Etiquetage alimentaire : les professionnels divisés sur la loi

Les entreprises structurées respectent déjà  la réglementation. Les importateurs devront convaincre leurs fournisseurs étrangers ou demander une dérogation. La question du vrac n’est pas clairement abordée.

Publié au Bulletin officiel du 16 mai dernier, le décret fixant les conditions et les modalités d’étiquetage des produits alimentaires, en application de la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, est loin de mettre tous les professionnels d’accord. Rappelons tout d’abord que le décret en question, qui entrera en vigueur en mai 2014, «détermine les prescriptions et exigences générales d’étiquetage des produits primaires et des produits alimentaires»â€ˆet concerne ainsi «tout importateur et tout producteur, ou exploitant d’un établissement ou d’une entreprise du secteur alimentaire».

Tous concernés, les professionnels ne seront en tout cas pas tous impactés de la même façon. Les fabricants locaux, tout d’abord, qui, dans leur grande majorité, sont structurés, répondent pour la plupart d’ores et déjà aux dispositions prévues par la loi. Langue arabe, composition, dates de production et de péremption, coordonnées du fabricant et du distributeur, voire informations nutritionnelles…sont en effet couramment indiqués sur les produits alimentaires emballés. Il en va ainsi par exemple chez l’un des leaders des pâtes alimentaires et couscous, Dari Couspate. «En ce qui nous concerne, nous appliquons déjà ces exigences. Comme nous travaillons beaucoup à l’export, nous sommes de toute façon tenus depuis longtemps de nous conformer à ce type de dispositions», affirme Mohamed Khalil, fondateur de l’entreprise. Même constat pour Hammad Kessal, patron de Rayan. «Mes gros clients, dont Royal Air Maroc, m’ont permis, grâce à leurs exigences en la matière, de tirer vers le haut toute mon activité. Résultat, aujourd’hui mes produits répondent déjà aux dispositions prévues par la loi».

Pour les fabricants locaux qui par contre devraient se conformer en partie aux nouvelles normes, l’impact financier dépendra fortement de la taille même de l’entreprise et de la quantité des produits commercialisés.

«Il faudra surtout revoir la façon d’étiqueter et non de changer un mode opératoire. Ces fabricants devront ainsi repenser légèrement l’emballage de leur produit. Il ne s’agit que d’un re-design et d’un investissement limité», explique Nizar Benslimane, gérant de Télédyne, société spécialisée notamment dans l’identification et la traçabilité. De fait, une société qui dispose d’un catalogue important devra multiplier cet investissement autant de fois qu’elle a de produits.

Rencontre Fénagri-ONSSA pour faire converger les positions

Pour ce qui est de la vente au détail, le décret sera par contre difficile à appliquer pour certains professionnels. «Le texte contient des dispositions excessives comme celle d’indiquer le pourcentage représenté par chaque ingrédient. Imprimer un numéro de lot sur chaque unité préemballée vendue pose un problème technique pour nos produits, par définition de petite taille», conteste Abdelhakim Marrakchi, PDG de Maghreb Industries, l’un des leaders locaux de la production de confiseries. Même s’il est fait mention que certaines mentions obligatoires ne sont pas requises pour des emballages de moins de 10 cm2, la question mérite toutefois d’être posée. Pour M. Marrakchi, la mise en application de la loi manque tout simplement de progressivité. «Avant d’imposer la mention “Présence d’allergènes” par exemple, il faut d’abord que le consommateur et toute la chaîne de l’agroalimentaire comprennent précisément de quoi il s’agit», poursuit M. Marrakchi.

De l’avis des importateurs, en revanche, la situation est paradoxale. D’un côté, ils auront à convaincre leurs fournisseurs étrangers de faire des efforts pour se conformer à la réglementation en vigueur et ainsi accéder au marché marocain. D’un autre côté, l’article 30 du décret en question stipule que «la mise en conformité de l’étiquetage des produits importés ou destinés à l’exportation qui, pour des raisons techniques ou commerciales ne peuvent disposer d’un étiquetage conforme à certaines dispositions du présent décret, peut être accordée aux détenteurs desdits produits, sur leur demande, selon les formes et modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l’agriculture». Pour le PDG de Maghreb Industries, cette disposition fait clairement apparaître deux poids, deux mesures. C’est justement pour y voir plus clair que la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) convie l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et les ministères concernés à une rencontre début septembre à la CGEM «pour faire converger nos positions». Si de nombreux professionnels s’accordent sur le bien-fondé de cette loi, en ce sens qu’elle pousse les fabricants à se conformer aux standards internationaux et pourrait lutter efficacement contre la contrebande -si un contrôle efficace est bien sûr engagé en aval-, beaucoup montent au créneau parce qu’elle est loin de tout résoudre. La question de la vente en vrac n’est d’ailleurs toujours pas posée très clairement.