Fédération du tourisme : le patronat tente de recoller les morceaux

En proie à  des dissensions internes, elle fonctionne au ralenti depuis des mois
Une commission
ad hoc a été créée «pour mettre tout à  plat»
De nouvelles élections ne sont pas écartées.

La création d’une commission tourisme ad hoc, annoncée mercredi 28 mars lors du Conseil national de l’entreprise, n’a pas vraiment surpris la profession, dont la fédération vit un réel malaise. Signe qu’à  la CGEM on prend l’affaire très au sérieux, une semaine après, mercredi 4 avril, les membres de ladite commission étaient désignés. Ils représentent globalement l’ensemble des associations concernées par le secteur dont le président de la Fédération nationale du tourisme, les voyagistes, les hôteliers, les transporteurs, mais également quelques professionnels connus pour leur expérience, leur poids dans le secteur ou encore leur capacité à  concilier les positions. A noter que la commission sera présidée par Moulay Hafid Elalamy, président de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc), qui a par ailleurs tenu à  désigner lui même les membres de la dite commission.

Objectif premier : aller aux assises du tourisme en rangs serrés
Dans quel but ? Selon ses collaborateurs, le président est décidé à  prendre le taureau par les cornes et ce le plus rapidement possible. Objectif affiché, mettre à  plat tous les problèmes (corporatistes) pour essayer de parler d’une seule voix. «On ne peut se permettre d’avoir des dissonances dans le secteur du tourisme au moment o๠il est dans une phase ascendante. La bonne tenue de ses organes représentatifs est cruciale. Le tourisme doit rester en pôle position et ne doit pas être miné par des conflits de personnes ou d’organes», explique un des collaborateurs de Moulay Hafid Elalmy, impliqué dans le dossier. Cela ira-t-il jusqu’à  la tenue d’élections pour choisir un nouveau président de la Fédération du tourisme en cas de désaccords profonds, puisque c’est justement l’actuel titulaire du poste qui est contesté par certains membres ? «Il n’y aura aucun tabou, si le tourisme tousse, on lui donnera le traitement nécessaire». Si un tel scénario se réalisait, ce serait en tout cas une première dans l’histoire du patronat.

Cette perspective ne semble pas gêner outre mesure Jalil Benabbès Taarji, président en exercice de la FNT (Fédération nationale du tourisme) qui dit être «heureux» que le président de la CGEM «accepte de s’impliquer personnellement», rappelant au passage que c’est à  la demande de la FNT que cette commission a été constituée. Il faut dire que, depuis les dernières assises nationales d’Agadir, qui se sont déroulées les 9 et 10 décembre 2006 dans de plus ou moins bonnes conditions, la FNT ne fonctionnait plus, minée qu’elle est par des luttes intestines et des querelles de personnes dont le secteur pourrait faire l’économie. Allusion est faite ici à  certains incidents qui ont eu lieu et qui n’ont pas arrangé les choses.

Ainsi, Abderrahim Oumani, le président de la FNIH (Association nationale de l’industrie hôtelière), sans doute la plus grande association membre de la FNT, a claqué la porte de la FNT suite à  un différend l’opposant à  Jalil Benabbès Taarji lors d’une assemblée de la FNT. Le retrait de M. Oumani, qui est de surcroà®t président du CRT (Conseil régional du tourisme) d’Agadir, ce qui renforce encore son poids, a pesé lourd dans la déconfiture de la fédération. Autre polémique, celle qui a opposé le président de la FNT et les professionnels du tourisme de Casablanca, suite à  la constitution de la Fédération régionale du tourisme de la capitale économique, le 20 décembre 2006. La fédération régionale n’a pas reçu l’aval de la FNT, dont le président est allé jusqu’à  qualifier cette constitution d’illégale.

L’administration doit avoir un seul interlocuteur
Enfin, l’on se rappelle que l’actuel président du CRT de Marrakech, Abdellatif Kabbaj, et son homologue d’alors, Saà¯d Scalli, ont reçu en des termes peu élégants des critiques émanant du président de la FNT pour avoir donné leur avis dans La Vie éco sur les prérogatives des CRT.

Le secteur du tourisme ne pouvait pas aller, avec toutes ces casseroles, aux Assises internationales du tourisme qui se tiendront à  Fès à  la fin du mois en cours, manifestation déjà  reportée une fois, ce qui n’a pas plu à  tout le monde. On saura dans les prochains jours si la commission des sages réussira à  réunir tout le monde et à  en sortir avec une réconciliation générale, ce que souhaite un bon nombre de professionnels, ou si chaque partie campera sur ses positions, ce qui risque de mener à  un renouvellement des instances de la fédération. Auquel cas, il va falloir trouver une solution de rechange rapidement, pour aller en rangs serrés aux assises de Fès mais aussi pour que l’administration ait un seul interlocuteur. Affaire à  suivre…