Energies vertes : la biomasse toujours sous-estimée

Un potentiel en énergie primaire de 11,5 millions de MWh/an. 1 million de tonnes de biomasse sèche produite chaque année n Des options d’aide à l’investissement existent.

Le Salon Pollutec Maroc 2019, qui s’est clôturé le 2 novembre, a permis de remettre au devant de la scène l’une des énergies vertes les plus méconnues du secteur : la biomasse. Alternative énergétique inégalée qui découle directement de la valorisation des déchets, la biomasse permet non seulement de limiter la déforestation, mais également de mettre à la disposition des acteurs économiques une énergie à bilan carbone neutre. C’est ce qu’a représenté la start-up Paveco (1er Prix dans la catégorie «valorisation des déchets»), en fabriquant des pavés à base de déchets miniers et plastiques avec adjuvant biologique. Alternatives Solutions (2e Prix dans la même catégorie) recycle, quant à elle, des feuilles de palmier pour produire un parquet massif 100% écologique. Mais la biomasse dépasse de loin la simple dimension du recyclage en l’état. Le ministère de l’énergie avait présenté, en début d’année, les résultats d’une étude réalisée en prélude à l’élaboration de la Stratégie nationale pour la valorisation de la biomasse. Il en ressort que le Maroc présente un potentiel en énergie primaire de 11,5 millions de MWh/an. Le secteur agricole contribue, à lui seul, à hauteur de 6,6 millions de MWh/an en termes de potentiel en biomasse récupérable, tandis que le secteur des déchets en représente 3 millions, 1,7 million pour le secteur forestier et 0,2 million pour les eaux usées. Dans le lot, la biomasse sèche s’érige en ressource de choix pour les exploitants car sa valeur calorique permet de générer de l’énergie, et le niveau de carbone émis à la combustion est égal à celui contenu dans le combustible, ce qui génère un impact neutre sur l’environnement. Pour un spécialiste de la biomasse tel qu’Aveo Energie, tout ce qui vient de la terre et qui justifie d’une capacité de combustion intéressante peut être transformé en énergie. Ces combustibles peuvent être des grignons et noyaux d’olive, marcs de raisin ou de café, résidus de l’industrie du bois, déchets des espaces verts des villes, boues des stations d’épuration, rémanents forestiers, sous-produits de l’agriculture ou de l’agro-industrie (coques de fruits, fientes, lisier, etc.).

Source abondante

Le management d’Aveo Energie estime le volume de biomasse sèche produite annuellement à 1 million de tonnes. La biomasse humide, quant à elle, compte un volume annuel de plusieurs millions de tonnes. Le traitement de cette dernière implique un long processus de séparation des déchets utilisables, le séchage et la méthanisation (processus coûteux impliquant de lourdes installations matérielles qui ne sont pas à la portée de tous les investisseurs). Par contre, la biomasse sèche peut être utilisée immédiatement. Le grignon d’olive et la coque d’argan, deux combustibles dont Aveo Energie est friande, font l’objet d’un système de récupération à large échelle, mis en place par la PME marocaine en partenariat avec les agriculteurs locaux. Aveo Energie fournit à ces derniers le matériel dont ils ont besoin pour récupérer les grignons et les coques, et leur font bénéficier d’une formation sur les bonnes pratiques de récupération afin d’éviter d’endommager ces intrants, et profiter ainsi du partenariat qui les lie. Aussi, le potentiel d’exploitation de ces résidus naturels grimpe en intérêt, puisque les exploitations agricoles, l’hôtellerie et l’industrie pharmaceutique adoptent de plus en plus la biomasse sèche comme source d’énergie. Elle représente également un abri crédible contre la volatilité des prix des énergies fossiles, ce qui permet aux industriels de calibrer leurs projections financières sur des coûts infiniment plus stables et ce, sans s’engager dans des investissements lourds.

15 chaudières à biomasse

Aveo Energie assure la fourniture en biomasse sèche pour ses clients sur la base d’une production annuelle de 30 000 tonnes pour le grignon d’olive. Le groupe compte aujourd’hui 15 chaudières à biomasse, la dernière ayant été installée sur le site d’El Alf pour le compte du groupe Zalar Holding. Ce dernier, premier industriel à adopter les solutions d’Aveo – qui travaillait principalement avec des groupes hôteliers – avait confié auparavant le projet de production de vapeur sur son site de Tit Mellil au spécialiste de la biomasse. L’usine d’El Alf produit désormais 3 tonnes de vapeur par heure, ce qui lui évite d’émettre l’équivalent de 2 600 tonnes de CO2 par an. Les retombées sur la facture énergétique des usines de Zalar Holding n’ayant pas été communiquées, il reste à supposer que l’économie réalisée oscille entre 10% et 30%, ce qui correspond à la moyenne garantie par Aveo Energie à ses clients.

EnR et Biomasse, même combat

Tout comme les énergies renouvelables de source solaire ou éolienne, la biomasse bénéficie d’offres d’accompagnement et de financement qui répondent aux mêmes critères et exigences. C’est ce que le management d’Aveo Energie et le MorSEFF avancent. Le premier ayant confirmé que plusieurs projets installés ont bénéficié d’aides à l’investissement ayant profité aux clients du groupe, et le deuxième en mettant la biomasse dans le même lot que les autres énergies vertes, arguant que tous les projets d’investissements verts les intéressaient. Même son de cloche du côté de la BMCE, la Banque Centrale Populaire et, depuis 2019, la BMCI, seules banques à travailler avec le MorSEFF sur le financement de tels projets.