Farine : L’approvisionnement durant Ramadan assuré par les professionnels avec un stock de près de 6 mois…

• Les ventes de farine augmentent à la veille du mois sacré et se tassent dès les dix premiers jours de jeûne.
• Pour les industriels, le business de Ramadan est éphémère.
• Comme d’habitude, ils assureront une offre régulière et suffisante.
• Par ailleurs, pour un approvisionnement en matière première incluant la production nationale, les professionnels estiment nécessaire un partenariat entre les pouvoirs publics, les producteurs, les collecteurs et les stockeurs…

La farine, à l’instar du sucre, de l’huile et des œufs, est un produit phare lors du mois de Ramadan. Période durant laquelle le secteur minotier enregistre une hausse de la demande sur environ trois semaines, notamment à la fin du mois de Châabane et les dix premiers jours du mois sacré. Se situant, selon les professionnels, entre 15 et 20%, cette augmentation est ainsi éphémère dans la mesure où, explique Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie (FNM), «les ventes retrouvent leur rythme normal. Donc on peut dire qu’il n’y a pas d’explosion des ventes durant cette période. Il y a toutefois une concentration de la demande sur un type de farine, notamment la fine fleur utilisée, pendant Ramadan, pour faire les melloui, reghayfe ou encore la chebbakia». Une tendance confirmée par Noureddine Zine, PDG du Groupe Zine Capital Invest, qui souligne «que contrairement au passé, Ramadan n’enregistre plus une grande demande de farine. Il y a une petite augmentation qui dépasse de peu les 15% mais elle retombe rapidement. On enregistre en revanche une hausse forte, 70%, des ventes des pâtes cheveux d’ange. Produit très utilisé dans la harira et autres soupes. Pour le couscous et les autres types de pâtes, les ventes sont très faibles durant ce mois». Le frémissement de la demande serait, de l’avis de Mostapha Alaoui Sossi, gérant des Moulins Anouar El Menara à Fés, «sans résultats notoires sur l’activité des moulins. Il se traduit par une variation de 2 à 5% de notre chiffre d’affaires. En gros, on peut dire que Ramadan n’est pas un effet événement sur l’activité des minotiers qui se mobilisent pour assurer l’approvisionnement régulier et suffisant du marché». Globalement, les opérateurs assurent une offre suffisante pendant ce mois sans pour autant chercher à faire du chiffre d’affaires : «On n’augmente pas les prix et l’on fait beaucoup de promotion, surtout au niveau des ventes dans la distribution moderne, car les grandes surfaces exigent des promotions durant cette période».
L’an dernier, le mois de Ramadan a été exceptionnel, note M. Alaoui, «car il y a eu, il faut le rappeler, la ruée vers les produits de base au lendemain de la décision du confinement et cette pression sur la demande a été enregistrée aussi bien au niveau des commerçants, grossistes et détaillants, qu’au niveau des ménages. Cela a donné lieu à la constitution de stocks énormes chez les uns comme chez les autres et qui n’ont pu être liquidés que bien des semaines après Ramadan», soutient-il.

Les opérateurs sont optimistes et escomptent une campagne céréalière record
La demande pendant Ramadan 2020 a été dopée par les campagnes de solidarité et les dons effectués par les associations. La FNM a pour sa part fait don de 5 000 tonnes de farine distribuées dans toutes les régions du pays et particulièrement dans les zones en situation de précarité. Si Ramadan dernier a été exceptionnel à bien des égards, pour cette année, «les affaires seront normales et nous assurerons, comme d’habitude, l’approvisionnement normal du marché. Aujourd’hui, nous sommes à 5 jusqu’à 6 mois de stocks», assure Moulay Abdelkader Alaoui.
Les préoccupations des minotiers ne sont pas conjoncturelles et liées à l’offre pendant Ramadan, mais elles sont beaucoup plus larges et concernent l’approvisionnement structurel du marché. L’an dernier, en raison des conséquences de deux années de sécheresse et de la crise sanitaire, l’approvisionnement des moulins a été perturbé, subissant le comportement du marché international qui a enregistré une forte demande due aux importants achats de la Chine et de l’Inde. Tout comme ont été enregistrées des hausses du cours du blé et du coût du fret. «L’an dernier en effet 95% des écrasements provenaient des importations, étant donné la faiblesse de la production nationale». Des importations qui ont, expliquent les professionnels de la minoterie, coûté cher, puisque le cours mondial du blé est passé de 210 dollars la tonne au début de 2020 à 330 en septembre de la même année. De son côté, le coût du fret a enregistré une hausse de 40 à 50%. Autre facteur défavorable aux importateurs : L’encombrement des ports et les retards de déchargement de la marchandise qui se traduisent par le paiement de surestaries importantes qui ont atteint pour un bateau 20 000 dollars par jour contre 7 000 dollars avant la crise sanitaire. Des hausses subies certes mais qui n’ont pas été et ne pourraient être répercutées sur le prix consommateur. Les importations marocaines varient en fonction de la production locale, assez fluctuante, mais tournent en moyenne autour des 3 millions de tonnes. Et durant les six dernières années, la production locale n’a permis, selon l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), en moyenne de couvrir que 54 % des besoins en céréales (blé, maïs, orge). Contrairement aux autres pays du Maghreb où les importations sont directement effectuées par l’Etat, au Maroc ce sont des opérateurs privés qui achètent le blé. La régulation des importations se fait par l’ONICL afin d’éviter des perturbations du marché. Ce qui explique que les importations se font au même moment par les industriels au rythme de la disponibilité du blé et pour favoriser la production nationale. Pour cette année, les minotiers sont optimistes et escomptent, si les conditions météorologiques sont favorables au cours des mois de mars et avril, une récolte record qui atteindrait les 100 millions de quintaux. Ce qui permettrait de réduire les importations et d’alléger leurs charges. Mais à plus long terme, la FNM estime nécessaire de revoir ce système d’approvisionnement via la mise en place d’un partenariat avec l’ensemble des acteurs afin de favoriser le production nationale : «Pour réguler et sécuriser l’approvisionnement du marché, vu que nous ne sommes pas à l’abri des aléas de ce dernier, il serait nécessaire de mettre en place un partenariat avec les agriculteurs, les centres de collecte, les coopératives et les organismes stockeurs de blé et cela sous la houlette du ministère de l’agriculture. Ce qui permettrait d’avoir de la visibilité quant à l’approvisionnement des minoteries. Celles-ci, en vertu d’un contrat, achèteraient leur blé auprès d’agriculteurs partenaires». Soit une agrégation d’agriculteurs qui permettrait à l’industriel de maîtriser la disponibilité de sa matière première. Si certains opérateurs, comme le Groupe Zine Capital Invest qui travaille avec quelque 18 000 agriculteurs, ont déjà adopté ce modèle, d’autres en revanche restent dubitatifs quant à son efficacité, en l’absence d’un cadre législatif précis et spécifique. Aujourd’hui, ce projet est en cours de discussion…