Encore un long chemin à faire en matière d’éducation financière

Entre 2012 et 2016, le nombre d’élèves sensibilisés est passé de 30 000 à plus de 150 000. Plus de 40000 artisans ont bénéficié de formations en la matière durant la période 2015-2016.

Le Fonds monétaire arabe (FMA) et Bank Al-Maghrib ont organisé, les 20 et 21 octobre à Skhirat, une conférence sur «L’éducation financière dans le monde arabe : stratégies, mise en œuvre et impact», en partenariat avec le ministère de l’économie et des finances, la Fondation marocaine pour l’éducation financière (FMEF), l’Agence allemande de la coopération internationale (GIZ), la Banque mondiale, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), ainsi que le Fonds Sanad pour les micros, petites et moyennes entreprises.

Selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib et président de la FMEF, «compte tenu d’une situation financière internationale qui se complexifie de jour en jour, l’éducation financière est devenue l’un des principaux facteurs d’efficacité économique et d’équité sociale». Et de faire remarquer que «depuis plus d’une décennie, les organisations internationales n’ont cessé de mettre l’accent sur l’importance et la nécessité, pour les pouvoirs publics, d’adopter des stratégies nationales d’inclusion et d’éducation financière».

De son côté, la Banque mondiale considère l’inclusion financière comme l’un des facteurs déterminants pour la réduction de la pauvreté. C’est la raison pour laquelle l’institution s’est fixé pour objectif la généralisation de l’accès aux services financiers à l’horizon 2020. A ce titre, la priorité a été donnée à 25 pays, parmi lesquels l’Egypte et le Maroc. De même que le Fonds monétaire arabe a mis en place, en 2012, un groupe de travail pour l’inclusion financière dans les pays de la région MENA.

Par ailleurs, de nombreux pays arabes ont élaboré des stratégies nationales d’éducation financière. C’est le cas notamment du Maroc, de la Jordanie, de la Palestine, du Qatar, du Liban, ainsi que de l’Egypte.

Rachid Belmokhtar, ministre de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, a mis l’accent sur le défaut d’éducation financière des Marocains et leur faible capacité à gérer leurs finances au quotidien. D’où la nécessité, selon lui, d’éduquer les jeunes à une «gestion saine de leur épargne». Et de préciser que la Stratégie nationale d’éducation financière 2015-2030 repose sur douze projets essentiels, dont un projet spécifique de sensibilisation des jeunes à l’économie, la gestion, l’entreprenariat et la finance.

Le taux d’inclusion financière est de 29% dans les pays arabes

A noter qu’en 2013, la Fondation marocaine pour l’éducation financière a été créée, avec pour mission la mise en œuvre de la Stratégie nationale d’éducation financière. A ce titre, la FMEF a participé, avec le concours du ministère de l’éducation nationale, à l’intégration de l’éducation financière au niveau des programmes scolaires. De ce fait, le nombre d’élèves sensibilisés à l’éducation financière est passé de 30000 à plus de 150 000, entre 2012 et 2016.

Fatima Marouane, ministre de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire a, quant à elle, rappelé l’importance économique du secteur de l’artisanat qui emploie 2,3 millions de personnes et génère un chiffre d’affaires de 86 milliards de DH. Elle a également déploré «la méfiance des artisans vis-à-vis du secteur bancaire et financier», reconnaissant qu’«il y a beaucoup de travail à faire pour les sensibiliser»

Il faut savoir que le ministère de l’artisanat organise, depuis 2014, en collaboration avec la FMEF, la caravane pour l’éducation financière, avec pour objectif la formation des entrepreneurs et des mono-artisans. Dans ce cadre, plus de 40 000 artisans stagiaires ont été formés, entre 2015 et 2016, et 1 600 apprentis sont en cours de formation, au titre de l’année 2016-2017. De plus, le ministère de l’artisanat a inscrit l’éducation financière comme matière obligatoire au sein de son programme de formation professionnelle. C’est dans ce cadre que 80 formateurs des centres de formation du ministère de l’artisanat ont suivi un cycle de formation, encadrés par des experts mobilisés par la FMEF.

Abdulrahman A. Al Hamidy, Directeur général et président du conseil d’administration du FMA, considère, pour sa part, qu’«il est très important de renforcer l’inclusion financière dans les pays arabes, afin de soutenir une croissance durable et contribuer à la lutte contre le chômage et la réduction des inégalités sociales». Et de constater que, dans ces pays, le taux de chômage des jeunes a atteint 30,6% (52,3% chez les femmes), contre 13,1% au niveau mondial (13,7% chez les femmes).

En dépit d’une relative amélioration, le taux d’inclusion financière dans les pays arabes est de seulement 29% pour les personnes adultes étant en mesure d’accéder à des services bancaires et financiers, contre 69% dans les pays d’Asie du Sud Est. Enfin, selon Standart & Poor’s, seuls 30% des adultes des pays arabes possèdent une connaissance financière suffisante.