tentatives de sauvetage ont échoué

A en croire le secrétaire général de la caisse, toutes les pistes ont été explorées pour maintenir l’activité depuis la prise de contrôle de la société par la CDG en 2004. Des missions ont en effet été confiées aux cabinets Valyans en 2005 et Bain & Company en 2007 afin de trouver un remède à la problématique du coût de revient. Plusieurs solutions ont été avancées, dont la possibilité de ne fonctionner qu’à mi-temps ou de modifier le processus de fabrication pour utiliser d’autres essences de bois et/ou des plantes annuelles dans la fabrication de la pâte à papier. Elles se sont avérées impossibles à implémenter techniquement ou onéreuses.
Compte tenu de l’importance de la composante bois dans la composition du prix de revient de Cellulose du Maroc, la CDG a également exploré le volet approvisionnement. A ce titre, elle avait obtenu une concession de 20 000 hectares de plantations d’eucalyptus au Gabon. «Ce projet n’a pu aboutir, car ce pays nous a demandé de transformer le bois avant de l’exporter au Maroc», explique Said Laftit.
Dans la même veine, il a été confié au cabinet international Lignafrica, en juillet 2012, une mission d’évaluation technique et financière pour l’identification des forces et faiblesses du modèle forestier d’Eucaforest. Un plan d’action inspiré des recommandations est en cours de mise en œuvre. Toutefois, le processus forestier étant long, les retombées devront être perçues au bout d’une rotation (terme désignant un cycle pour la croissance des arbres), soit 8 à 9 ans.

La dernière idée agitée porte sur une intégration en aval par l’installation d’une machine à papier tissu (ouate). L’élément-clé du succès est la recherche d’un partenaire métier capable de porter le projet avec le groupe dans un cadre gagnant-gagnant. Cependant, la marge dégagée en aval ne peut point couvrir les pertes engendrées par le métier de la pâte à papier. Par conséquent, «nous avons décidé de mettre fin à cette aventure, en attendant de trouver un partenaire qui pourrait nous proposer un projet autre que la fabrication de la pâte à papier», conclut le M. Laftit.