Et si le Maroc décidait d’emprunter à  l’international…

En 2010, il avait emprunté à  4.5% dont une prime de risque de 2 points de pourcentage. Aujourd’hui, l’emprunt lui reviendrait à  5.37% avec une prime de risque de 3.7 points. La crise des dettes souveraines en Europe et le printemps arabe ont affecté les signatures des pays émergents.

L’exercice 2011 s’achève sur un déficit record du compte courant de la balance des paiements, ce qui induit ipso facto une baisse des réserves de change. Les réserves de change globales, c’est-à-dire celles détenues aussi bien par Bank Al-Maghrib que les banques commerciales, ne couvrent désormais que 5 mois et 2 jours d’importations de biens et services, au lieu de 5 mois et 11 jours au mois de novembre dernier et de 5 mois et 10 jours en octobre…C’est une baisse continue, liée à la forte croissance des importations, dans un contexte de renchérissement des prix des matières premières. Mais ce niveau de couverture des importations reste malgré tout quelque peu éloigné de la zone d’alerte qui est généralement de trois mois. Il n’en reste pas moins que cette évolution pèse sur les trésoreries des banques, sur lesquelles la pression continue de s’exercer. Cette semaine encore, le déficit de trésorerie des banques était de 38 milliards de DH, alors même que la réserve obligatoire a été ramenée, par étapes successives, à un niveau très bas (6%).
Eu égard à ces évolutions, la question qui se pose est celle de savoir si, pour améliorer la situation financière du pays et desserrer l’étau sur les liquidités, le gouvernement ne sera pas amené à emprunter sur le marché international. Au ministère des finances, «le sujet n’est pas à l’ordre du jour», confie un de ses hauts responsables. Ce qui signifie qu’aucune décision n’est prise dans ce sens mais que tout reste possible.

La dette extérieure du Trésor augmente à 98 milliards de DH

En fait, ce qui fait hésiter les responsables chargés des finances extérieures à lancer un emprunt sur le marché financier international, c’est clairement l’instabilité qui caractérise ce dernier. La crise des dettes souveraines en Europe et la conjoncture politique dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient ont rendu les investisseurs particulièrement méfiants vis-à-vis des obligations des gouvernements. Cela peut se comprendre d’ailleurs, puisque désormais le défaut de paiement est évoqué comme une possible solution pour les Etats, comme la Grèce, devenus incapables d’honorer leurs dettes.
Le résultat de cette méfiance est la montée non pas des taux d’intérêt (qui sont plutôt bas en ce moment) mais des primes de risques, et particulièrement des contrats d’assurance pour la couverture des risques liés à un défaut de paiement (CDS : credit default swap). Ainsi, le spread dont serait assorti un emprunt marocain (pour une période de 10 ans) est actuellement à 370 points de base, soit 175 points de base de plus qu’au moment de l’emprunt en octobre 2010. Résultat, un taux d’intérêt global qui serait autour de 5,37% par an, alors qu’en septembre 2010, le Maroc était arrivé à lever 1 milliard d’euros à 4,5%. La différence est énorme. Rien qu’en charge d’intérêt le pays devrait s’acquitter s’il venait à emprunter aujourd’hui le même milliard d’euros (prêt à annuités constantes), de quelque 600 MDH supplémentaires.
Mais malgré tout, la hausse de la prime de risque liée à la dette du Maroc, résultant non pas tant de difficultés internes mais de facteurs externes, reste à un niveau relativement «correct», compte tenu de la conjoncture internationale et en comparaison avec d’autres pays. En effet, un pays comme l’Egypte est affublé d’un spread de 537 points de base (pdb), l’Ukraine de 894 pdb, l’Argentine de 810 pdb, la Hongrie de 583 pdb, la Serbie de 590 pdb, le Vietnam de 487 pdb, la Turquie de 387 pdb…(selon l’indice JP Morgan EMBI global). C’est dire que, globalement, et en dépit d’une croissance plutôt solide dans les pays émergents, leur signature n’a manqué d’être…contaminée par la crise qui frappe l’Europe. D’ailleurs, s’agissant du Maroc, l’agence Fitch Ratings, il y a quelques jours, a reconduit la notation du Maroc (BBB-/stable) et l’a maintenu dans la catégorie Investment grade. Cela intervient alors même que les comptes extérieurs continuent de se dégrader et que les finances publiques, sous le poids de la compensation, sont mises sous pression. Mais les réformes, à  la fois politiques et économiques, introduites, la bonne tenue de la croissance et la maîtrise de l’inflation sont des éléments qui sont généralement très appréciés des agences de notation et, au delà, des investisseurs.
Moyennant ces constats, il est fort possible que le gouvernement soit amené à emprunter pour alléger la pression sur le financement de l’économie. Bien sûr, s’il le fait, il accroîtra la dette extérieure qui, soit dit en passant, a recommencé à augmenter. Elle a atteint en 2011, selon une source au ministère des finances, 98 milliards de DH, au lieu de 92,3 milliards en 2010 (les chiffres de la dette pour 2011 seront publiés le 31 mars prochain). Avec la récession qui se confirme jour après jour en Europe, du moins dans la zone Euro, l’année 2012 sera encore une fois difficile pour l’économie marocaine. Dans ces conditions, quelle marge de manœuvre pour éviter un recours à l’emprunt ?