Fédération du microcrédit : guerre autour de la présidence !

L’assemblée générale élective prévue samedi 1er mars Certaines grandes associations soutiennent la candidature du patron du Crédit agricole, Tariq Sijilmassi Le président sortant, Rida Lamrini, envisage de rempiler si les membres le souhaitent ManÅ“uvres, conciliabules et lobbying…, récit
de tout ce qui s’est passé en coulisses.

C’est manifestement une guerre souterraine sans merci que se livrent les membres de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM) à  la veille de la tenue de l’assemblée générale ordinaire, et pour cause ! C’est lors de cette assemblée, prévue samedi 1er mars, que les représentants du secteur et membres de la fédération devraient élire un président pour un nouveau mandat.
A quelques jours seulement de l’AG du 1er mars, la fédération a connu une activité très intense, avec pour seul enjeu la personne du président. Il s’agit, en fait, d’un remake de l’assemblée de juillet 2004, à  l’occasion de laquelle certains membres de la fédération avaient tenté de rassembler une majorité pour élire un nouveau président à  la place de Rida Lamrini.
Les esprits semblaient s’être calmés depuis, mais il faut croire que ce n’était pour certains que partie remise. La preuve, ils reviennent à  la charge et semblent cette fois-ci décidés à  en découdre. Mais si, en 2004, il n’y avait pas de candidat pour la relève, cette année, il y en a un, Tariq Sijilmassi, président du Crédit agricole du Maroc, qui se trouve être également patron de Ardi, la fondation du CAM spécialisée dans le microcrédit. Joint par téléphone, M. Sijilmassi n’a ni infirmé ni confirmé, préférant faire durer le suspens jusqu’à  l’AG élective. En face, qui aura-t-il pour concurrent ? Peut-être un seul : Rida Lamrini. Ce dernier en est à  son deuxième mandat et peut en briguer un troisième voire un quatrième et même plus car les statuts de la FNAM n’ont pas limité le nombre de mandats pour un président. Pour Noureddine Ayouch, président fondateur de la fondation Zakoura, «il s’agit en effet d’une anomalie qu’il faudra corriger à  l’avenir».

En fait, et c’est de là  que vient véritablement le problème, les membres de la FNAM sont partagés en deux clans : celui des petites associations, relativement acquis à  l’actuel président, et celui des grandes associations (dont Al Amana et Zakoura), qui veut du changement. Fouad Abdelmoumni, patron d’Al Amana, n’y va pas par quatre chemins: «La fédération est un outil qui dispose d’une capacité légale mais elle n’a malheureusement pas pu dépasser ses contraintes de gouvernance ni adopter une démarche professionnelle», explique-t-il, avant de conclure qu’«aujourd’hui les conditions sont remplies pour passer à  la vitesse supérieure». Entendez par là  : changer de président. M. Abdelmoumni n’est pas le seul à  le penser.
Noureddine Ayouch est également aussi convaincu que «le changement ne sera que bénéfique et qu’il est souhaitable d’avoir aujourd’hui une personne qui n’a pas été mêlée aux guerres intestines qui secouent la fédération depuis des années». Pour lui, Tariq Sijilmassi répond parfaitement au profil. D’ailleurs, et comme le fait remarquer le patron d’une autre association, l’avantage d’une candidature de Tariq Sijilmassi est que ce dernier est à  la tête d’une association à  la fois petite, par sa taille et son âge, et grande parce que adossée à  un établissement financier de la place, en l’occurrence le Crédit agricole. Car, in fine, la guerre qui secoue la FNAM se résume à  un bras de fer entre les petites associations et les grandes. Les premières accusant les secondes de vouloir établir leur mainmise sur la fédération et donc les écarter. Les grandes, quant à  elles, reprochent implicitement au président Rida Lamrini d’être plutôt acquis à  la cause des petites.

A l’heure o๠nous mettions sous presse, mercredi 27 février, les manÅ“uvres en coulisses battaient leur plein. Lundi 25, Rida Lamrini envoyait en effet un fax aux membres leur rappelant que les associations ne pourront se faire représenter que par leurs présidents qui devront se présenter munis des PV des assemblées qui les ont élus. Une procédure tout ce qu’il y a de plus légal puisque prévue par les statuts. Les grandes associations y ont néanmoins vu une manÅ“uvre du président sortant, surtout que celui-ci n’ignore pas qu’une majorité, liguée contre lui, a commencé à  prendre forme quelques jours avant l’assemblée. Les patrons des grandes associations se sont en effet donné le mot pour supporter une nouvelle candidature.
Contacté par La Vie éco, Rida Lamrini s’est refusé à  tout commentaire, se contentant de dire qu’il est fidèle «à  sa ligne de conduite, à  savoir ne pas déballer les affaires internes de la fédération sur la scène publique, conformément au code de déontologie du secteur». On n’en apprendra pas plus sur son éventuelle candidature à  un troisième mandat. Rendez-vous samedi 1er mars pour la suite des évènements !