Gas to power, un immense projet très attendu

La nouvelle version du plan national de développement du gaz naturel sera présenté courant 2019. De 1242,1 MNm3 durant les neuf premiers mois de 2018, la consommation de gaz naturel reste relativement limitée par rapport aux autres pays de la Méditerranée.

Il est incontestablement le projet qui tient en haleine les opérateurs gaziers locaux et mondiaux. Présenté en décembre 2014 par l’ex-ministre de l’énergie Abdelkader Amara, le plan national de développement du gaz naturel ne sera pas livré, comme annoncé, en juin 2021. En effet, l’échéancier initial du projet n’a pas été respecté. Pour expliquer ce grand retard, le département de l’énergie évoque plusieurs raisons, comme le temps nécessaire pour le choix des conseillers avant le lancement de l’appel d’offres, la révision des besoins initiaux prévus par la feuille de route (3 à 5 milliards de m3) à l’aune du développement de l’efficacité énergétique et le prolongement du contrat du Gazoduc Maghreb-Europe (GME).

Pallier l’intermittence des énergies renouvelables

Pour leur part, certains observateurs évoquent les découvertes de gaz à Tendrara dont le potentiel commercialisable est toujours en cours de certification par la société britannique Sound Energy. En clair, la communication autour de ce projet hautement stratégique se fait au compte-gouttes. Néanmoins, plusieurs actions ont été menées et déjà révélées depuis 2015 (voir encadré : ce qui a été fait à ce jour).
A en croire Aziz Rebbah, qui s’exprimait lors de sa dernière sortie médiatique dédiée au bilan annuel de son département en janvier dernier, la nouvelle mouture du plan gazier sera présentée courant 2019.
Composé de deux volets – Gas to Power et Gas to Industry -, le méga-projet de 4,6 milliards de dollars devra dans un premier temps développer l’utilisation, jusque-là très limitée, du gaz naturel liquéfié (GNL) pour la production d’électricité en recourant à la technologie des centrales à cycle combinés (CCGT). Une ambition qui nécessite plusieurs préalables : des infrastructures gazières, un cadre légal et des partenaires (voir encadré). Dans un second temps, la deuxième partie du plan envisage la fourniture des industriels gourmands en énergie. C’est du moins ce qui est prévu dans la première mouture, qui a été finalement abandonnée.
Si la portée du remodelage du plan national gazier reste inconnue à ce jour, il n’en demeure pas moins que le développement du gaz est un choix inéluctable. Et pour cause, un système de production électrique basé sur les énergies renouvelables (52% à l’horizon 2030) devra être pérennisé par d’autres énergies pour pallier à l’intermittence de celles-ci. Contrairement au charbon et au fioul, le gaz naturel a plusieurs qualités.
A en croire le média français de vulgarisation scientifique Futura Planète, celui-ci est un hydrocarbure moins polluant et moins riche en CO2 que les autres hydrocarbures (charbon, pétrole). Autre point militant en faveur de son déploiement massif: ses réserves sont plus importantes que celles du pétrole. En plus de l’électricité, le gaz naturel peut produire la chaleur, ce qui en fait une énergie parfaitement adaptée aux processus industriels.
Qu’en est-il de son utilisation au Maroc? D’après le ministère de l’énergie, celle-ci a atteint 1242,1 MNm3 entre janvier et septembre 2018, un volume représentant les redevances du Gazoduc Maghreb-Europe (GME) et les importations réalisées dans le cadre d’un contrat reliant l’ONEE et la Sonatrach. Un volume qui reste modeste par rapport à plusieurs pays du pourtour méditerranéen, du fait que seules deux centrales utilisent le gaz à ce jour au Maroc. Historiquement, l’arrivée du gaz date de 2005, l’année durant laquelle la centrale à cycle combiné de Tahaddart (385MW) est entrée en service. En 2010, la consommation de gaz naturel montera d’un cran avec la mise en service de la Centrale thermo-solaire de Ain Beni Mathar (470MW).
Selon la dernière note de conjoncture énergétique éditée par le ministère de l’énergie, le gaz naturel représente 5% du mix-énergétique national contre 0,4% en 2002.

Pas moins de 93 entreprises ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’ONEE. Parmi elles, 7 entreprises sont marocaines. Coté approvisionnement, une série de tournées du département de l’énergie dans les principaux pays producteurs de gaz naturel a été menée et a permis au Royaume de recevoir 20 offres non engageantes, nous avait confirmé le ministère en juin 2017. S’agissant du volet légal, un avant- projet du code gazier a été déjà présenté et soumis aux propositions et critiques des différentes parties prenantes. Élaboré en tenant compte de ces dernières, une deuxième mouture sera introduite dans le circuit législatif pour adoption. Les conseillers techniques, financiers et juridiques de l’ONEE ont été également sélectionnés. «Tout est prêt pour le lancement de l’appel d’offres», avait précisé Aziz Rebbah dans une interview exclusive accordée à La Vie éco en novembre.