Environnement : 200 MDH pour valoriser et protéger 3,2 millions d’ha d’alfa

Plusieurs tentatives d’industrialiser l’exploitation d’alfa ont échoué n La plante doit être exploitée pour survivre.
Aujourd’hui, elle sert à  nourrir le bétail et fabriquer des produits artisanaux.

Bien que peu connu, l’alfa, herbe vivace que l’on trouve sous forme de touffes et qui se régénère rapidement, est à inclure sur la liste des ressources naturelles du Maroc. Uniquement présente dans le bassin méditerranéen occidental, et particulièrement en Afrique du Nord, cette plante occupe au Maroc une superficie de 3,2 millions d’hectares dans les zones steppiques des hauts plateaux de l’Oriental, notamment dans les provinces de Figuig, Jerada, Taza et Boulemane. Particulièrement réputée pour sa résistance à la sécheresse, elle permet également de lutter contre l’érosion hydrique et éolienne. Les territoires l’abritant, connus sous le nom de «nappes alfatières», abritent également un écosystème qu’il convient de protéger, ce dont est chargé le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) qui, pour valoriser et protéger l’espèce, se concentre sur le niveau local en s’appuyant notamment sur des coopératives pastorales dont une quarantaine ont été créées à la suite d’un projet du ministère de l’agriculture. A l’issue de ce précédent projet, une convention tripartite, spécifique à l’Oriental, a été signée entre le ministère de l’intérieur, tuteur des terrains collectifs, le ministère de l’agriculture, technicien des terrains de l’Etat, et le HCEFLCD afin de normaliser la nature juridique des terrains concernés. Aujourd’hui, c’est un projet cofinancé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) pour 6 millions de dollars, le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) pour 5,2 millions de dollars, l’Agence de développement de l’Oriental (ADO) pour 288 000 dollars, et le gouvernement marocain pour 13,2 millions de dollars, qui a pris le relais. Les bénéficiaires du projet, à savoir les coopératives, participent en nature pour près de 210 000 dollars. C’est donc une enveloppe globale de près de 25 millions de dollars dont bénéficie le projet de lutte participative contre la désertification et la réduction de la pauvreté dans les écosystèmes arides et semi-arides des hauts plateaux de l’Oriental marocain. Ce projet, dont la mise en œuvre a commencé il y a quelques mois, concerne 61 000 personnes et 3,8 millions d’ha dont 95% sont à vocation pastorale et de steppes d’alfa. Un long travail de pédagogie auprès des populations a été effectué. Du fait de la sédentarisation des populations, de nombreuses plantations d’alfa ont été déboisées pour les besoins de l’agriculture. En collaboration avec les populations locales, et contre compensation financière, des parcelles d’alfa sont aujourd’hui mises en défense (coupe interdite, accès au bétail autorisé) et 650 000 ha ont fait l’objet d’études pour connaître le potentiel, constater l’état de la dégradation et rechercher des solutions.

Du crin végétal à la pâte à papier

Au-delà de l’aspect environnemental, l’alfa présente également un intérêt socio-économique important compte tenu de sa capacité de résistance. «Une touffe d’alfa peut supporter des exploitations successives pendant 25 à 30 ans sous la condition d’une mise en repos de 2 à 3 ans après un certain nombre d’exploitations» , précise Ben Hammou Bouzemouri, directeur du développement forestier au HCEFLCD. De la plus artisanale à la plus industrielle possible, l’alfa peut être utilisé de diverses manières. Autrefois, il était transformé en crin végétal pour rembourrer les matelas avant que d’autres matières ne viennent prendre le relais. Jusque dans les années 80, l’alfa marocain était ainsi exporté vers l’Europe pour être transformé en pâte à papier. Les fibres, contenant de la cellulose, donnent en effet un papier d’excellente qualité. Le coût élevé de cette ressource a de nouveau obligé les pays importateurs à se rabattre sur la cellulose de bois, bien plus rentable. Les dernières tentatives d’industrialiser l’exploitation de l’alfa au Maroc n’ont pas abouti. C’est le cas par exemple de l’initiative d’une société canadienne qui envisageait d’installer une usine dans la province de Jerada, d’une capacité de 36 000 tonnes par an, nécessitant un volume de 90 000 tonnes d’alfa, mais elle demandait trop d’incitations et avantages. Il a par la suite été imaginé de transformer l’alfa en briquettes énergétiques, utilisables comme combustible. C’est ce que la sucrerie de Zaio a fait un temps avant d’abandonner. Tout comme le projet de centrale thermique de Bouarfa. Le paradoxe est que l’alfa doit être exploité pour pouvoir survivre. Aujourd’hui, il est utilisé par les populations locales comme aliment de bétail pour l’élevage extensif et comme matière première pour les produits artisanaux (paniers par exemple), en attendant le retour des industriels.