Le Maroc perd 1,05% de son PIB à cause de la pollution de l’air

Les estimations liées à la pollution ne couvrent que les villes pour lesquelles les données sont disponibles. L’impact réel de la pollution de l’air sur la santé est sous-estimé.

Nezha El Ouafi, secrétaire d’Etat chargée du développement durable, a rappelé récemment que le coût de la pollution de l’air correspond à une moyenne de 9,7 milliards de dirhams, soit 1,05% du PIB (2014). Tirée de l’étude intitulée «Le coût de la dégradation de l’environnement au Maroc», réalisée par la Banque Mondiale en collaboration avec le ministère chargé de l’environnement, cette étude précise que «le coût total de la pollution de l’air est estimé entre 6,3 et 13 milliards de DH. Le coût lié à la pollution de l’air extérieur représente 0,79 % du PIB alors que le coût lié à la pollution de l’air intérieur s’élève à 0,26 % du PIB».
Or, les estimations liées à la pollution de l’air extérieur ne couvrent que les villes pour lesquelles les données de surveillance étaient disponibles en 2014. Par conséquent, l’évaluation finale sous-estime les impacts réels de la pollution de l’air sur la santé. Aussi, les évaluations liées à la mortalité, dit le rapport de la Banque Mondiale, se réfèrent seulement à cinq maladies respiratoires, alors que celles relatives à la morbidité ne sont pas liées à des maladies spécifiques. En d’autres termes, l’impact financier de la dégradation de l’air est, logiquement, encore plus coûteux.

L’annonce révèle un vide académique

Face à cette statistique alarmante, rares sont les chercheurs marocains qui s’intéressent à cette problématique de l’impact économique de la dégradation environnementale, et surtout à la pollution de l’air. En tout cas, ils ne vont pas chercher loin. «L’impact financier s’explique par les méfaits de la dégradation de l’air et sur la santé et sur l’agriculture, à travers la dégradation de la végétation. Pour ce qui est de la santé, les cas de mort prématurée et les maladies chroniques sont des facteurs très coûteux», explique Meryem Tanarhte, professeure de pollution atmosphérique à la FST de Mohammédia et chercheure au Max Planck Institute à Mayence en Allemagne.

Le même vide académique est confirmé par Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre au Maroc. Si, au Maroc, la Fondation Mohammed VI et la Direction de la météorologie nationale s’occupent des questions liées à la pollution de l’air, la question du coût de la dégradation de l’air demeure négligée.