Exportations textiles : la menace égyptienne se précise, le Maroc souffre

La bonneterie enregistre un recul de 7,8 % et la confection de 2,6% par rapport à fin avril 2007.
Le recul est essentiellement constaté sur les marchés britannique et allemand L’Egypte draine de plus en plus de donneurs d’ordre européens.

Nous l’annoncions il y a quelques semaines (www.lavieeco.com), après trois années fastes, le secteur du textile s’apprête à traverser une période de turbulences. Les statistiques récentes confirment les intuitions des professionnels : les exportations de produits textiles ont marqué le pas au cours des quatre premiers mois de 2008. En effet, d’après les statistiques de l’Association marocaine des industries textiles et de l’habillement (Amith), la régression est de l’ordre de 1,4% par rapport à la même période de l’année dernière.

La valeur des exportations est ainsi passée de 10,1 à 9,97 milliards de DH. Le fléchissement concerne les principales filières du secteur, la confection et la bonneterie. Si la confection a reculé de -2,6% (-3,4% selon l’Office des changes), la bonneterie, quant à elle, a été plus touchée puisqu’elle a enregistré une baisse de -7,8%.

Les statistiques de l’Amith, tout comme les données communiquées par l’Office des changes, révèlent en tout cas un inquiétant recul des exportations sur les marchés britannique et allemand. Pour la Grande-Bretagne, la baisse est de 21%.

Cela ne constitue pas une surprise pour les opérateurs puisque, depuis le début de l’année, les entreprises (plus spécialement les unités situées dans les zones industrielles de Rabat et Salé) avaient enregistré une baisse de leur chiffre d’affaires, consécutive à une absence de commandes, ce qui les avait contraints à la réduction du personnel et du temps de travail. A l’origine de cette crise sur le marché britannique, la dépréciation de 13% de la livre sterling et la morosité du marché anglais. Le chiffre d’affaires a ainsi chuté à 4,5 milliards de DH.

Le Maroc peut encore gagner sur le réassort
Sur l’Allemagne, le recul est de l’ordre de 19%. Il est essentiellement dû à la baisse de la consommation qui caractérise, depuis quelques mois, le marché européen. Toutefois, sur les marchés français, espagnol et américain, c’est plutôt une tendance haussière qui a été enregistrée entre janvier et avril 2008. La progression sur ces trois marchés est respectivement de 6,1 %, 4,5 % et 4,3 %. Mais, cela ne fait pas oublier pour autant aux industriels que les temps sont actuellement difficiles pour leur secteur qui risque de terminer l’exercice en cours sur une mauvaise note.

Pour expliquer le recul des exportations textiles, l’Amith retient notamment la baisse du pouvoir d’achat en Europe, mais il y a également les aléas climatiques (persistance du mauvais temps) qui ont retardé la mise en boutique des collections d’été et l’existence d’importants stocks de vêtements achetés dans les pays asiatiques et que les distributeurs n’ont pas encore pu écouler.

Plus préoccupant, au-delà de ces éléments explicatifs, liés aux marchés et à la conjoncture, les opérateurs ne cachent pas leurs craintes par rapport à un autre facteur : la concurrence. Et tout comme il y a 3 ans avec la Chine, un autre pays est en train de monter sérieusement en puissance sur les marchés constituant les débouchés traditionnels du Maroc. Le danger cette fois-ci est de taille car il s’agit d’un pays géographiquement proche du Maroc (et donc de l’Europe) et qui peut jouer sur le même atout, celui de la proximité. Il s’agit de l’Egypte.

Ce sur quoi La Vie éco avait attiré l’attention est en train de se confirmer : de plus en plus de donneurs d’ordre européens s’orientent vers l’Egypte. D’ailleurs, seul ce pays a pu tirer son épingle du jeu au cours des quatre premiers mois de 2008 puisque ses exportations ont crû de 19 %, contrairement à des chutes enregistrées par la Turquie (-6%), la Tunisie (-5%) et la Chine (-2%).

«L’Egypte devient une destination présentant un grand attrait pour les donneurs d’ordre européens en raison du niveau des coûts de production. Aujourd’hui, ce pays est même moins cher que la Chine», explique-t-on à l’Amith (voir tableau).

Néanmoins, la corporation demeure confiante car «le Maroc restera toujours un partenaire incontournable pour les donneurs d’ordre, notamment pour les commandes de réassort», explique-t-on. Et l’intérêt pour le Maroc a été confirmé, selon l’Amith, lors de la deuxième édition de Denim By Vision, salon destiné à l’industrie du jean qui s’est tenu récemment à Paris.

Sept entreprises marocaines, dont Settavex et LGM, y ont participé à l’instar d’exposants venus d’Italie, de France, de Grèce, d’Espagne, de Tunisie, de Turquie, du Japon ainsi que de l’Ile Maurice. «Les exposants marocains ont eu d’importants contacts et ont pu décrocher des commandes lors de ce salon. Ce qui est révélateur de l’importance du pays pour les clients européens», indique un industriel du textile. Cependant, cette même source ne manque pas de conclure que, «globalement, la profession n’a pas de visibilité pour le reste de l’année 2008» .