En dépit de la haute saison, le prix du poulet reste abordable

Le surplus de consommation dû à l’arrivée des MRE et l’organisation des mariages n’est pas encore observé

La production est en hausse : 30% de plus en juin 2008 par rapport à 2007.

Petite bouffée d’oxygène pour les nombreux ménages qui ont du mal à boucler leur budget mensuel à cause de la hausse des prix de l’alimentation. La viande blanche est très accessible depuis quelques semaines. Dans les marchés de quartiers, le kilo de poulet vif est vendu autour de 14 DH au détail, avec quelques petites fluctuations, selon les commerçants.

Pour des professionnels, cette situation est assez paradoxale étant donné que l’on est en été, période traditionnelle de flambée. Mais pour Chaouki Jirari, directeur de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), qui souligne que le prix du gros va de 10 et 12 DH le kilo depuis un mois, il n’y a rien d’anormal. «Le prix de la volaille est normal à pareille date, en attendant la période de grosse demande pour les mariages et l’arrivée en masse des MRE qui font augmenter aussi la consommation.

Bien entendu, de légères variations quotidiennes sont enregistrées selon les régions et la loi de l’offre et de la demande», explique-t-il. La Fisa s’inscrit en faux contre l’idée selon laquelle les prix de gros ont chuté jusqu’à 9,50 DH le kilo parce que les aviculteurs, de peur de voir leur volaille succomber aux fortes chaleurs, ont mis de grosses quantités sur le marché.

Un éleveur de la région de Berrechid abonde dans le même sens. «Il est possible que quelques exploitants soient tentés de mettre leurs produits précocement sur le marché mais leur nombre doit être si infime que cela ne peut avoir aucune incidence sur le marché», commente-t-il. Et d’ajouter : «D’expérience, c’est la grosse volaille qui est la plus sensible à la chaleur et non pas celle qui n’a pas atteint le poids correspondant au cycle de 45 jours. Un vrai professionnel qui vendrait son produit avant terme subit de trop grosses pertes répétées, ce qui est économiquement suicidaire».

Toujours est-il que le niveau des prix peut également être expliqué par l’abondance de l’offre. Pour le mois de juin 2008, la production de poulet de chair a augmenté de 30,4% comparativement à la même période de l’année précédente, à 33 000 tonnes. Cette forte hausse est réalisée, alors que sur les 5 900 exploitations recensées, seules 3 250 sont autorisées à produire.

Ceci conformément au programme de modernisation de la filière en cours de mise en œuvre. A cela, il faut ajouter les 350 demandes d’installations nouvelles qui ont reçu l’accord de principe des services vétérinaires du ministère de tutelle. A ce propos, on relève que les autorités se montrent de plus en plus fermes vis-à-vis des contrevenants.

A ce jour, 87 élevages ont été pris en flagrant délit de production sans autorisation. Les amendes dissuasives dont les montants se situent entre 50 000 et 100 000 DH font réfléchir plus d’un.

Les couvoirs vont bientôt recevoir la liste des fermes à approvisionner
Théoriquement, la production devrait, dans un tel contexte, baisser ou au moins se stabiliser. Si l’on exclut les fermes qui travaillent en toute illégalité, la montée en flèche de la production du secteur pourrait ainsi être imputée à l’augmentation de la productivité due, elle-même, à la modernisation.

En attendant la fin de la mise à niveau des élevages de poulet de chair, presque tout le reste de la filière a réussi la sienne. Couvoirs (51), élevages reproducteurs (215), dindonneaux (245), fermes de poules pondeuses (197) ont presque tous reçu leur autorisation définitive de fonctionner à plein régime.

En matière de transport, ce sont quelque 1 151 exploitants sur 1 456 demandes reçues qui ont abandonné l’utilisation des caisses en bois au profit du plastique, selon la Fisa. M. Jirari s’étonne d’ailleurs qu’à cet égard les entreprises situées dans les différentes régions du pays devancent largement, en matière de mise à niveau, les transporteurs de Casablanca et Rabat.

Le chantier qui accuse du retard est bel et bien les tueries où les consignes d’hygiène ne sont pas du tout mises en œuvre. Quoi qu’il en soit, une mesure toute récente va aider à clarifier la situation : les couvoirs vont commencer à recevoir la liste des fermes autorisées à produire et en dehors de laquelle tout approvisionnement sera interdit. Cette décision va certainement couper l’herbe sous les pieds des fraudeurs éventuels.