Changement climatique : les collectivités territoriales marocaines impliquées dans le processus de lutte

La région de Souss-Massa a été la première à développer un plan territorial de lutte contre le changement climatique. Un plan d’adaptation prioritaire et un autre d’accompagnement ont été lancés pour les 5 zones que compte la région, nécessitant une enveloppe budgétaire de 508 MDH. La région de Béni Mellal-Khénifra souffre des effets du déficit des ressources hydriques.

La lutte contre le changement climatique exige une action commune et responsable. Les politiques d’atténuation ne peuvent suffire à elles seules à endiguer les dommages sur le climat et des mesures d’adaptation sont nécessaires. Dans ce cadre, les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer dans la lutte contre le changement climatique ; et la région du Souss Massa a été la première à développer un plan territorial de lutte contre le changement climatique (PTCR). Il s’inscrit en fait dans le contexte international de la convention cadre des Nations Unies et des recommandations de la COP21, mais également dans le cadre de la Charte nationale de protection de l’environnement, de la Stratégie nationale de développement durable de la 1ère  année de mise en œuvre de la régionalisation avancée. Il faut savoir que cette région est des plus touchées par les effets du changement climatique : sécheresse, hausse des températures, baisse des précipitations, enneigement, feux de forêt, crues et invasion acridienne. Ce qui a impacté l’ensemble des secteurs de cette région, à savoir les ressources hydriques, l’agriculture, la forêt et la biodiversité, la pêche, le tourisme, l’habitat, l’industrie, la santé et le transport. Ce PTCR mis en place a ainsi pour principales lignes directrices de miser sur l’atténuation (achèvement prévu en décembre) et l’adaptation (déjà réalisé) ; d’apprécier les niveaux de vulnérabilité des principaux secteurs socio-économiques; d’identifier les axes prioritaires pour renforcer la résilience du territoire ; et de se doter d’un système de gouvernance. Plusieurs mesures d’adaptation ont été concrétisées, à commencer par la nappe souterraine El Guerdane qui a connu un tarissement sans précédent, rappelle Ibrahim Hafidi, président de la région Souss Massa-Draa, à moins de 300 m3 ou même pire. «Un partenariat public-privé a donc été signé et qui a permis de verser 45 millions de m3 du barrage d’Aoulouz». En revanche, pour la nappe de Chtouka qui est déficitaire de 58 millions de m3, un projet de dessalement de l’eau de mer a été mis en place en vue de combler ce déficit. En tout, un plan d’adaptation prioritaire et un autre d’accompagnement ont été lancés pour les 5 zones que compte la région, nécessitant une enveloppe budgétaire de 508 MDH. Actuellement, les villes d’Agadir et d’Inezgane sont protégées. Par ailleurs, «il est vrai que le Conseil régional alloue un budget de 20 MDH annuellement pour lutter contre les inondations ; mais 700 MDH restent encore requis pour répondre aux premières priorités de la région» se désole-t-il.

Béni-Mellal- Khénifra, autant touchée que sa voisine

Et c’est au niveau du financement que le bât blesse. Pour cela, Khadija Samir, directrice régionale de l’environnement de la région de Souss-Massa Draa, a exprimé l’ambition de puiser dans tous les canaux de financement nationaux et internationaux plausibles.

Encore faut-il structurer les projets selon les critères d’éligibilité préconisés par les différents bailleurs de fonds. Parallèlement, un fonds régional d’adaptation au changement climatique sera mis à la disposition de la région, à l’initiative de différentes ONG et devrait inclure trois types de révisions, à savoir une périodique tous les 5 ans, une autre après l’élaboration du Plan national de l’adaptation au changement climatique en vue de recentrer et d’harmoniser les objectifs et résultats et une dernière révision selon la nécessité.

A l’instar de la région de Souss-Massa, celle de Béni-Mellal souffre des mêmes maux. En plus d’une forêt menacée de défrichement, d’abattage et de surpâturage, le taux de reboisement reste insuffisant, à 5% contre 15% comme taux optimal à l’équilibre écologique et environnemental ; 6 des 54 localités nationales sont jugées à risque ; la biodiversité affiche une dégradation croissante et le cycle de l’eau est en modification sans cesse, affectant de ce fait les populations en zone montagneuse. Cela, en sachant que la contribution de la région à l’activité agricole nationale est tout de même de taille. En effet, elle contribue à hauteur de 28% dans la production des semences des céréales, 26% pour la betterave sucrière, 19% pour les agrumes, 13% pour l’olivier. Pour les filières animales, elle accapare  14% de la production du lait et 15% de viandes rouges, et ce, sans parler des agrumes. Il devient donc plus que jamais urgent de préserver les ressources naturelles de cette zone. «Nous nous sommes inscrits donc une vision favorisant la durabilité des terres.  Il s’agit d’une stratégie en 7 principes, 9 programmes sectoriels et 4 programmes transversaux dont celui de l’environnement. Sur ce dernier point, notre objectif est de mettre en place des actions concrètes et volontaristes par l’adaptation et l’atténuation des effets du changement» explique Hazim Jilali, vice-président de la région de Beni Mellal- Khénifra. D’autant que le programme relatif à l’environnement favorise la préservation forestière, à travers la requalification et la protection des patrimoines forestiers et l’économie des ressources hydriques par le traitement des eaux usées et l’assainissement ainsi que le développement des énergies renouvelables. En vue d’assurer un suivi régulier de cette stratégie, une commission de suivi a été créée qui est tenue, entre autres, par l’élaboration d’un rapport trimestriel des actions menées. Cependant, selon M.Jilali, «l’étape la plus importante est post-COP22. Elle doit se traduire par l’intégration de la dimension climat dans les plans de développement régionaux. Cette étape sera marquée par le lancement d’une étude pour connaître la cartographie de la région d’abord, pour ensuite établir un plan de développement climatique et d’efficacité énergétique régional». L’ambition est de construire 4 centrales hydriques et électriques d’une capacité de 50 GWh.

Parallèlement à cette stratégie, le directeur régional de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Rabii accorde une attention particulière à l’eau. Les ressources hydriques mobilisables sont de l’ordre de 3,7 milliards de m3 en eau de surface et souterraine avec une part de 92% pour cette dernière ressource. Ceci représente un déficit important face aux ressources mobilisées. Conséquence : tarissement ou assèchement de plusieurs ressources, en plus de la dégradation de la qualité ; de l’envasement des retenues de barrages, 18 millions de m3 par an, du coup, il est impératif de tracer une stratégie en explorant plusieurs pistes, comme la lutte contre le gaspillage. En ce sens, l’efficience des réseaux paraît primordiale, que ce soit pour l’agriculture, l’eau potable, l’assainissement…, en plus de cela, il faudra développer la recharge artificielle de la nappe tout en essayant de stopper, du moins limiter les prélèvements et tout en luttant contre les prélèvements clandestins. Une autre piste à exploiter : il s’agit de mobiliser toutes les ressources des bassins excédentaires en direction vers les déficitaires, sans oublier l’utilisation des eaux usées ; un gisement qui permettra de gagner à peu près 35 millions de m3, voire plus. «Le dessalement de l’eau de mer se présente également comme alternative pour préserver la ressource au niveau régional», conclut le directeur. Bien des stratégies sont lancées et la volonté de plusieurs parties est bel et bien exprimée, reste juste la concrétisation et l’accélération du processus.