Energie : L’Etat lance un plan de régulation de la demande

Huit conventions et contrats-programmes signés mardi 8 juillet à Oujda

La centrale de Safi change de site

60 milliards de DH d’investissement entre 2008 et 2012 pour renforcer la production.

Dans le domaine de l’électricité, une nouvelle donne vient de voir le jour avec l’institutionnalisation de la gestion de la demande, à travers la signature de conventions de partenariat, et surtout de contrats-programmes en matière d’efficacité énergétique (voir encadré).

Il s’agit là d’un des volets principaux du plan national d’actions prioritaires (PNAP) mis en place en avril dernier, et s’intégrant dans une stratégie globale du secteur énergétique, dont les grands axes ont été présentés au Souverain, mardi 8 juillet à Oujda, par Amina Benkhadra, ministre de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement (MEMEE).

La donne est en effet nouvelle puisque cette gestion de la demande n’implique pas seulement les pouvoirs publics et le secteur public – ce qui est en principe dans l’ordre naturel des choses – mais aussi, et pour la première fois, le secteur privé.

Cela n’était pas acquis d’avance, car, en effet, les opérateurs privés ont des objectifs de rentabilité qui peuvent s’avérer antinomiques avec des programmes d’économie d’énergie (d’efficacité énergétique plus exactement) comme ceux prévus dans le PNAP. Cela fait bien longtemps que le Maroc, pourtant dépendant de l’extérieur pour ses besoins énergétiques à hauteur de 96%, avec une consommation qui ne cesse de progresser (5% en moyenne pour l’énergie et 8% pour l’électricité), parle de la maîtrise de la demande sans jamais oser franchir le pas. C’est désormais fait, et c’est tant mieux ainsi : la facture énergétique a culminé à 50 milliards de DH en 2007, elle risque d’aller au-delà en 2008, avec un baril à plus de 140 dollars et qui menace d’atteindre bientôt les 200 dollars.

Cette gestion efficace de la demande tombe d’autant plus opportunément que l’équilibre offre/demande menace de rompre à tout moment. En particulier en période de grande consommation, comme pendant l’été et l’hiver.

1 000 MW supplémentaires dans le court terme
C’est que, côté offre, le retard dans la réalisation de programmes d’équipement est important. Pour faire face à ce retard, l’ONE a déjà lancé des projets portant sur le renforcement du parc de production. Ainsi, pour le court terme, les projets en cours totalisent quelque 1 000 MW et devraient entrer en service en 2009.

Il s’agit notamment de la centrale thermo-solaire de Aïn Beni Mathar, dont la capacité a été a été portée de 230 MW à 472 MW et des projets de turbines à gaz de 400 MW, dont 300 MW à Mohammédia et 100 MW à Tan Tan. Il faut cependant signaler ici que ces projets de turbines à gaz sont beaucoup plus coûteux en termes de coût de production du kwh, sachant que l’ONE n’a pas les mains libres pour répercuter ces coûts sur le consommateur.

Sur le moyen terme, et pour de plus grandes capacités, le projet qui a fait couler beaucoup d’encre et qui risque d’en faire couler pour encore un temps, c’est celui de la centrale à charbon de Safi (660 MW x 2).

Prévu initialement à Bir El Har sur un site que l’ONE a acquis depuis pas mal de temps, le projet a rencontré l’hostilité des élus de la région qui y voyaient une atteinte à la vocation touristique de la ville et une «menace» pour son environnement ! L’arbitrage qu’ils avaient sollicité du Premier ministre semble leur être favorable, puisque des sources au ministère de l’énergie et des mines confirment à La Vie éco que, tout compte fait, la centrale sera construite sur un autre site, celui de Sidi Boudniane, à Jorf Lihoud à 2 km au sud de la ville.

Cependant, cette option ne manque pas de soulever certaines interrogations : le site de Sidi Boudniane étant habité, les populations sur place accepteront-elles d’évacuer les lieux, et à supposer qu’elles acceptent, combien cela prendra-t-il de temps ? Décidément, ce projet de centrale à charbon, pourtant si vitale pour sécuriser l’approvisionnement du pays (à son achèvement, cette centrale permettra de satisfaire 27% de la demande nationale d’électricité), est comme poursuivi par le signe indien.

Initialement prévu à Cap Ghir, près d’Agadir, il n’a pu voir le jour, quasiment pour les mêmes raisons que celles invoquées aujourd’hui par les élus de Safi pour lui refuser le site de Bir el Har. Et si demain, des complications liées à l’expropriation des habitants de Sidi Boudniane voient le jour, quel autre site abritera le projet ? Le ministère de l’énergie souligne bien cet aspect, en pointant les difficultés qui se dressent pour «l’obtention de sites pour les centrales électriques, en raison d’une compétition intense avec le secteur touristique».

Mais le Maroc ne peut pas faire l’économie de ces centrales. Le besoin dans ce domaine est chiffré par le ministère de l’énergie à 60 milliards de DH en termes d’investissements dans la production d’électricité entre 2008 et 2012. C’est dire…