Oxfam sceptique sur la question du financement

Sur les 41 milliards de dollars que les pays riches ont déclaré avoir mobilisés, seulement 11 à 21 milliards de dollars étaient spécifiquement alloués à l’action climatique. Les pays en développement devraient débourser plus de 500 milliards de dollars par an d’ici 2050, sinon la planète sera sur une trajectoire de réchauffement de +3°C.

Oxfam porte un regard critique sur la question de l’enveloppe budgétaire sur laquelle les parties se sont mobilisées dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques. Selon un rapport publié à la veille de l’ouverture de la COP («2016 : les vrais chiffres des financements climat»), il se trouve que les financements climat déclarés par les pays développés sont exagérés de plusieurs dizaines de milliards de dollars, si l’on tient compte réellement du soutien net qu’ils consacrent à la lutte contre le changement climatique pour les pays en développement. En effet, sur les 41 milliards de dollars que les pays riches ont déclaré avoir mobilisés chaque année sur la période 2013-2014 et ce depuis l’accord de Copenhague en 2009 où le budget de 100 milliards de dollars a été décidé, seulement 11 à 21 milliards de dollars étaient spécifiquement alloués à l’action climatique. C’est quasiment la moitié de ce qui est annoncé. Sur ce montant, 4 à 8 milliards étaient destinés à aider les pays pauvres à s’adapter aux effets du changement climatique, ce qui est loin d’être suffisant.

Or, ce sont ces pays qui ont le plus besoin d’aide pour s’adapter aux effets des changements climatiques et qui sont les moins responsables de cette situation. Plus grave encore, Oxfam révèle que seulement 8,7 milliards de dollars des financements climat sont octroyés aux pays les moins avancés, à savoir le groupe des 48 pays les plus pauvres et parmi les plus vulnérables au changement climatique dans le monde.

A en croire Oxfam, ce montant est largement insuffisant au regard des besoins en constante augmentation.

Dans l’hypothèse d’un réchauffement de la planète contenu en-dessous de 2°C, les pays en développement devraient débourser plus de 500 milliards de dollars par an d’ici 2050. Les contributions actuelles de plus de 190 pays, représentant 90% des émissions mondiales des gaz à effet de serre, ne sont pas bénéfiques à la limitation du réchauffement climatique. Elles mettent la planète sur une trajectoire de +3°C. D’un autre côté, les pays riches surestiment le financement qu’ils apportent. Les sommes octroyées sont comptabilisées à la valeur nominale, qu’elles soient sous forme de prêts ou de dons.

A ce niveau, la France par exemple avait octroyé 3 milliards d’euros de prêts sur le climat. 96% de cette somme a été allouée sous forme de prêt, alors que l’idée même est d’aider les pays et donc de leur en faire bénéficier sous forme de dons. D’où la moindre importance de l’effort fourni pour la lutte contre le changement climatique. D’autant qu’elles sont calculées de manière assez globales, englobant tous les projets même s’ils ne répondent pas à la norme changement climatique ou limitation des gaz à effet de serre.

En fait, «l’entrée en vigueur rapide de l’accord est une étape importante qui montre que l’enjeu climatique n’était pas qu’un feu de paille lié à la COP21, mais que la communauté internationale a pris conscience de l’urgence climatique et reste mobilisée. Ce n’est pas le moment de nous reposer sur nos lauriers. Le sommet de Marrakech doit garantir davantage de soutien aux populations en première ligne de la crise», souligne Armelle Le Comte, chargée de plaidoyer climat et énergie pour Oxfam France.

Dans ce cadre, l’association recommande aux pays donateurs et autres acteurs majeurs de la conférence de Marrakech d’intensifier leurs efforts pour accroître le financement de l’adaptation, en particulier pour les pays les moins avancés, d’œuvrer avec les gouvernements des pays en développement pour permettre à ceux qui en ont le plus besoin d’accéder plus facilement à ces financements et d’accélérer le rythme pour établir des normes communes et améliorer la comptabilisation et le suivi des financements climat.

Un autre élément de taille est également à prendre en compte. Il s’agit du phénomène El Nino dont l’intensité commence à s’affaiblir certes mais qui continue de compromettre l’avenir de nombre de personnes, accentué par le changement climatique. Et selon le bureau humanitaire des Nations Unies, environ 60 millions de personnes seront touchées par El Niño en cette année, en Afrique australe et en Afrique de l’Est, dans le Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Si l’on tient compte de l’Afrique du Sud où l’alternation des précipitations et des épisodes de sécheresse imprévisibles devraient réduire les récoltes de 25 %, la faiblesse de la production agricole de 2016 aura des répercussions jusqu’en 2017 compromettant la sécurité alimentaire de millions de personnes. Ceci interpelle à plus d’un titre sur le manque d’investissements dans l’adaptation au changement climatique des pays vulnérables.