Engorgement du port de Casa : la crise persiste

Les délais de déchargement et de séjour sont de plus en plus longs.
Les usagers du port parlent d’une baisse de 50% de la cadence des déchargements
de conteneurs.
La direction de Marsa Maroc parle d’une hausse imprévue du trafic.

La crise qui affecte le port de Casablanca depuis début août n’est pas dépassée, même si un léger mieux a été observé concernant le goulot d’étranglement qui a allongé les délais de sortie des marchandises du port de plusieurs jours. Il reste que, même aujourd’hui, des bateaux en transit à  Casablanca, devant continuer vers d’autres destinations, partent sans décharger leurs cargaisons. Importateurs, armateurs, transporteurs, transitaires, tout le monde pointe du doigt ce manque de fluidité de la circulation des marchandises, que ce soit pour l’import ou pour l’export. Et les conséquences sur l’économie sont à  l’avenant : augmentation du prix du transport, taxes supplémentaires d’emmagasinage et, surtout, les entreprises qui travaillent en flux tendus, connaissent des arrêts d’activité. De manière générale, les chaà®nes de production de plusieurs branches d’activités se trouvent, de ce fait, perturbées.

Selon de nombreux transitaires, sortir la marchandise du port est devenu un défi et la société Marsa Maroc, le seul interlocuteur des opérateurs pour l’instant, en attendant la concurrence, est mise à  l’index. «Les délais de chargement et de déchargement sont de plus en plus longs (6 à  7 jours d’attente) et l’on ne semble pas se soucier de trouver les raisons de cet engorgement », déplore un importateur de produits ferreux destinés au bâtiment. Pour cet autre armateur, «le port est de plus en plus mal géré, et ce sont ses responsables qui sont à  incriminer en premier lieu».

Contrôle douanier plus systématique et plus lent !
Pour un camionneur qui transporte des conteneurs, la situation est catastrophique : «Même si les prix ont augmenté, le nombre de rotations s’est drastiquement réduit».
Quant aux vraies raisons de cette situation, chacun y va de son analyse. Arrive en tête la réforme portuaire qui a enterré un système pour le remplacer par un autre non encore opérationnel. Mais la réforme portuaire a bon dos, et si ses adversaires profitent de l’occasion pour la dénoncer de nouveau, d’autres, la majorité, estiment que c’est plutôt la période de transition qui est mal gérée.
En deuxième lieu, on trouve la Douane qui, après une période de flexibilité et de fluidité, saluée en son temps par la majorité des opérateurs économiques, serait revenue, selon certains transitaires et armateurs, à  des contrôles plus systématiques et plus rigoureux, notamment pour des raisons de sécurité, de qualité et de valeur déclarée.

Cette nouvelle donne aurait contribué à  créer du retard auquel Marsa Maroc n’arrive pas à  faire face, d’autant plus que les importations de biens d’équipement ont augmenté de manière importante ces derniers mois.

Certains opérateurs soutiennent plutôt que c’est Marsa Maroc elle-même qui a visiblement diminué les effectifs et le parc des équipements de manutention, ou encore des problèmes de syndicalisme chez les grutiers et d’autres catégories de personnel qui ne trouvent plus leur compte dans le nouveau système de rémunération et qui mèneraient une grève masquée. On parle d’une cadence moyenne de déchargement d’à  peine 100 conteneurs en huit heures, contre le double auparavant.
Chez Marsa Maroc, tout en reconnaissant que le port connaà®t un engorgement, pour la partie conteneurs, on essaie de dédramatiser la situation. Selon son directeur, Mohamed Benabdeljalil, la situation est due essentiellement à  une augmentation inattendue du trafic dont le taux pour 2007 a été de 16% au lieu des 7 à  8% observés au cours des années passées.

Quant aux délais de séjour des marchandises au sein du port, il faut le mettre à  l’actif de tous les intervenants, y compris les opérateurs eux- mêmes. Pour le patron de Marsa Maroc, «la réduction de ces délais demande l’implication de tout le monde». Notons que Marsa Maroc a ouvert une aire supplémentaire de stockage de 4 hectares et 10 autres ha seront aménagés dans les trois mois à  venir pour recevoir les conteneurs.