Brosse Tazi, 52 ans, 68 millions de pièces vendues chaque année

Inventée en 1955 par Abdelaziz Tazi, elle a très vite envahi tous les foyers.
Aujourd’hui, la société est encore leader du marché avec
25% de parts.
Pas de marketing, pas de com’, pas de pub, la brosse se vend toute seule.

Qui ne connaît la petite brosse ronde en plastique ? Elle fait partie des rares marques marocainesque l’on peut retrouver dans tous les foyers, de la plus misérablenouala au fin fonds de ce Maroc «inutile» à la villa luxueusesur la colline d’Anfa. Appelée couramment brosse Tazi, alors qu’elleest produite par plusieurs entreprises au niveau national, sa particularité estd’être présente dans tous les étalages des 900 000commerces existant au Maroc.

L’histoire et le succès de la brosse Tazi commencent par une anecdotedatant de l’époque coloniale. Un jour, un Marocain interpellé parune patrouille française dans la rue fut conduit au poste de police pourun contrôle de routine qui se transforma en long interrogatoire. La raisonen était que l’agent avait découvert, entre autres effetsdans ses poches, un objet bizarre. Ne reconnaissant pas cette forme, les soldatsfrançais en ont conclu qu’il pouvait s’agir d’une arme.Dans les jours qui suivirent, certains n’osaient plus se promener avecune brosse dans la poche de peur d’être embarqués. Aujourd’huiencore, les membres de la famille Tazi se racontent cette anecdote qui en ditlong sur la popularité de la brosse Tazi.

Cet accessoire est plus que cinquantenaire ! Tout commence en 1954. AbdelazizTazi se lance dans l’industrie et crée une petite usine à AïnBorja, à Casablanca. Il fabrique alors des jouets en plastique avec unefaible capacité de production et un effectif d’une dizaine d’employés.Un an après, il a l’idée du siècle. Notant à justetitre que le peigne plat, produit répandu à l’époque,convient davantage aux cheveux lisses des Français plutôt qu’à ceux,frisés, parfois crépus, des Marocains, il se met en têtede fabriquer un produit adapté. Cahier des charges en tête, il dénicheun fabricant de moules industriels qui prend commande du produit. La brosse Tazi étaitnée. Son secret : petite, donc facilement transportable, mais solide parceque fabriquée à partir d’une matière résistante,le plastique, sans compter sa légèreté. Les Marocains, habituésaux produits en écaille, ou à ceux, plus chers car importés,l’adoptent très vite.

L’objet devient incontournable, pour se recoiffer. Et comme il n’ya aucun concurrent en vue, la brosse Tazi entre dans tous les foyers marocains.Pendant 35 ans, elle régnera sans partage sur le marché domestique.L’entreprise est florissante et dans les années 80, elle vend déjà jusqu’à 6millions de pièces par an. A 40 centimes/pièce, le produit esten effet accessible à toutes les franges de la population. «La devisede M. Tazi est qu’il faut proposer le meilleur produit au meilleur prix»,explique Madiha Berrada, DG de l’entreprise.

Les MRE en font provision pour eux et pour les compatriotesqui n’ont puvenir au pays
Signe qu’un bon produit qui répond à un réel besoin,la brosse Tazi n’a jamais eu besoin de promotion. Et même si elleest fabriquée par d’autres entreprises aujourd’hui, elle gardele nom générique de brosse Tazi.

Aujourd’hui encore, la brosse Tazi, déclinée en plusieurscouleurs, se contente du bouche-à-oreille et la commercialisation estorganisée de manière classique. Sa présence à traverstout le pays est assurée par le circuit traditionnel approvisionné à partirde Derb Omar, passage obligé de tous les grossistes régionaux.

Certes, depuis que la concurrence s’est installée, les parts demarché sont redistribuées, mais, avec un volume de 17 millionsde pièces commercialisées annuellement, la véritable brosseTazi s’adjuge tout de même 25 % de ce marché. Selon AbdelazizTazi, «les consommateurs testent les autres brosses et font la comparaison.Ils reviennent à l’original, bien sûr». Le patron del’entreprise nous confie toutefois que la production de la brosse, vendueaujourd’hui à un dirham pièce, est maintenue surtout pourdes raisons sentimentales. Difficile en effet de s’en séparer quandon sait que ce produit fétiche a été le point de départde ce qui allait devenir un des plus grands groupes industriels du pays, avecnotamment une incursion dans le textile (Richbond).

Progressivement, le groupe Tazi, qui a même investi les graisses alimentaires,s’est diversifié, mais en restant solidement ancré dans lesecteur du plastique. La technologie a en effet permis d’élargirle champ d’utilisation de cette matière, légère, malléable,résistante et bon marché.

Aujourd’hui, pour ce qui est des produits à base de plastique, legroupe – qui compte, toutes filières confondues, 2 200 employés- offre une large gamme de plus de 250 références distribuées à traversle pays par une flotte d’une vingtaine de camions qui approvisionnent détaillantset dépôts dans les principales villes.

Et dire que tout cela a commencé par une petite brosse qui aujourd’huia envahi non seulement le marché local mais, de plus, s’exportedans plusieurs pays africains. Enfin, autre anecdote, racontée par plusieursvendeurs, les MRE, en visite dans le pays, ne manquent pas de faire provisionde brosses, souvent une dizaine chacun. Explication : ils en prennent pour leurscompatriotes qui n’ont pu venir au Maroc.