Exportations : de plus en plus de produits à  haute valeur ajoutée

Elles ont progressé de 7% en moyenne entre 2003 et 2010, contre 5,2% sur la période 1998/2002. Les produits d’équipement industriels à  l’export ont progressé de 19% en moyenne entre 2003 et 2010. Un bond dû en grande partie aux produits électroniques, automobiles et aéronautiques.

Le repli des réserves de change constaté ces derniers temps pose de nouveau la problématique de la croissance des exportations marocaines, donc de leur compétitivité.
Dans une économie, comme celle du Maroc, tirée principalement par une demande largement satisfaite par les importations, le défi est énorme pour les secteurs exportateurs : pour que le modèle actuel de croissance puisse continuer à fonctionner, sans générer un surcroît d’endettement, il n’y a pas d’autre alternative que d’accroître le rythme de progression des exportations.
Pourquoi il n’y a pas d’autres alternatives ? Parce que, d’une part, le Maroc a signé de nombreux accords de libre-échange, induisant une baisse des droits de douane, voire leur quasi-suppression sur certains produits, et donc une concurrence accrue en faveur des importations, et, d’autre part, l’amélioration progressive des revenus renforce de plus en plus la consommation des ménages marocains. Autrement dit, dans la mesure où il semble exclu de mettre des limitations aux importations, sauf dans certains cas bien précis et moyennant une procédure stricte en conformité avec les règles de l’OMC, c’est sur les exportations qu’il faudra nécessairement agir.

Déficit commercial : 18,7% du PIB en moyenne entre 2003 et 2010

Comment celles-ci ont-elles évolué au cours de ces dix dernières années ? Quels sont les produits ou groupes de produits qui ont progressé plus vite que d’autres et ceux qui ont accusé une baisse de régime ?
C’est un fait que, globalement, les exportations progressent d’une année à l’autre ; elles ont enregistré une hausse annuelle moyenne de 7% entre 2003 et 2010 au lieu de 5,2% au cours de la période 1998/2002, selon les calculs de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère des finances, réalisés sur la base des données de l’Office des changes. Cela fait près de deux points de plus. Mais si l’on compare cette progression par rapport à celle de la première moitié de la décennie 90, on s’aperçoit qu’il y a tout de même une baisse de rythme : 9,4% de croissance moyenne entre 1990 et 1997.
Mais, plus important encore, pendant que les exportations croissaient au rythme annuel de 7% entre 2003 et 2010, les importations, elles, réalisaient, sur la même période, une hausse moyenne de 10,9%. C’est la raison pour laquelle la balance commerciale est en déficit chronique, aussi loin que l’on peut remonter dans le temps. Pire, ce déficit est en aggravation continue : de 8% du PIB en moyenne entre 1990 et 1997, il monte à 9,5% du PIB durant la période 1998/2002 pour atteindre 18,7% du PIB entre 2003 et 2010.
Il faut néanmoins préciser qu’un des facteurs explicatifs de ce déficit, peut-être même le plus décisif, tient à la très forte dépendance énergétique du Maroc (à hauteur de 94%). La hausse de la consommation énergétique, générée par la croissance économique et, plus généralement, par le développement socio-économique du pays (forte urbanisation du pays, accès aux biens d’équipements ménagers consécutivement au développement du crédit et à l’amélioration des revenus, etc.) induit une augmentation de la facture énergétique, en particulier lorsque les prix à l’international flambent, comme c’est le cas ces dernières années. Le baril de pétrole importé, par exemple, coûtait une trentaine de dollars en 2000 ; il avoisinait les 100 dollars en 2010. En conséquence de quoi, sur la période 2003/2010, la facture énergétique, en moyenne, a représenté près de 8% du PIB et…41% des exportations, selon le ministère des finances.

Baisse du rythme de progression des produits alimentaires

Dans ces conditions, les exportations, pour pouvoir couvrir les importations, ou au moins réduire l’énorme gap qui sépare les unes des autres, devraient progresser plus rapidement. Or, il ressort des statistiques des Finances que les produits alimentaires, par exemple, observés sur une longue période, ont, au contraire, baissé dans leur rythme d’évolution : seulement 1,7% de croissance en 2010 au lieu de 12,8% en 2000. Sur la période 2003/2010, la croissance moyenne à l’export des produits alimentaires (y compris les boissons et les tabacs) s’est établie à 4,4%, contre 6,6% entre 1998 et 2002 et 7,7% entre 1990 et 1997 ! Dans ce groupe de produits, les tomates fraîches, les agrumes et les produits de la mer ont enregistré des reculs significatifs, notamment par rapport à la décennie 90. De la même manière, les produits finis de consommation, où le Maroc avait longtemps bénéficié d’un avantage comparatif certain, ont subi une stricte cure d’amaigrissement : leur exportation en valeur ont crû à un rythme moyen de 0,9% entre 2003 et 2010, au lieu de 5,3% entre 1998 et 2002 et 12,2% sur la période 1990/1997. Dans ce groupe de produits, seules les chaussures ont retrouvé un niveau de croissance à l’export proche de celui des années 90 : 7,2% entre 2003 et 2010 contre 2,4% entre 1998 et 2002 et 8,5% entre 1990 et 1997. Les articles de bonneterie, par contre, ont lourdement chuté : la variation de leur valeur à l’export s’est établie à -1,6% en moyenne sur la période 2003/2010, au lieu de 3,7% entre 1998 et 2002 et 15,4% sur la période 1990/1997. Idem pour les vêtements confectionnés dont les exportations sont passées d’une croissance moyenne de 14,4% en moyenne au cours de la période 1990/1997 à 4,8% entre 1998 et 2002 et à -0,5% entre 2003 et 2010.

Dix points de baisse pour les produits du textile

Les produits bruts, les demi-produits et les produits finis d’équipement, en revanche, se comportent favorablement avec des taux de croissance annuels moyens respectifs de 11,5%, 10,3% et 19,4% sur la période 2002/2010, au lieu de -1%, 5,3% et 3,9% entre 1998 et 2002. Dans le groupe de produits bruts, on peut citer notamment les pâtes à papier avec une croissance moyenne de 9,2% entre 2003 et 2010 au lieu de 3,2% entre 1998 et 2002, les phosphates  (10,6% au lieu de -7% sur les périodes considérées), le minerai de plomb (28,4% contre -12,8% sur les mêmes périodes), le minerai de cuivre (32,8% au lieu de -18,8%)…
Concernant les demi-produits, les engrais naturels et chimiques enregistrent des résultats en hausse, s’établissant à 17,3% en moyenne sur la période 2003/2010 au lieu de 1,7% entre 1998 et 2002. L’acide phosphorique réalise également de belles performances à l’export avec une hausse moyenne de 12,9% au lieu de -1,5% sur les périodes considérées.
En fait, la nouveauté, si l’on peut dire, sur le front des exportations, c’est surtout la percée des produits finis d’équipement ; en particulier, les produits d’équipement industriels (fils et câbles pour l’électricité, notamment) qui ont enregistré une progression moyenne de 19,4% entre 2003 et 2010 au lieu de 3,9% entre 1998 et 2002. A ceci près, cependant, que les biens d’équipement, industriels et agricoles réunis, ne pèsent pour le moment que 11 % environ du total des exportations, au moment où les produits finis de consommation, malgré leur baisse tendancielle, occupent encore la première place dans les exportations du Maroc (29% en moyenne sur 2003/2010), et les demi-produits, la deuxième place (27,5%).
Mais on peut aussi y voir une tendance qui se dessinerait progressivement : le recul des produits à faible valeur ajoutée au profit de produits à valeur ajoutée élevée. Et en effet, les produits finis d’équipement qui représentent aujourd’hui quelque 11% du total des exportations, n’en représentaient que 7% sur la période 1998/2002 et seulement 5,6% entre 1990 et 1997. Il faut voir dans cette évolution le résultat de développement des stratégies sectorielles et, notamment, l’électronique avec le câblage, l’automobile et l’aéronautique. En cinq ans (2006-2010), les exportations de produits finis d’équipement ont, soulignons-le, progressé de 174%, soit une moyenne annuelle qui frôle les 30% !
A contrario, les produits finis de consommation, dont le contenu technologique demeure encore faible (ce sont en gros les produits du textile), ont vu leur poids fondre de près de 10 points dans les exportations du pays : 29% contre 38,8% entre 1990 et 2002.
Cette tendance mérite d’être confortée, car ce n’est certainement pas avec des produits à forte intensité de main-d’œuvre et donc de faibles coûts salariaux qu’il sera possible de réduire l’immense déficit commercial. Avec la Chine, et l’Asie en général, ainsi que le démantèlement de l’accord multifibre, ce chemin ne mène pas loin. Aucun pays, du reste, n’a véritablement réussi à faire le poids, dans ce domaine, face à la Chine. Et puis, l’histoire montre qu’aucun pays avancé n’a pu faire l’économie de son industrialisation ; pas même la Suisse, pourtant connue surtout pour ses services financiers fort développés !