Fédération des voyagistes : le timing de l’élection du nouveau président critiqué

Des professionnels, dont Fouzi Zemrani, l’ancien président, estiment que les élections nationales doivent attendre le changement des instances régionales. Pour les candidats à  la présidence, il faut d’abord structurer la fédération avant de se pencher sur les structures des associations régionales.

Minée depuis janvier 2009 par des querelles intestines qui faisaient suite à l’élection, dans des conditions houleuses, de Habib El Eulj à sa présidence, la Fédération nationale des agences de voyages (FNAVM) organise le 14 janvier une assemblée générale pour prendre un nouveau départ. Au cours de cette réunion, organisée suite au travail de la commission ad hoc formée il y a quelques mois pour assainir la situation de la fédération, les membres prendront acte du bilan du bureau actuel et devront en principe accepter la démission du président en exercice, contesté tout le long de son mandat de trois ans par une partie de la profession. Cette AG devrait être suivie par une assemblée élective pour choisir un nouveau président parmi les trois candidats déclarés à ce jour et qui sont déjà en campagne auprès des associations régionales : Amal Karioun (Rabat), propriétaire de Majestic tours (il a été président de 2003 à 2006), Omar Sabri (Rabat), patron de l’agence Mille et une nuits et Khalid Majdi de Ksar tours (Marrakech).
Mais, il n’est pas dit que tout se passera comme prévu, car, déjà, des critiques fusent de tous côtés de la part de certains professionnels, et notamment de la part du prédécesseur de M. El Eulj à la tête de la FNAVM, Fouzi Zemrani, qui estime que l’élection d’un nouveau président n’est pas du tout opportune dans les circonstances actuelles. M. Zemrani explique en substance que s’il existe une réelle volonté chez les professionnels de réformer la FNAVM, à commencer par ses statuts sur lesquels une commission ad hoc est en train de travailler, il est paradoxal d’élire un nouveau président, pour un mandat de trois ans, alors que les instances des onze associations régionales d’où émane le bureau national doivent aussi être renouvelées en 2012. Et de s’interroger, «à quoi cela va-t-il servir d’élire un nouveau président par des électeurs en fin de mandat pour voir arriver d’autres dans quelques mois ?». Pour Fouzi Zemrani, il est plus judicieux de se donner un délai pour travailler sur les nouveaux statuts, organiser des élections régionales, et, en fin de parcours, élire un nouveau président qui pourrait avoir les coudées franches pour l’avenir.
Cette idée n’est pas du tout partagée par Amal Karioun qui estime qu’il faut commencer par élire un nouveau président qui devra s’atteler, avec son équipe, à restructurer la fédération en adoptant un nouvel organigramme faisant appel aux différents corps de métiers et en y insufflant une nouvelle manière de gérer, notamment plus collégiale. «Ensuite, précise M. Karioun, on pourra se pencher sur les structures des associations régionales avec une méthode de travail plus adaptée».  

Le président sortant reconnaît ses rapports difficiles avec l’administration

Le deuxième candidat à la présidence de la FNAVM, Omar Sabri, est aussi pour une réorganisation de cette fédération en priorité. Comment ? «En créant des collèges métiers, dit-il, qui disposeraient d’une certaine autonomie de gestion, voire une externalisation de cette gestion, d’un budget qui leur soit propre avec un business plan et des objectifs à atteindre pour chaque collège». Il s’agit de collèges pour le tourisme réceptif, le tourisme religieux (hadj et Omra) et le tourisme d’affaires.
M. Sabri affirme aussi vouloir se pencher sur l’harmonisation des statuts des associations régionales qui seraient calqués sur les futurs statuts de la fédération. Par ailleurs, il espère donner plus de moyens financiers à cette structure nationale en créant des événements susceptibles d’augmenter les ressources (sponsoring, séminaires…). La formation n’est pas en reste. Elle est jugée par ce candidat comme la plaie de la profession.
Un autre chantier qui lui tient à cœur, c’est celui de l’opération hadj sachant que les agences ont perdu, avec le nouveau système adopté à partir de 2008, plus des deux tiers de leur quota, passant de 10 000 pèlerins en 2007 à 3 000 aujourd’hui. «L’idéal, dit-il, est de revenir à l’ancien système, même si pour les deux ans à venir les jeux sont déjà faits». Enfin, M. Sabri souligne qu’il faut aussi se pencher sur l’application de certains aspects de la réglementation.
A la question de savoir s’il ne fallait pas commencer par renouveler les instances des associations régionales avant d’élire un nouveau président, Omar Sabri renvoie au Conseil d’administration de la FNAVM qui s’est tenu le 17 décembre dernier à Fès et qui a pris cette résolution.
Enfin, contacté pour exposer son programme, le troisième prétendant, Khalid Majdi, est resté injoignable. Quant au président sortant, Lahbib El Eulj, il estime son bilan très positif à plusieurs niveaux, tout en restant dans les généralités. Selon lui, il a introduit dans la gestion de la FNAVM plus de démocratie et a réussi à la rendre crédible. Mais il souligne toutefois que les rapports avec l’administration de tutelle se sont détériorés.