Transports : Adapter la mobilité à la lutte contre le changement climatique

Plusieurs propositions ont été mises en avant lors des premières assises de la mobilité durable organisées par l’ONCF. Le but est d’aspirer à une réduction de la consommation d’énergie aussi bien dans le transport routier que ferroviaire. La COP22 devrait traiter tous les modes de transports sur un pied d’égalité.

Asseoir une mobilité durable, efficace et qui n’est pas polluante. C’est l’un des objectifs à atteindre par les pays pour relever le défi de l’adaptation des modes de transport au changement climatique. L’enjeu est d’autant plus important que le secteur du transport reste responsable de 25% des rejets mondiaux de gaz, consomme environ 30% de l’énergie au niveau mondial et absorbe environ deux tiers (2/3) des produis pétroliers. Ces taux ne peuvent que s’aggraver avec l’urbanisation croissante : la croissance de la mobilité des personnes et des biens est prévue à 80% et 50% respectivement d’ici 2050 si des mesures de grande envergure ne sont pas prises.

En effet, dans le monde entier, la proportion des gens vivant dans les villes ne cesse d’augmenter. Plus de la moitié de la population vit dans des zones urbaines. D’ici 2030, ce chiffre pourrait atteindre les 2/3, soit plus de cinq milliards de personnes. Aussi, l’empreinte du secteur des transports sur le climat risque de croître à un rythme beaucoup plus rapide que celui des autres secteurs utilisateurs finaux d’énergie, passant de 7 à 12 Gt équivalent CO2 par an en 2050.

C’est dans ce contexte que l’ONCF a organisé, jeudi 3 novembre dernier, les «Assises de la mobilité durable». Pour l’office, il est plus que jamais urgent d’adopter de nouvelles infrastructures de transport et de transit, de concilier mobilité et lutte contre le changement climatique et d’apporter également les solutions technologiques adéquates pour limiter ce phénomène planétaire. Il s’agit en fait de «mettre en place des systèmes de transport complémentaires, intelligents, plus écologiques et multimodaux», a indiqué Mohamed Boussaïd, ministre de l’économie et des finances et ministre par intérim de l’équipement, du transport et de la logistique. Le Maroc n’échappe pas à cette situation. «Le secteur du transport consomme 40% de l’énergie. Par sous-secteur, le transport routier reste le plus énergivore avec 85% de la consommation de l’énergie finale, suivie de l’aérien avec 12% et du ferroviaire qui en consomme pas plus de 1%», explique Taieb Benssied, directeur du pôle transport au sein du CID (bureau d’études spécialisé en consulting, ingénierie et développement).

Il a ainsi mis en exergue trois axes principaux à explorer, à savoir la réduction de déplacements des citoyens grâce au recours aux services électroniques, surtout que ce secteur a connu des évolutions remarquables tant au niveau des services bancaires à distance, du paiement par internet, du e-commerce ou encore du e-Gov.  Il a souligné également le recours aux nouvelles technologies dans le domaine des transports ainsi que l’utilisation de carburants moins polluants. Notons à cet effet que le GPL (gaz de pétrole liquéfié) reste plus propre que les carburants, puisqu’il émet 18% de moins de CO2, 10 fois moins de particules et 97% de moins de CO. L’utilisation du biocarburant est recommandée également. Mais elle doit être réglementée car «la culture des espèces qui peuvent fournir ces biocarburants (canne à sucre, betterave sucrière…) peuvent se faire au détriment des autres cultures comme le maïs et le blé», met-il en garde.

Une attention particulière est certes accordée au transport routier puisqu’il est le plus énergivore. Il n’en demeure pas moins que Philippe Citroen, directeur général de l’Union des industries ferroviaires européennes, a insisté sur «la nécessité qu’il y ait quelques lignes sur le transport ferroviaire dans les protocoles qui seraient signés lors de la COP22». Il faut savoir que les innovations dans l’industrie ferroviaire ont permis d’économiser 20% de la consommation d’énergie du matériel roulant entre 1990 et 2010. L’heure est donc à l’adaptation à travers notamment la recherche et le développement. C’est dans ce cadre que Grégoire Demeestere, directeur efficacité énergétique chez Faiveley transports, premier équipementier à installer une filiale au Maroc, a précisé qu’un budget équivalent à 10% du chiffre d’affaires est mobilisé annuellement pour la R&D. L’objectif étant de contenir la consommation énergétique des différents systèmes  fournis aux clients, que ce soit pour le freinage, l’alimentation électrique, le chauffage/climatiseur…..

Cela étant, déployer les efforts nécessaires pour une mobilité accessible, innovante, sobre en carbone et génératrice de développement doit forcément être accompagné de financement.

Et si au Maroc les premiers financements verts commencent à voir le jour, la finance verte est en plein essor de par le monde. D’un montant total évalué à près de 42 milliards de dollars, les fonds verts ont triplé depuis 2012 et le seul marché chinois devrait représenter près de 250 milliards en 2020. Ils sont destinés généralement au secteur énergétique mais n’excluent pas les transports également. En tout cas, il devient impératif d’aligner les acteurs publics et privés afin de financer des infrastructures propres de transport.