Miel Zemzami : 40 ans d’existence et 1 000 tonnes produites chaque année

Garde forestier de profession, Abdelkébir Zemzami s’est passionné pour l’apiculture qu’il a découverte en 1957 avant d’en faire un métier à  part entière et de créer sa marque en 1969
L’entreprise revendique le tiers de la production locale et s’appuie sur un réseau de 3 000 ruches dans le Gharb et le Souss.
La diversification en amont intervient en 1987 avec la production de ruches modernes.

Zemzami, autant de sonorités dans ce nom de famille qui rappelle le bourdonnement d’une abeille. A croire qu’il était prédestiné à devenir une marque de miel réputée au Maroc. Lorsqu’en 1957 Abdelkébir Zemzami découvre l’apiculture, c’est d’abord en tant qu’amateur. Garde forestier dans la région de Tamanar près d’Agadir, une région traditionnellement apicole, il se passionne rapidement pour cette activité. En parallèle de son emploi, il s’adonne donc à l’apiculture et entreprend un long apprentissage. M. Zemzami se familiarise avec les techniques auprès d’un professionnel polonais à la retraite, installé dans la région. Ce dernier lui lègue du matériel et lui prodigue les premiers conseils. Il lui remet également un livre sur l’apiculture dans lequel il trouvera toutes les astuces pour parfaire sa maîtrise de l’activité. L’apiculture nécessitant peu d’infrastructures, l’équipement fourni par le mécène polonais permet à Abdelkébir Zemzami de s’exercer tranquillement dans le Souss, région propice à la production de miel de thym.

Une histoire de famille : les sept enfants se mettent au métier

Au milieu des années 1960, la famille quitte le Souss pour s’installer dans le Gharb, première région apicole du Maroc avec ses 120 000 ha de forêts dont près de 90 000 ha d’eucalyptus. La transhumance fait partie du métier puisque l’apiculteur se déplace en fonction des variations de floraison liées à l’altitude et aux saisons. En s’implantant dans le Gharb, Abdelkébir Zemzami se met ainsi à la production de miel d’eucalyptus tout en conservant un pied dans le Souss pour le miel de thym. Aujourd’hui, ses ruches sont situées aussi bien dans ces deux régions que dans le Rif.
Le grand saut est fait en 1969, avec la naissance de la marque Zemzami et, avec elle, le célèbre pot en plastique fermé d’un couvercle vissé rouge que l’on trouve aujourd’hui encore dans toutes les épiceries. Entre-temps, la famille s’est agrandie et tous les enfants, sept frères et sœurs, contribuent au développement de l’affaire. Le miel commence à devenir un créneau porteur.
En 1977, le père décide de se consacrer à l’apiculture à temps plein et quitte son métier de garde forestier. Il adapte son processus de fabrication, jusque-là traditionnel, aux techniques modernes et industrielles de production apicole. Les volumes augmentent rapidement. Dès 1987, Zemzami contribue à la promotion de l’apiculture au Maroc en fabriquant des ruches pour le compte de l’administration qui les remet à des apiculteurs à titre de subventions. La société n’a pas abandonné ce créneau et fabrique toujours du matériel apicole dans une usine installée à Salé.
Mais, très vite, la production devient supérieure à la demande. Il faut dire que jusqu’en 1986, le miel n’était généralement consommé que pendant Ramadan et l’Aïd Al Mouloud. En ces temps-là, le miel est simplement disponible dans les épiceries de quartier. C’est un grossiste qui se charge d’approvisionner les points de vente. La marque ayant ainsi délégué la distribution, il est difficile d’évaluer l’étendue de la présence de Zemzami au Maroc jusqu’à la fin des années 1980.

La société revendique le tiers de la production locale

Pour couvrir tout le pays, la société met en place, en 1986, une équipe de vendeurs. Dotée de deux véhicules à ses débuts, celle-ci est chargée tant bien que mal d’élargir le réseau de distribution. Peu consommé, le miel est aussi considéré comme un aliment de luxe et le prix comme un critère de qualité. Autrement dit, un miel coûteux est forcément un miel goûteux. Il a donc fallu démocratiser le produit. Les apiculteurs, et en première ligne Zemzami, en étaient conscients. D’abord, en appliquant des prix moins élevés, ensuite en axant la communication sur les bienfaits nutritionnels du miel.
Parallèlement à sa présence chez les épiciers, la société a opté également pour le circuit moderne de commercialisation. En 1991, le miel Zemzami est sur les rayons de Marjane Bouregreg, à Rabat, premier hypermarché du pays. Aujourd’hui, la marque est distribuée à Dubaï, aux Etats-Unis, au Sénégal et en Europe. La société produit également pour les traiteurs et les industriels comme les fabricants de cigarettes qui saupoudrent le tabac de miel caramélisé.
Le Maroc compte près de 30 000 apiculteurs dont 9 500 équipés de ruches modernes pour un total de 410 000 ruches, dont 110 000 modernes. Ce secteur produit 3 500 tonnes de miel par an. La part de Zemzami représente près d’un tiers avec 1 000 tonnes produites par an. La marque détient 3 000 ruches situées dans le Gharb et le Souss sans compter les apiculteurs indépendants auprès desquels elle s’approvisionne également en matière première.

Très peu de communication par les médias classiques

Depuis 4 ans, le miel, disponible dans différents grammages, est conditionné dans une usine installée à Témara, et administrée par Zouhair, avant-dernier enfant de la fratrie. Le père, toujours en activité, surveille la production depuis le terrain. Aujourd’hui, les dirigeants s’attellent à structurer l’entreprise et à remplacer l’actuelle gestion collégiale par un système plus adapté. L’organisation se doit d’être indépendante des personnes, tout en conservant l’esprit Zemzami. La direction réfléchit à de nombreux projets pour redynamiser la marque. Le rêve de la famille est de créer un musée Zemzami. C’est la solution trouvée pour remémorer les nombreux souvenirs perdus au fil des décennies. La société est l’une des premières à avoir fait des animations sur les points de vente.
Pour le packaging, elle étudie actuellement l’éventualité de proposer un nouveau format, sous forme de squeezer (flacon tête en bas que l’on presse). Pour mener toutes ces actions, les responsables marketing se voient dotés d’un budget de 3% du chiffre d’affaires gardé secret.