Fédération du micro-crédit : Réda Lamrini passe le flambeau à  Tariq Sijilmassi

Le président du Crédit agricole du Maroc, seul candidat en lice pour succéder à  Réda Lamrini.
Les différends qui opposaient les grandes et petites associations sont aplanis

Le candidat Sijilmassi assure que son action s’inscrira dans la continuité de ce qui a été fait par son prédécesseur.

Depuis l’annulation de l’AG prévue le 1er mars, les membres de la FNAM attendent qu’une autre date soit fixée pour élire leur nouveau président, après les deux mandats successifs de Réda Lamrini. Tariq Sijilmassi, président du directoire du Crédit agricole du Maroc et président de la Fondation Ardi pour le micro-crédit, est seul candidat à  la présidence. Le président sortant, Réda Lamrini, a eu du fil à  retordre avec certains membres de la fédération. Les deux hommes se sont rencontrés à  plusieurs reprises en deux semaines et ont discuté de l’avenir de la fédération. Ils se disent aujourd’hui en accord sur toute la ligne. La passation de pouvoir devrait se faire dans la sérénité. La Vie éco les a rencontrés tous deux pour une interview conjointe.

La Vie éco : Finalement, la prochaine AG est pour quand?
Réda Lamrini : La date en sera fixée par le conseil d’administration.

Tariq Sijilmassi, vous êtes finalement le seul candidat…
Tariq Sijilmassi : Avec l’accord de M. Lamrini…
R.L. : Je connais M. Sijilmassi depuis longtemps, pas seulement en tant que banquier mais également en tant que militant. Nous menons ensemble des projets, notamment dans le secteur de l’emploi… Je connais M. Sijilmassi en tant que membre actif de la FNAM puisqu’il est président de la fondation Ardi pour le micro-crédit. Je peux témoigner que sous sa houlette la fondation a connu un développement remarquable en quelques années seulement et je peux vous assurer que la fondation Ardi a aussi joué un rôle important au sein de la FNAM. Ses cadres sont très actifs dans le chantier de la lutte contre la pauvreté.

Vous comptez donc soutenir la candidature de Tariq Sijilmassi…
R.L. : Dès que j’ai appris sa candidature, j’ai pris contact avec lui et nous avons discuté de beaucoup de choses. Nous partageons les mêmes valeurs et je me reconnais dans sa vision… La FNAM a accompli beaucoup de réalisations et je pense que M. Sijilmassi va pousser à  un plus grand effort.

Il me trouvera à  ses côtés et aura le soutien de nombreuses autres associations de taille modeste au sein du conseil d’administration. Au sein de la FNAM, le président est mandataire des membres du conseil. Il n’y a pas un président qui décide tout seul, contrairement à  ce que certains disent.

La candidature de M. Sijilmassi est plutôt inattendue. Il se dit qu’elle a été encouragée par certaines associations de manière à  écarter Rida Lamrini avec qui les relations étaient tendues…
T.S. : Je voudrais d’abord rendre hommage à  M. Lamrini sous la conduite de qui la FNAM a réalisé beaucoup de choses importantes, qu’on le veuille ou pas. On peut dire ce qu’on veut. Je peux vous dire aussi que M. Lamrini et moi-même sommes en symbiose sur toutes les questions que ce soit au sein de la FNAM ou en dehors. Au terme de ses deux mandats, je pense qu’il a d’autres ambitions. Quant à  ma candidature, l’idée émane d’une approche concertée. La FNAM est une association qui représente une des activités économiques les plus nobles qui soit puisqu’il s’agit d’un outil financier dédié à  la lutte contre la pauvreté. C’est presque de l’altruisme.

On ne se lance pas dans le micro-crédit pour faire du business ou pour faire fortune. A aucun moment, il ne s’agissait pour moi d’être candidat à  la présidence d’une fédération éclatée. La FNAM ne doit pas et ne peut pas être divisée. Les membres doivent rester soudés, sinon ce n’est pas la peine. La philosophie du micro-crédit est basée sur la solidarité.

On vous présente comme le candidat des grandes associations…
T.S. : Je ne suis candidat ni des grandes associations ni des petites. Soit je suis le candidat de tout le monde, accepté par tous, soit je ne le serai pas.

Pourquoi vous précisément?
T.S. : Pour une raison simple : personnellement, je pense que la fondation Ardi est une association spéciale qui est en même temps petite et grande. Petite parce que jeune mais grande aussi car adossée à  une grande banque. Dans tous les cas, je peux vous dire que dans ce secteur il y a de la place pour tout le monde, les petites et les grandes.

Un agent de crédit peut traiter 400 dossiers en milieu urbain et 250 en rural. En d’autres termes, l’antenne d’une association, qui compte généralement 3 personnes, peut traiter jusqu’à  1 200 dossier en milieu urbain et 750 en milieu rural. C’est pour vous dire qu’il y a de la place pour tout le monde…

Certaines associations, les grandes particulièrement, peuvent s’installer à  côté d’une petite et l’écraser en un rien de temps…
T.S. : Oui, mais nous sommes dans un secteur social et il ne faut pas se battre pour qui sera le premier et qui aura le plus de clients. Il faut travailler en bonne intelligence. C’est un faux problème. L’objectif n’est pas d’être leader dans tel ou tel douar mais d’aider les populations pauvres.

Ce n’est pas une logique de business. Et s’il y a quelqu’un à  la FNAM qui parle de logique de business, c’est qu’il s’est trompé de secteur.

Il y a aujourd’hui des associations qui sont dans une logique de business et envisagent même de se transformer en autre chose que des associations…
T.S. : Soyons clairs, les associations dont vous parlez sont au nombre de trois. Il s’agit d’Al Amana, Zakoura et la Fondep. Ces associations donnent beaucoup de poids à  la fédération. Bien entendu, si elles souhaitent devenir des banques, elles ne peuvent pas rester en même temps des associations. Mais la question est à  mon avis prématurée. Laissons le processus avancer et suivre son cours et on verra par la suite ce qu’il conviendra de faire. Mon seul souci, c’est de dire que le micro-crédit n’est pas un secteur o๠on fait du business, o๠on fait la course au leadership.

R.L. : Je me retrouve parfaitement dans ces propos. Dans le micro-crédit, il y a de la place pour tout le monde. Les grandes ont commencé petites…
T.S. : La fondation Ardi a commencé avec 6 antennes, nous en sommes à  160 aujourd’hui. Vous savez, il n’y a pas de petites et de grandes associations. Toutes les associations de micro-crédit sont par définition grandes de cÅ“ur et par leur ambition. Il y a seulement des associations qui ont beaucoup de moyens et d’autres qui en ont moins.

Et c’est là  que je demande aux grandes associations de jouer la carte de la solidarité. Il faut que les fonds disponibles, MCA, Jaà¯da, etc. soient répartis de manière équitable. Non au prorata de la taille mais en fonction du besoin, des ambitions, des priorités. Notre fondation Ardi, par exemple, n’a pas besoin d’être refinancée par les fonds du MCA. Nous cédons notre part au profit d’autres associations pour qui les sources de financement sont une denrée rare.

R.L. : Il faut arrêter de parler d’une guerre entre les grandes et les petites associations. Ce sont des choix stratégiques : il y a des associations qui veulent garder une certaine taille et ne souhaitent pas forcément devenir grandes. Je fais confiance aux présidents de toutes les associations pour que les choses reviennent à  la normale. Je déplore d’ailleurs que certains individus dans le secteur, dont je ne citerai pas les noms, aient contrarié la bonne marche de la fédération. Aujourd’hui, la FNAM appartient à  toutes les associations petites ou grandes. Les chantiers qui ont été ouverts sont transverses, concernent et profitent à  tout le monde.

En terme de programme d’action, à  quoi peuvent s’attendre les membres ?
T.S. : D’abord, un détail important : il ne s’agit pas de mon programme mais d’un programme de la fédération qui sera discuté, concerté et approuvé par l’ensemble des membres de la fédération. Ensuite, je tiens à  souligner que j’agirai dans la continuité de ce qui a été entamé et M. Lamrini, qui restera d’ailleurs très présent au sein de la FNAM, y veillera bien. Il n’y aura pas de rupture.