En trois ans, les banques ont levé 121.5 milliards de DH !

Objectif : éviter le ralentissement de leur activité. 101 milliards de DH, soit 83% du total, ont été mobilisés via des certificats de dépôts pour continuer à  prêter en dépit d’un coefficient d’emploi de plus de 100%.

Insatiables, les banques ! Depuis 2009, les huit principaux établissements de la place (voir tableau) ont mobilisé 121,5 milliards de DH pour renforcer le haut de leur bilan à travers leurs canaux les plus prisés : les augmentations de capital, les emprunts obligataires subordonnées et surtout les certificats de dépôts (CD). Pour apprécier l’importance d’un tel volume, précisons par exemple qu’il équivaut à 14% du total bilan agrégé des banques de la place au titre de 2010.
Pourquoi un tel volume de capitaux levés ? Assurément, les banques de la place mobilisent du cash pour maintenir le trend de leur croissance organique et continuer de développer leur activité. C’est ainsi, par exemple, que les plus grands établissements ont ouvert plus de 400 agences en 2009, 306 en 2010 et au moins autant en 2011. S’ajoutent à cela pour certaines banques, notamment Attijariwafa bank et BMCE Bank, des plans de développement ambitieux à l’international. Sur un autre volet, les grands établissements ont levé des fonds pour s’aligner sur les exigences en termes de ratio prudentiel (fonds propres prudentiels rapportés aux risques bancaires) imposées par Bank Al Maghrib. «Sur ce plan, les banques ont même fait du zèle en allant au delà des exigences réglementaires minimales», fait remarquer un professionnel. Ce ratio s’établissait, en effet, à 12,3% en 2010 et à 11,8% en 2009, sachant que le minimum réglementaire est de 10%. Enfin, tous les établissements de la place ont mobilisé du capital en raison de coefficients d’emploi élevés (crédits à l’économie rapportés aux dépôts) dépassant de loin les 100%. Les banques prêtent donc plus qu’elles ne reçoivent de dépôts de leur clientèle et elles doivent lever du capital pour continuer d’accorder toujours plus de crédits.
Et il semblerait que ce soit ce dernier besoin qui ait mobilisé l’essentiel des ressources levées par les banques sur les trois dernières années. En effet, pour davantage élargir leur capacité d’octroi de crédits, les banques ont en priorité recours aux CD. Il se trouve que ces derniers ont représenté 83% des 121,5 milliards de DH levés sur les trois dernières années, soit 101 milliards de DH. Le recours des banques à ces instruments a été à ce point intensif que l’encours des instruments a plus que doublé sur les trois dernières années, passant de 25,6 milliards de DH en 2009 à 53,3 milliards de DH en 2011. Autrement dit, le rythme des émissions de CD a de loin dépassé celui des remboursements.

Les certificats de dépôts plus avantageux pour les banques que les DAT

Le recours par les banques aux CD a connu un tel engouement qu’il a marginalisé l’alternative des dépôts à terme (DAT). «Il faut dire que compte tenu de la forte concurrence sur les DAT, et afin d’éviter toute surenchère sur les taux offerts, les établissements de la place ont préféré recourir aux certificats de dépôts», justifie un analyste spécialiste des banques. En outre, dans la conjoncture actuelle, ces derniers instruments semblent être plus avantageux. En effet, «ils permettent aux banques de disposer d’argent bloqué qui n’est remboursable qu’à terme, contrairement à un DAT normal qui peut être remboursé à tout moment, moyennant des pénalités», rappelle un professionnel. La rémunération des CD présente aussi l’avantage d’être alignée sur celle du marché monétaire, ce qui est moins coûteux que des DAT dont le taux peut aller jusqu’à 4,5%, vu la forte concurrence. Enfin, les CD sont négociables sur le marché secondaire des titres de créances. Ils offrent donc une grande souplesse pour les investisseurs.
Les augmentations de capital, que ce soit par apport en numéraire, par conversion optionnelle de dividendes ou encore à l’adresse exclusive des salariés, ainsi que les emprunts obligataires subordonnés (assimilés à des fonds propres), ont pour leur part atteint respectivement 11,4 milliards de DH et 9,1 milliards de DH depuis 2009. On est certes loin des volumes drainés sous forme de CD. Mais il faut aussi dire que ces instruments sont plus contraignants, s’agissant notamment des augmentations de capital, au vu du rendement exigé par les actionnaires qui est élevé (10 à 15%). Mais plus que cela, les levées obligataires et les augmentations de capital sont destinées à mobiliser des fonds pour générer de la croissance organique et s’aligner sur les exigences en termes de ratio prudentiel, des besoins qui, il faut le dire, varient considérablement selon les caractéristiques et les ambitions affichées par chaque banque.
Et à ce titre, sans surprise, BMCE Bank et Attijariwafa bank, qui entretiennent les politiques de développement local et à l’international les plus ambitieuses, arrivent en tête du global mobilisés avec pour chacune des levées autour de 27 milliards de DH sur les trois dernières années. Un total néanmoins constitué dans sa structure d’une majorité de CD, «car la taille des portefeuilles de crédit de ces deux établissements nécessite de lever des fonds en permanence», explique un spécialiste. Précisons en outre que depuis 2009, BMCE Bank a été plus active en termes de levées de capitaux, «une nécessité pour rattraper la situation de non-conformité à la réglementation en matière de ratio de solvabilité qui s’est manifestée il y a deux ans pour la banque avec la baisse des ses résultats», rappelle un analyste.
Étonnamment, la Banque Populaire vient loin derrière ce duo de tête avec un total de capitaux levés ne dépassant pas 13 milliards de DH (derrière BMCI). Les analystes expliquent cette situation par le fait que la banque au cheval dispose d’un matelas de liquidité historique confortable. La banque ne cumule que 1,5 milliard de DH de dettes subordonnées en 3 ans alors qu’«elle peut lever au moins l’équivalent de 50% de ses fonds propres de base», assure un spécialiste. Il faut dire que la Banque populaire n’a pas non plus de contraintes liées à un développement à l’international.
Une chose est sûre, selon le consensus des analystes, au vu des tensions persistantes sur les liquidités et de leur besoin d’investissement grandissant, les grandes banques de la place ne devraient certainement pas ralentir le trend de leurs levées de capitaux.