Energies renouvelables, économie de consommation : le Maroc prend le virage vert

Les installations de moins de 2 mégawatts ne seront plus soumises à  autorisation.
Les opérateurs qui investiront dans le cadre de projets région pourront monter leurs propres réseaux.
Objectif 2020 : 15% d’énergies renouvelables dans le bilan énergétique national.

Les prochaines semaines pourraient bien être déterminantes pour les spécialistes et défenseurs des énergies renouvelables. Le département de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement (MEMEE) vient de déposer pour étude au Parlement  deux projets de loi très importants. Le premier, tant attendu, porte sur les énergies renouvelables. Le deuxième est relatif  à la transformation de l’actuel Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) en Agence des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Rappelons qu’un autre projet de loi, sur l’efficacité énergétique cette fois-ci, devrait également suivre la même voie. Il en est au stade des dernières discussions entre les ministères concernés.
Le texte sur les énergies renouvelables est important à plus d’un titre. Il va permettre de faciliter l’autoproduction en ne soumettant pas les sites produisant de l’électricité à partir de l’éolien, du solaire ou de la biomasse à une autorisation s’ils ont une capacité inférieure ou égale à 2 mégawatts.
Le projet de texte vise également à encadrer les grands projets régionaux, comme Desertec (voir encadré) ou le plan solaire méditerranéen pour lequel le Maroc a présenté pas moins de 22 projets. La future loi va permettre, par exemple, aux opérateurs souhaitant réaliser de grands projets dans le solaire, dans le cadre de Dersertec, d’accéder au réseau de l’ONE en vue de la revente d’énergie à l’office et si celui-ci est saturé, de créer même leurs propres réseaux électriques et exporter, vers les pays européens, à condition que la marge de réserve du Maroc soit sauvegardée. L’ensemble de ces mesures inscrites dans la loi se donne pour ambition finale de réduire la dépendance énergétique du Maroc, dont les besoins énergétiques sont actuellement couverts à 97,3% par des importations. L’objectif est que les énergies renouvelables contribuent à 15% du bilan énergétique national d’ici 2020.

Réduire la consommation d’énergie de 12% en dix ans
A ce texte viendra s’ajouter une batterie de mesures contenues elles dans la future loi sur l’efficacité énergétique, nouvelle mission de l’Agence des énergies renouvelables. Il faut comprendre par là la volonté d’économiser l’énergie dont les trois principaux secteurs consommateurs sont le transport, l’industrie et l’habitat. En bref, il faut arrêter le gaspillage. Et le projet de loi répond à un objectif chiffré fixé lors des premières Assises nationales de l’énergie du 6 mars dernier. D’ici 2020, la courbe de croissance de la consommation énergétique nationale doit être réduite de 12%.

Un marché porteur d’emplois et de crédits carbone
C’est donc une stratégie de long terme qui nécessite de modifier les mentalités et d’anticiper les éventuels désaccords, notamment dans le secteur difficilement réformable du transport. Par cette loi, les audits énergétiques deviendraient la règle permettant ainsi d’obtenir la quantité gaspillée d’énergie. Celui qui consomme le moins serait alors encouragé et celui qui consomme le plus serait découragé.
Une approche pour financer l’audit est même envisagée à condition que le client s’engage à investir pour réduire sa consommation énergétique.
Afin d’accompagner la mise en place de ces deux textes, un fonds a été dédié, le Fonds de développement énergétique, doté d’un milliard de dollars dont 500 millions de dollars reçus de l’Arabie Saoudite, 300 millions des Emirats arabes unis et 200 millions du Fonds Hassan II. Réalisés par des entreprises privées spécialisées, les audits énergétiques prévus par la loi sur l’efficacité énergétique représentent autant de nouveaux emplois «verts» à la clé. Si le secteur du développement durable prend son envol au Maroc, une réelle industrie fabriquant les supports et instruments nécessaires aux projets tels que les miroirs solaires, pourra naître. C’est tout l’enjeu des zones industrielles dédiées dont la première, le Kyoto Parc, s’installera à Oujda avec 25 000 emplois dédiés à des industries de l’énergie verte. De même, les gaz à effet de serre qui ne seraient pas rejetés grâce à des projets économisant l’énergie peuvent être revendus sur le marché international par le biais des crédits-carbone.
Et le patron du Cder, Saïd Mouline, de résumer : «On fait de l’éolien parce que c’est compétitif. Aujourd’hui, il existe un réel marché économique vert. C’est un marché qu’il faut accompagner pour mieux le généraliser. Le projet de loi facilite cette généralisation : il ne faut plus qu’il y ait de blocages de par la loi».