Energie : 6000 MW installés dont seulement 300 provenant d’énergies renouvelables

L’éolien et le solaire ne représentent que 5% de la capacité totale actuelle.
280 000 m2 de chauffe-eau solaires installés.
Les professionnels demandent des mesures fiscales en faveur des industries solaire et éolienne.

A l’heure du démarrage des grands projets, la part actuelle des énergies renouvelables dans la production de l’électricité nationale semble bien loin de l’ambition fixée pour 2020 d’atteindre les 42% d’énergies renouvelables dans la production de l’électricité. Pour preuve, sur les 6 000 MW actuellement installés au Maroc, seulement 305 proviennent de sources d’énergie non fossile, soit 5% de la puissance installée. Et cette proportion fait surtout la part belle à l’énergie éolienne puisque 260 MW sont d’ores et déjà produits par quatre parcs. Pour rappel, il s’agit du parc éolien d’Abdelkhalek Torrès, d’une puissance de 50 MW et comptabilisant 84 éoliennes, du parc de Tanger, d’une puissance de 140 MW et mis en service l’année dernière, du parc d’Essaouira de 60 MW, opérationnel depuis 2007 et du parc de Lafarge à Tétouan d’une capacité de 10 MW. Ce dernier sera d’ailleurs prochainement étendu pour atteindre une capacité de production de 30 MW. Depuis le lancement du premier parc éolien d’Abdelkhalek Torrès, opérationnel depuis 2000, la filière éolienne a le vent en poupe. Au Maroc, elle est même la plus prisée des énergies renouvelables. Pourtant, l’éolien individuel, soit l’équipement d’un particulier en éolienne pour sa propre consommation, reste marginal. La croissance tient en réalité aux parcs de grandes puissances. 

Le solaire reste à la traîne

Et déjà les projets se font nombreux. Il faut dire qu’il s’agit d’atteindre l’objectif fixé de 1 000 MW d’ici 2012. C’est-à-dire demain. La récente annonce de la construction de trois fermes éoliennes d’une capacité de 300 MW par Nareva vient relancer l’initiative. Ajoutons à cela le projet de Tarfaya qui prévoit une puissance totale de 300 MW. D’autres parcs sont à l’étude, notamment à Taza (100 MW). Et l’objectif sera largement atteint. Pour Ahmed Squalli, président de l’Association marocaine des industries solaire et éolienne (Amisole), «l’éolien s’est beaucoup développé ces dernières années. La maturité économique atteinte en termes de kWh lui confère un retour sur investissement tout à fait intéressant pour les opérateurs. D’où le fait que l’éolien soit plus facilement mis en œuvre au Maroc que le solaire». L’énergie solaire ne bénéficie, en effet, pas de la même maturité. Dans le domaine, le Maroc reste loin des résultats affichés par ses voisins, comme les très ensoleillées Espagne et Tunisie. Le Maroc compte aujourd’hui 280 000 m2 de plaques pour chauffe-eau solaires installés. L’objectif fixé à l’horizon 2012 est de 400 000 m2. Ce qui, pour M. Squalli, «est bien en deçà du potentiel du Maroc estimé à 1,8 millions de m2». Toutefois, le président de l’Amisole estime la croissance annuelle à environ 40 000 m2 supplémentaires installés. De quoi se hisser à la hauteur du potentiel. Ces trois dernières années, le secteur de l’énergie solaire a enregistré un chiffre d’affaires moyen de 400 MDH, technologies thermique et photovoltaïque confondues. Pour maintenir la croissance, la nouvelle Agence de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Aderee) vient d’ailleurs de lancer la deuxième phase du programme Promasol qui vise à promouvoir l’installation de chauffe-eau solaires.

Motiver les investissements par des déductions fiscales

Quant au photovoltaïque, seulement 25 MW sont actuellement installés. 10 MW l’ont été dans le cadre du programme d’électrification rurale global (PERG) de l’Office national de l’électricité (ONE). Sur les 250 000 foyers à équiper, 60 000 en ont déjà bénéficié. Les 15 MW restants alimentent les besoins professionnels d’électrification  pour les services, notamment les télécoms. De plus, la centrale thermo-solaire à cycle combiné d’Aïn Béni Mathar combine une puissance de 452 MW d’origine fossile et 20 MW d’origine solaire. Elle sera d’ailleurs inaugurée au cours de ce mois de mai. S’ajoutera bientôt la première centrale à énergie solaire photovoltaïque qui verra le jour à Assa-Zag. D’une capacité de 1 MW, elle sera construite grâce à un don de 7,4 millions de dollars octroyé par la coopération japonaise. L’obstacle relevé par M. Squalli au développement des énergies renouvelables tient en deux points. D’une part, le manque d’accessibilité des énergies renouvelables qui restent abordables aux seules catégories supérieures. A l’inverse d’autres pays, aucun financement ne propose d’aider les classes moyennes à s’équiper en solaire. Seule la récente baisse de la TVA, de 20 à 14%, pour les chauffe-eau solaires peut faciliter l’investissement. Les professionnels du secteur demandent donc davantage de mesures fiscales pour soutenir le développement des énergies renouvelables chez les particuliers, de même que chez les promoteurs immobiliers. D’autre part, subventionné par l’Etat à hauteur d’environ 60%, le gaz reste un concurrent sérieux. Et le premier réflexe en termes d’énergie pour tout Marocain.