Energies renouvelables : les PME veulent leur part du gâteau

Les TPME n’ont pas encore ressenti l’impact du dynamisme du secteur. La profession table sur la finalisation du cadre réglementaire et l’appui des pouvoirs publics pour rectifier le tir. Deux écosystèmes sont en cours d’élaboration par le ministère de l’industrie en partenariat avec la Fenelec.

L’essor des énergies renouvelables ne profite pas encore aux PME et TPE du secteur. Tel est le constat que dresse la profession de l’industrie naissante des énergies renouvelables. «Quand on dit que le secteur des EnR connaît un essor sans précédent, c’est bien évidemment vrai, globalement, mais il faut distinguer les grands projets des grandes centrales solaires et éoliennes dont les investissements sont très importants, et tout le reste de l’activité des EnR dont la croissance est timide», précise d’entrée de jeu Khalid Semmaoui, DG de Green Yellow Morocco et président de l’Association marocaine des industries solaires et éoliennes (Amisole).

Estimé à quelque 300 opérateurs, à en croire la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (Fenelec) -qui revendique 110 adhérents toutes tailles confondues au sein de l’Amisole-, le tissu des TPE et PME opère dans cinq sous-secteurs : le solaire photovoltaïque (PV) en autoconsommation, le pompage solaire, le chauffage solaire, l’éolien, la biomasse et l’efficacité énergétique (EE). Les sous-secteurs de la biomasse et de l’éolien restent peu développés par rapport aux autres.

Annoncé par le ministère de l’industrie en marge de l’inauguration à Tanger de la première usine de production de pales d’éoliennes au Maroc -par Siemens-Gamesa pour 100 millions d’euros-, un écosystème dédié à l’industrie des énergies renouvelables est en gestation. «Ce que je peux vous dire à ce stade, c’est qu’il y a deux écosystèmes qui concernent les énergies renouvelables dans des sous-secteurs accessibles et créateurs de valeur ajoutée et d’emplois. Il devraient, nous l’espérons, entrer en vigueur en 2018», confirme le président de l’Amisole sans donner davantage de détails.

A l’évidence, l’instauration du concept d’écosystème dans le secteur devrait, en plus de booster la filière, répondre à un défi de taille : intégrer cette industrie dont le taux d’intégration est insatisfaisant en terme de valeur ajoutée Rnr, puisque la quasi-totalité des volumes de matériel et outillage installés -hors structures support et génie civil- est importée.

Une croissance irrégulière

Interrogés par La Vie éco, plusieurs chefs de TPE et de PME opérant dans les sous-secteurs précités font état d’une croissance en dents de scie depuis des années. En cause, plusieurs freins au développement du secteur, à l’instar de l’absence d’incitations fiscales -comme c’est le cas de plusieurs pays engagés sur la voie de la transition énergétique-, de la concurrence du gaz butane subventionné dont souffrent les marchés du pompage et du chauffage solaire ou des contraintes réglementaires ne permettant la revente des volumes d’électricité produits en autoconsommation à l’ONEE ou aux distributeurs, faute de publication des décrets d’application de la loi n°58-15 complétant et amendant la loi n°13-09 relative aux énergies renouvelables.

D’autres problématiques communes à l’ensemble des PME marocaines comme celles ayant trait au financement n’arrangent rien pour la profession. «La baisse d’activité depuis 2015 dans le pompage solaire ou la stagnation depuis des années des marchés du chauffage solaire et des solutions solaires thermiques inquiètent notre profession. De très bon résultats ont été enregistrés dans le passé comme c’est le cas de 2013 et de 2014 dans le pompage solaire lorsqu’un vaste programme de financement avait été lancé au profit des agriculteurs, mais l’activité est revenue à la baisse de nouveau à partir de 2015», témoigne Khalid Ababou, DG de Sewt, une PME basée à Témara.

Même écho du côté de Abdellah Hennaoui qui est à la tête de Gaya Sol -une TPE basée à Marrakech. «La croissance est là, bien qu’elle soit irrégulière d’une année à l’autre. La campagne de communication et de sensibilisation qui a accompagné la tenue de la COP22 au Maroc a certes contribué à la notoriété de notre filière et de nos métiers, mais beaucoup reste à faire dans les volets de la réglementation, la formation et la qualité», observe ce dernier.

Ahmed Squalli, DG de NRJ International, montre également du doigt l’irrégularité de la croissance et la réglementation qui reste, selon lui, à compléter pour le développement de l’autoconsommation et la revente des volumes.

Et comme toute industrie naissante au potentiel prometteur, le secteur des énergies renouvelables est pris d’assaut par certains opérateurs dont les ressources humaines n’ont aucune formation ou savoir-faire, ce qui ternit la réputation de la filière chez certains clients.

La situation du marché de l’efficacité énergétique n’est pas meilleure. «L’activité demeure embryonnaire et ne bénéficie d’aucune stratégie opérationnelle, ni de mesures d’accompagnement, même si l’EE a été considérée à juste titre comme la 4e source d’énergie nationale», a fait savoir Naim Lahlou, patron du bureau d’études Citech ingénierie et ex-président de l’Amisole.

Là encore, c’est la réglementation -bel et bien existante- qui doit être complétée pour booster la demande.

Le marché de l’efficacité énergétique est également atone

«Bien que le cadre réglementaire lié à l’efficacité énergétique (loi 47-09) ait été établi, les décrets d’application tardent à venir pour plusieurs raisons, notamment l’établissement des seuils de consommation à partir desquels un audit énergétique devient obligatoire», explique Meriem El Mandjra, DG de Rio, une PME spécialisée dans les solutions d’efficacité énergétique.

Autre frein à l’évolution du secteur comme dans les créneaux du solaire : l’entrée sur le marché d’opérateurs non qualifiés. «Comme le secteur n’est pas sérieusement organisé et ne bénéficie pas d’un encadrement institutionnel réglementant le professionnalisme des intervenants, des déceptions sont en effet relevées ici et là, notamment sur la qualification des intervenants, les approches méthodologiques, les équipements de mesures utilisés», poursuit Naim Lahlou.

En somme, le développement des énergies renouvelables auprès des PME-TPE doit combiner plusieurs actions, à commencer par la constance de la sensibilisation à l’importance de ces énergies vertes de l’EE comme moyen de réduction des coûts de production et des émissions de GES, en passant par la finalisation du cadre réglementaire, la formation, la mise à niveau des entreprises du secteur, le développement de l’offre financière et bancaire et la mise en place de mesures incitatives.