Le Maroc fait de l’assurance agricole un levier d’adaptation

Le pays a pris une longueur d’avance en mettant à exécution le projet d’adaptation de l’agriculture au changement climatique au Maghreb. Lié essentiellement à la gestion du risque climatique, il cible la petite agriculture familiale prioritairement et se concentre sur les céréales principales.

Parmi les premières victimes du changement climatique figure l’agriculture. Avec le réchauffement attendu aux horizons 2030 et 2050, le secteur ne peut que devenir plus vulnérable avec davantage d’aridité et de stress hydrique. Cette situation devrait intervenir alors que les performances de l’agriculture marocaine restent fortement dépendantes des pluies, compte tenu de la prédominance de l’agriculture pluviale, malgré les nombreux programmes de développement agricole et les réformes structurelles en vue de permettre au pays d’assurer sa sécurité alimentaire.

De plus, les impacts du changement climatique risquent de limiter les bénéfices attendus des programmes d’investissements actuellement engagés en faveur de l’agriculture dans le cadre du Plan Maroc Vert lancé en 2008. Dans ce contexte, un side-event a été organisé le 8 novembre, sous l’égide du ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, par l’Agence de développement agricole (ADA) en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM),  portant sur le thème de l’adaptation de l’agriculture au Maghreb et en Afrique au changement climatique. Rappelons que le Maroc a obtenu un don du FFEM, dont l’AFD est l’agent d’exécution, pour la mise en œuvre d’un projet d’adaptation de l’agriculture au changement climatique au Maghreb (ACCAGRIMAG). Etalé sur 3 ans, de 2015 à 2017, le projet  concerne les régions du Nord du Maroc, à savoir Tanger-Tétouan-Al Hoceima et Fès-Meknès. Avec une perspective initiale de couvrir 1 million d’hectares, élargie à 2 millions d’hectares, le projet initié est ambitieux. Le Maroc a donné l’exemple aux pays africains et a même pris une longueur d’avance à un moment où la communauté internationale s’interroge sur les moyens de promouvoir de meilleures pratiques agricoles et sur la nécessité de développer des outils efficaces de financement de l’adaptation, dont fait partie l’assurance. En tout cas, cette couverture dite «à double dividende à grande échelle» est très novatrice dans la région et en Afrique. La finalité du projet est de contribuer à réduire la vulnérabilité de l’agriculture pluviale aux effets du changement climatique au Maroc. Ce qui s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’initiative marocaine Triple A. Afin d’inciter à l’adoption et la mise en œuvre de mesures d’adaptation de l’agriculture, le projet répond à plusieurs objectifs spécifiques. Il s’agit tout d’abord d’améliorer et de diffuser les connaissances sur les impacts du changement climatique en agriculture, et ce, dans le but de renforcer les capacités des acteurs agricoles (petits exploitants, Organisations, professionnels agricoles, services techniques, agro-industriels, assureurs, etc.) à évaluer les risques et à intégrer des mesures d’adaptation dans leurs stratégies et leurs pratiques. En fait, il cible la petite agriculture familiale prioritairement et se concentre sur les céréales principales, dont le blé tendre, blé dur et orge, qui constituent la base des systèmes d’exploitation. Ensuite, le projet vise à accroître les capacités de résilience des systèmes de cultures pluviales par l’expérimentation et la diffusion de technologies innovantes d’adaptation au changement climatique. Ainsi, le projet devra permettre la réalisation de tests avec les agriculteurs d’un nombre limité de technologies. La première est à caractère génétique (espèces et variétés résistantes à la sécheresse) quand la deuxième concerne l’économie d’eau de façon semi directe, semi précoce ou encore liée à la collecte des eaux pluviales. La dernière technologie se rapporte à l’agronomie en prenant comme axe principal l’identification et l’allongement des assolements. Il devra rendre possible aussi le suivi, l’évaluation et la capitalisation de ces expérimentations en milieu réel, d’un point de vue technique et économique et l’identification de leviers financiers pour la diffusion à grande échelle des innovations introduites.

Enfin, il porte sur la définition des modèles de gestion efficace du risque de sécheresse par l’assurance dans un contexte de changement climatique. Dans ce cadre, le projet a pour objet de tester la faisabilité d’une assurance paramétrique au Maroc du risque de sécheresse à partir d’une méthode indicielle qui viendrait en complément ou en substitution des dispositifs existants. Il étudiera par ailleurs les modalités permettant, d’une part, de rendre l’assurance incitative pour l’adoption de pratiques climato-résilientes, et, d’autre part, d’expliciter l’impact de l’adoption des pratiques sur l’exposition au risque, donc sur la viabilité financière du système assurantiel. En un mot, l’on peut dire que la gestion du risque climatique est le nerf de la guerre de ce projet.