Fédération du tourisme : batailles dans les coulisses pour une prise de pouvoir

Des professionnels critiquent le président Othman Chérif Alami. Ils l’accusent de ne pas avoir fait aboutir les chantiers sur lesquels il s’était engagé.
Ce dernier défend son bilan et dénonce des tentatives répondant à  des intérêts personnels.

Ça chauffe dans le secteur du tourisme. Après la création, il y a quelques semaines, de l’Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT), non affiliée à la Fédération nationale du tourisme (FNT) et qui déclare clairement son intention de participer à l’élaboration de la Vision 2020, c’est au tour de la fédération de faire l’objet de critiques de la part des professionnels. Le timing n’est pas innocent. En décembre prochain, Othmane Chérif Alami, son président, mettra son mandat en jeu.
Bien entendu, pour le moment, tout le monde avance à visage masqué, ne sachant pas trop comment le vent va tourner, surtout à la veille de la tenue des assises internationales du tourisme qui auront lieu en octobre prochain. Cela dit, les détracteurs ne manquent pas. Certains reprochent à la fédération son inertie. «Le tourisme, résume un professionnel, ne peut pas rester tout le temps entre les mains de l’Etat. C’est ce dernier qui s’occupe de tous les chantiers, y compris ceux qui devraient normalement être du ressort de la FNT comme le classement des établissements d’hébergement ou l’amélioration de la qualité, sans parler de la formation, un chantier qui n’est toujours pas à la hauteur des ambitions fixées par la Vision 2010», fait-il remarquer en posant la question : «Qu’a fait la FNT pour la formation alors que cela figurait dans ses engagements ?». Pour conclure, notre source s’étonne que le secteur du tourisme, qui contribue à hauteur de près de 10% au PIB national, ne génère tout juste que 2% des recettes fiscales de l’Etat, selon une étude de la FNT elle-même.
Des flèches tout aussi empoisonnées sont décochées par un hôtelier qui déplore que les intérêts primordiaux du secteur que sont le foncier, principal frein à l’investissement, les relations avec les banques, la fiscalité et la promotion ne sont pas bien gérés par la fédération qui, selon ses dires, à dormi au cours des trois dernières années. Un autre opérateur, lui, voyagiste, met en lumière le manque d’influence de la fédération. «Il n’y a qu’à fréquenter les salons internationaux du tourisme pour constater la différence ente notre fédération et celles de certains pays concurrents comme la Turquie. Elle est toujours invisible à l’étranger, car elle occupe toujours un petit coin dans le pavillon de l’Office national marocain du tourisme aux côtés de certains CRT», ironise-t-il.

La Vision 2020 au coeur de la bataille

Pour un autre professionnel, la faille réside dans le fait que le secteur du tourisme n’est pas géré par les opérateurs les plus importants et les plus représentatifs et, souligne-t-il, aucune association n’échappe à ce constat. «La fédération, présidée par un voyagiste qui ne connaît rien aux contraintes de l’hôtellerie, cœur du secteur, est le reflet des associations qui la composent. Il faut l’avènement d’une autre génération pour que les choses aillent mieux», plaide-t-il. Il reconnaît néanmoins que «le secteur du tourisme est difficile à gérer sur le plan humain». Tellement difficile, fait remarquer un observateur du secteur, que, souvent, à l’occasion d’élections professionnelles, les règlements de comptes et les susceptibilités l’emportent sur les programmes des candidats. Il rappelle à ce propos que la candidature du tandem Amyn Alami-Azzedine Skalli avait été rejetée lors des dernières élections de la FNT, sous prétexte que le premier cité n’était pas un professionnel du tourisme. «Sans cet incident, l’Association nationale des investisseurs touristiques n’aurait peut-être pas vu le jour», assure-t-il.
Peut-on alors en déduire que cette structure récemment créée n’est autre qu’une tête de pont pour prendre le pouvoir lors des prochaines élections? En tout cas, la Vision 2020, dont les objectifs sont considérés comme étant très ambitieux, fait que les enjeux soient encore plus importants que par le passé. Qui contrôle la fédération aura la possibilité d’influer largement sur sa mise en œuvre.
Othmane Chérif Alami, lui, est loin d’être abattu par ces charges et rend coup pour coup. Il précise que la FNT demeure l’interlocuteur stratégique des pouvoirs publics. «Notre programme est soutenu par toutes les fédérations métiers et par les 2 850 entreprises que nous représentons, dont les plus grands aménageurs développeurs», souligne-t-il. M. Alami stigmatise en outre «certaines personnes qui, sous la couverture de cellules de réflexion, ne visent que leurs propres intérêts». Tout en reconnaissant des difficultés sur certains dossiers comme l’élaboration d’une convention collective pour l’hôtellerie, il affirme que la fédération a travaillé sur tous les chantiers (fiscalité, financement, promotion, etc.) et reste dans l’attente d’un feed-back des pouvoirs publics.
Ainsi, la FNT, en concertation avec les fédérations métiers, a identifié, grâce à une étude qu’elle a réalisée, les axes prioritaires pour la mise en place d’une fiscalité attractive et rentable pour le secteur. Un mémorandum a été adressé à la Direction des impôts pour que le secteur soit considéré comme un secteur exportateur puisqu’il est le premier pourvoyeur de devises du pays.
La FNT milite aussi pour un taux de TVA unique à 10% pour l’ensemble du secteur aujourd’hui soumis à deux taux, soit 14% et 20%. Là encore, si les pouvoirs publics sont sensibles aux arguments, ils n’ont pas de marge de manœuvre pour le moment. L’idée du taux unique doit aussi être appliquée à la fiscalité locale.
Sur le plan de l’investissement, la FNT a proposé à ce que les avantages accordés aux investisseurs dans le cadre des projets conventionnés le soient à partir de 100 millions de dirhams au lieu de 200 millions.
Le président défend son mandat et se déclare prêt à aborder tous les engagements pris lors de son élection. Enfin, il insiste pour passer lui aussi son message en prévenant que pour  être candidat à la présidence de la FNT, il faut en être membre ou être mandaté par une association professionnelle qui en est membre. Les mois qui viennent s’annoncent houleux.