Essais cliniques sur les humains : les laboratoires se détournent du Maroc

Les professeurs chercheurs tablent sur 15 projets par an, mais aucune demande n’a été encore reçue. La lourdeur de la procédure d’attribution des autorisations serait à  l’origine de la rareté des projets.

La circulaire autorisant la recherche biomédicale, publiée en avril 2012 par le ministre de la santé El Hossein El Ouardi, n’a pas relancé les essais cliniques qui avaient été suspendus en 2010 sur décision de l’ex-ministre Yasmina Baddou. Réclamée par la communauté scientifique, cette circulaire comble certes le vide juridique en la matière, en attendant l’adoption par le Parlement du projet de loi fixant les conditions de réalisation des travaux de recherche, la rémunération des chercheurs et la protection des participants. Mais selon les professeurs chercheurs, l’arrêt actuel des essais découle de la complexité des procédures administratives fixées par la circulaire.

Cette dernière stipule que tout projet de recherche scientifique doit faire l’objet d’une demande d’autorisation délivrée par le ministère de la santé. Après instruction de la direction du médicament et de la pharmacie et avis de la direction de la réglementation, le dossier est transmis à la commission chargée de l’octroi des autorisations. Laquelle commission, présidée par le ministre de la santé, est composée des directeurs du médicament et de la pharmacie, de la population, de l’épidémiologie et la lutte contre les maladies, des hôpitaux et des soins ambulatoires et enfin de la réglementation et du contentieux.

Un an ou plus pour obtenir une autorisation

De l’avis des chercheurs, «la durée d’approbation d’un projet peut aller jusqu’à une année ou plus, si des informations complémentaires sont demandées ou si les membres de la commission ne sont pas tous disponibles au même moment». Cette lourdeur administrative est donc de nature à détourner les laboratoires pharmaceutiques du Royaume. Avant la suspension de la recherche biomédicale, une vingtaine de dossiers étaient reçus annuellement. Le Maroc était malgré tout relégué loin derrière des pays comme l’Egypte et la Tunisie qui enregistraient respectivement 78 et 37 projets par an.

Les chercheurs tablent maintenant sur une quinzaine de projets par an, mais depuis la publication de la circulaire en avril 2012, il n’y en a aucun. Pourtant, la recherche biomédicale encourage les progrès thérapeutiques et favorise le transfert de technologie et de savoir-faire. Les patients marocains peuvent de ce fait bénéficier de médicaments innovants non encore commercialisés dans le monde. L’impact économique est aussi indéniable puisque la recherche draine des capitaux étrangers (un essai nécessite un financement d’un million d’euros) et contribue à créer des emplois directs et indirects dans le secteur de la santé. Le problème est que non seulement les conditions d’attraction des capitaux étrangers ne sont pas réunies, mais l’on constate que l’Etat investit très peu dans le domaine ; le budget représente à peine 0,8% du PIB.