Facture énergétique : un potentiel d’économie de 600 MDH par an

En moyenne la facture énergétique qui est de 44 milliards de DH en 2006 pourrait baisser de 1,3% chaque année grâce à des mesures simples et étalées dans le temps.
Le coût total de production d’un kWh d’électricité est
deux fois supérieur au coût investi pour économiser le même
kWh.

Le Maroc est dépendant de l’extérieur à 95 % pour ses besoins énergétiques. C’est déjà une très lourde contrainte. Celle-ci se complique encore plus lorsque les produits pétroliers et les autres combustibles flambent comme c’est le cas depuis au moins deux ans. En 2006, la facture énergétique s’est élevée à environ 44 milliards de dirhams. Avec la modernisation du pays (multiplication de programmes immobiliers, électrification rurale, installation d’industries, acquisition d’équipements par les ménages…), la consommation d’énergie ne fait que croître. Dans le domaine de l’électricité, la croissance est de l’ordre 8 % par an, reflétant justement cette évolution.

Face à ces contraintes, la solution n’est évidemment pas de consommer moins, mais de consommer mieux. Du reste, en comparaison avec d’autres pays, le Maroc a une consommation plutôt modeste : 0,4 tonne équivalent pétrole (TEP) par habitant et par an, contre 0,9 TEP/hab/an en Tunisie, selon Amal Haddouche, DG du CDER (Centre des énergies renouvelables). L’Etat commence à se pencher sur la question, mais il n’est pas le seul. Les professionnels manifestent également ce souci(*).

L’enjeu est de taille. Selon des études réalisées par le CDER, le potentiel de réduction de la consommation énergétique nationale est de l’ordre de 15 % entre 2007 et 2020, soit un taux moyen annuel de réduction de 1,2 à 1,3 % par an. Par rapport à la facture énergétique globale, cela se traduit par un gain de 500 MDH à 600 MDH, aux prix actuels bien sûr. Il s’agit là d’un scénario moyen, qui tient compte de l’étalement dans le temps du programme d’efficacité énergétique que préconise le CDER et le ministère de l’énergie et des mines (audits énergétiques, chauffe-eau solaire, énergies renouvelables, lampe basse consommation, etc.). En fait, lorsque des actions de maîtrise de l’énergie de grande ampleur sont mises en place, les résultats sont beaucoup plus importants et immédiats (voir encadré). De fait, nombre de grandes entreprises est passé à l’acte, en revanche les PME restent réticentes par manque d’informations ou de moyens.

Ce qu’on oublie très souvent c’est que ces économies ne profitent pas seulement aux consommateurs mais aussi aux producteurs. Dans le «livre vert» sur l’efficacité énergétique, publié par l’Union européenne en juin 2005, on estime que le coût total de production d’un kWh d’électricité est d’environ le double du coût investi pour économiser le même kWh. Il y a là un énorme gisement pour le Maroc. Les technologies existent, l’expertise aussi même si elle est limitée en nombre (une dizaine de structures contre 80 en Tunisie), il manque peut-être des incitations (fiscales ou autres) et c’est là l’affaire des pouvoirs publics.