Exportations : le Maroc améliore sa part de marché mondiale

La part des exportations marocaines choisies par les importateurs étrangers en premier lieu pour leur qualité est passée de 30% en 2002 à 41,5% en 2014. Cependant, l’offre exportable continue de buter sur un déficit de diversification des débouchés.

Le made in Morocco se vend mieux à l’étranger. C’est la principale conclusion de la dernière étude de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) consacrée au commerce extérieur. Cette bonne nouvelle n’éclipse pas pour autant les fragilités structurelles qui continuent de peser sur l’offre exportable.

En effet, la part de marché du Maroc a augmenté légèrement de 0,022 point entre 2000 et 2014, s’affichant aujourd’hui à 0,13%. Alors que des secteurs sont en déclin, d’autres ont amorcé une vraie montée en puissance.

Les premiers sont, essentiellement, le textile-habillement et l’électronique dont les parts ont baissé entre 2000 et 2014 respectivement  de 0,625% à 0,517% et de 0,063% à 0,035%. Les seconds comprennent les nouveaux métiers du Maroc, notamment l’aéronautique (de 0,014 à 0,034%), l’automobile (de 0,004 à 0,166%) et l’électrique (de 0,084 à 0,338%). Le secteur de la chimie a également gagné des parts de marché (de 0,188 à 0,216%), du fait du repositionnement stratégique du groupe OCP sur les dérivés de phosphate et, en particulier, les engrais. Quant au secteur de l’agroalimentaire, il a affiché une quasi-stagnation de sa part de marché autour de 0,327%.

En décomposant la part de marché, selon la méthode «Constant market share analysis» (CMSA), en quatre facteurs (compétitivité, diversification géographique, spécialisation sectorielle et adaptation à la demande mondiale), les experts de la DEPF concluent que la compétitivité a joué un rôle important dans la légère hausse de la part de marché du Maroc. Ce gain de compétitivité a pu couvrir la faiblesse de la diversification géographique. 

Dans le détail, l’évolution de la part de marché du Maroc au cours de ces dernières années s’est produite dans un contexte marqué par une amélioration de la compétitivité-prix.

La qualité rehaussée par l’émergence de branches industrielles à forte valeur ajoutée

Selon les données de l’Office des changes, le taux de change effectif réel du dirham s’est déprécié de 1% en moyenne annuelle au cours de la période d’analyse 2000-2014. De plus, le rythme de croissance du coût unitaire de la main-d’œuvre a ralenti (1,3% contre 4,2% sur 2000-2006). S’y ajoute l’augmentation de la productivité du travail de 3,2 points, passant de -1% à 2,1%.

Il n’y a pas que cela. Le niveau de qualité (forte valeur ajoutée, innovation, design, image de marque, réseaux de distribution…) est plus élevé. Pour les experts de la DEPF, le changement notable dans le modèle de croissance de l’économie en faveur des branches industrielles émergentes à forte valeur ajoutée (automobile, électrique, électronique, produits chimiques…) a entraîné un renforcement de la contribution de produits de plus grande qualité. «Une relative montée en gamme et l’amélioration de la mise en avant de la qualité de nos produits ouvrent de nouvelles perspectives au développement des exportations», commente un consultant en commerce international.

Il est conforté dans ses propos par les données de l’étude. Celle-ci révèle que la part des exportations marocaines en concurrence-prix (70% en 2002) a cédé le pas à celle des ventes en concurrence qualitative. Ces dernières sont plus représentées, passant de moins de 14% avant 2007 à 25,5% en 2008 pour atteindre 41,5% en 2014. La part des exportations qui présentent un désavantage du fait de la faiblesse de leur qualité demeure faible ; elle oscille entre 3% et 7,6% sur toute la période. Par contre, la part des exportations dont le prix est rédhibitoire est passée de 12,3% en 1998 à 20,8% en 2014.

Au demeurant, le tissu productif améliore progressivement sa capacité à développer et exporter des produits dont la demande est davantage liée à la qualité qu’au prix. Les facteurs liés à la spécialisation industrielle, à la politique commerciale ainsi que les facteurs tels le climat des affaires, les réglementations, l’infrastructure…, contribuent à cette amélioration.

Le poids des pays émergents dans les exportations marocaines reste faible

«Plusieurs entreprises actives à l’export commencent à être très regardantes sur les paramètres hors prix, surtout celles qui ciblent des marchés très portés sur le respect des normes de qualité, d’hygiène, de sécurité et de respect de l’environnement», note un exportateur membre de l’Asmex.

Par ailleurs, l’étude démontre que les exportations marocaines ont pu s’adapter à la demande mondiale. L’effet adaptation sur la période 2000-2014 est quasi stable. «Comme il s’agit d’un effet combiné produit-marché géographique, on peut conclure que le Maroc a pu adapter son offre exportable à la demande mondiale en s’orientant vers des produits dynamiques», notent les analystes de la DEPF. Le profil des exportations marocaines sur les cinq dernières années fait ressortir le poids croissant des produits champions, qui sont des produits dynamiques caractérisés à la fois par une forte croissance des importations mondiales et des gains de parts de marché pour le Maroc.

Cependant, l’offre exportable continue de buter sur un déficit de diversification des débouchés. La forte concentration des exportations sur certains pays, malgré une légère diversification au cours des dernières années, limite les possibilités de développement des échanges. En effet, la part des dix premiers clients du Maroc, qui représentent 68% sur la période 2007-2014, reste importante, bien qu’en retrait de 10 points par rapport à la période 2000 et 2006 (78%). De surcroît, le poids très faible des pays émergents dans les exportations marocaines aggrave la situation, sachant que ceux-ci affichent une croissance importante de leurs importations au niveau mondial, dont notamment le Brésil (+5,3%), l’Inde (+5%) et la Chine (+2,5%).

«Des gains substantiels peuvent être réalisés si les entreprises travaillent pour renforcer leurs efforts d’innovation pour de nouveaux produits et ciblent de nouveaux marchés. De leur côté, les organismes publics doivent améliorer les dispositifs de soutien pour les exportateurs pour augmenter le taux de survie des nouveaux opérateurs sur le marché d’exportation, encore très faible par rapport aux pays concurrents», résume le membre de l’Asmex.