Facilités de caisse et découverts aux entreprises : 15 milliards de DH de moins en 4 mois

Le phénomène serait plus dû à  une contraction d’activité qu’à  la frilosité des banques.

Les crédits à  l’équipement continuent d’augmenter : +12,7% en quatre mois.
Les ressources des banques sont en recul de 13 milliards de DH.

Etonnant ! Au moment où l’on pouvait s’attendre à une augmentation des encours des crédits de fonctionnement, les entreprises étant de plus en plus en difficulté, voilà que les dernières statistiques bancaires viennent révéler le contraire. En effet, entre fin mars et avril 2009, c’est-à-dire en l’espace d’un mois seulement, l’encours des comptes courants débiteurs a fait un plongeon spectaculaire de 8,2 milliards de DH, passant ainsi de 80,7 à 72,5 milliards DH, soit une baisse de -10%. Comparé à son niveau du 31 décembre 2008, la baisse est encore plus accentuée puisqu’il atteignait à la fin de l’année quelque 83,3 milliards DH, donc une baisse de -12%. De leur côté, les crédits de trésorerie ne sont guère plus encourageants. Certes, entre mars et avril, leur encours est passé de 55,8 à 58,1 milliards DH (+4,15%) mais rapportés eux aussi à la fin décembre dernier, date à laquelle leur encours était de 63,4 milliards de DH, ces crédits ont donc eux aussi perdu quelque 5,2 milliards de DH. En résumé : pour ces quatre premiers mois de l’année, l’encours des facilités et lignes de fonctionnement accordées par les banques aux entreprises s’est réduit de 15 milliards de DH. Inquiétant ? Pour certains analystes, du moins le chiffre doit interpeller, car il est, tout de même, étonnant qu’au moment où l’Etat annonce qu’il viendra en soutien aux entreprises en difficulté, les concours bancaires, eux, marquent un coup de frein.
Mais peut-on pour autant déduire de ces chiffres que les banques, plus vigilantes, sont en train de serrer les crédits ? C’est une évidence que la conjoncture actuelle incite à la vigilance. Sans plus.

Les comptes courants créditeurs perdent 12 milliards de DH
Plusieurs hauts cadres de grandes banques de la place contactés par La Vie éco sont unanimes à dire que les banques n’ont absolument pas réduit leur  niveau d’engagement en termes de lignes de fonctionnement accordées à leurs clients. Pour eux, s’il y a baisse, elle est essentiellement due au ralentissement de l’activité. Ce sont, à croire des banquiers, plutôt les entreprises qui, par manque de commande et d’activité, n’ont pas épuisé entièrement leurs lignes.
En tout cas, heureusement que cette déprime ne semble pas affecter pour l’instant le moyen et long terme, en l’occurrence l’investissement. En atteste l’évolution des crédits à l’équipement qui, eux, sont passés, en termes d’encours, de 104 à 111 milliards de DH de mars à avril, soit +6% en l’espace d’un mois seulement et +12,7% par rapport à fin décembre. L’évolution du mois d’avril -plutôt irrégulière par rapport aux autres mois de 2009- peut s’expliquer par le financement de grosses opérations d’investissement relatives à des projets d’infrastructures (Jorf Lasfar ?)
Pourtant, un serrage de vis pour les crédits (emplois) pourrait presque être légitime quand on voit de l’autre côté l’évolution des ressources du secteur bancaire. En effet, si les crédits à court terme ont baissé de 15 milliards de DH, les ressources des banques ont, pour leur part, fondu de 13 milliards de DH entre fin décembre et fin avril, passant de 602 à 589 milliards DH, soit une baisse de -2%. Autre fait important à souligner : pour le deuxième mois consécutif, les ressources ont baissé, passant de 595 à 593 puis 589,6 milliards de DH entre fin février et fin avril.
A l’origine de cette baisse, on trouve essentiellement les comptes courants qui affichent, à fin avril 2009, un encours de 81 milliards de DH contre 84 milliards à fin mars et 87 milliards de DH à fin février. A fin décembre 2008, cet encours était de 92,8 milliards de DH.
Et c’est au vu de ces chiffres que l’on peut, en effet, donner raison à ceux qui soutiennent que la baisse des crédits est moins le fait des banques que des entreprises. Car, in fine, la dégradation au niveau des comptes créditeurs peut tout aussi bien refléter la tension sur la trésorerie des entreprises. L’explication est simple : les encaissements sont moins importants à cause de carnets de commandes moins garnis et de délais de règlement des clients de plus en plus longs.
Si aujourd’hui on n’en est pas encore là, cette tension sur les ressources, si elle se poursuit, ne risque-t-elle pas alors de pousser les banques à rationner le crédit ?
Du côté des banquiers, en tout cas, une petite détente de la part des autorités monétaires sur la réserve obligatoire ne serait pas de refus. Déjà en mars 2009, Bank Al Maghrib l’avait ramené de 15 à 12%. Le réduire à 10% reviendrait à injecter dans le secteur 10 milliards de plus. Une bouffée d’oxygène !