Environnement : 12 millions d’euros pour des projets pilotes de recyclage de déchets humains

Ce programme de gestion durable et intégrée des ressources en eau prendra fin en 2018.
Trois régions sont concernées : les bassins du Tensift, du Souss-Massa-Drà¢a et de l’Oum Erbiî.
Un premier site pilote a été inauguré dans le village Dayet Ifrah, près d’Ifrane.

C’est connu, l’eau est une denrée rare. Pour la préserver, des actions de grande échelle sont entreprises aux quatre coins du monde. Au Maroc, le programme d’appui à la gestion intégrée des ressources en eau (AGIRE) en est une. Cet important programme lancé il y a une année et qui doit s’achever d’ici 2018 s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de l’eau initiée en 1995 par la promulgation de la loi 10-95 sur l’eau. Fruit d’un partenariat entre le secrétariat d’Etat à l’environnement, l’Agence allemande de coopération technique (GTZ) et les Agences des bassins hydrauliques du Tensift, du Souss Massa-Draa et d’Oum Erbiî, AGIRE repose sur de nouvelles approches permettant d’améliorer la planification, le suivi et le contrôle de l’utilisation de l’eau, de préserver les eaux souterraines, de réutiliser les eaux usées et de renforcer la participation de l’ensemble des parties concernées dans la prise de décision.
Le tout est financé par une contribution allemande de l’ordre de 12 millions d’euros (près de 133 MDH), en plus de fonds de différentes subventions de l’Etat marocain qui se mettent en place au fur et à mesure des plans d’action.

Les déchets humains pour fertiliser les exploitations agricoles

La réalisation va se faire en trois phases. Jusqu’en juin 2011, fin de la première, il s’agira de mettre à niveau le cadre institutionnel, réglementaire et organisationnel, renforcer les capacités techniques des Agences de bassins hydrauliques et du secrétariat d’Etat à l’environnement et améliorer la gestion de l’information. Un budget de 4,3 millions d’euros (47 MDH) est alloué à cette première phase.
A l’heure actuelle, la problématique de la réutilisation des eaux usées fait l’objet des premières études et ateliers sur le terrain. Un atelier de formation qui a réuni 140 participants s’est ainsi tenu en décembre 2009 à Agadir. Comme nous l’explique Christine Werner, conseillère technique principale en charge du programme, il s’agit de changer le regard des populations locales et acteurs étatiques sur les déchets humains. «Dans les cultures anciennes, les déchets humains étaient recyclés au même titre que les déchets animaux. Aujourd’hui, les eaux industrielles, les eaux domestiques et les eaux pluviales se retrouvent mêlées, ce qui gêne fortement le traitement des eaux usées», explique Mme Werner. L’approche appelée assainissement écologique, ou Ecosan, permet, entre autres, de récupérer le potentiel de recyclage des matières nutritives contenues dans les excréments humains afin de les réutiliser pour la production agricole. Dans un monde où les engrais chimiques polluent les sols et où l’eau se raréfie, la réutilisation des eaux usées domestiques paraît une solution tout aussi valable que d’autres. Les matières fécales peuvent être utilisées comme engrais et l’urine permet d’irriguer les cultures.
Concrètement, différentes méthodes sont déjà en cours d’expérimentation. Dans le village de Dayet Ifrah, près d’Ifrane, les travaux de construction des toilettes à séparation d’urine viennent de reprendre après un hiver rigoureux. Le principe est simple : un compartiment arrière récupère les excréments fécaux et un compartiment avant récupère l’urine.

Une plantation de bambou irriguée par une station d’épuration écologique près de Mohammédia

D’après les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la réutilisation, à l’échelle familiale, de l’urine peut être directe, sans traitement spécifique. Il suffit de l’utiliser de façon diluée et de respecter un laps de temps de 4 semaines entre l’irrigation et la récolte. Dans le cas d’une récupération collective (toilettes publiques), l’OMS recommande de traiter l’urine dans un réservoir à part. Le pH va alors augmenter et dégager de l’ammoniaque libre, dont l’effet est de détruire les pathogènes éventuels. S’en suit un stockage de 4 mois avant l’irrigation.
Quant aux matières fécales, aussi ridicule que cela puisse paraître aux plus sceptiques,  elles sont également réutilisables comme engrais. Après l’utilisation des toilettes, on couvre les excréments de cendres ou de terre afin d’activer une meilleure ventilation et la déshydratation des excréments. Stockés dans un compartiment pendant 1 à 2 ans, ils sont ensuite mis au repos pendant 1 an, laissant le temps d’éliminer la plupart des microbes pathogènes. Suite à quoi ils peuvent être utilisés comme un engrais, à l’instar du traditionnel fumier. En outre, des toilettes publiques utilisant cette même approche sont actuellement en développement pour une école et une mosquée dans un ksar au sud de Rissani. D’autres méthodes sont à l’étude au Maroc comme cette plantation de bambou près de Mohammédia qui sera irriguée par une station d’épuration écologique et utilisée comme biomasse ou combustible.