Emprunt en euros : des taux bas, mais des primes de risque en hausse

Le montant de l’emprunt n’est pas figé et dépend des conditions de l’offre. Il devrait varier entre 500 millions et 1 milliard d’euros.
La dette souveraine du Maroc est bien notée.
En 2007, le Maroc avait emprunté les 500 millions d’euros à  5,37%.

Compte tenu de ses déficits internes et externes, le Maroc a besoin de liquidités, il doit donc continuer de s’endetter, mais cette fois sur le marché international. L’emprunt domestique ayant atteint un niveau déjà élevé, et les avoirs en devises étant en recul net, en raison de la compression des recettes extérieures, le marché est désormais en sous-liquidités; à preuve, Bank Al-Maghrib, pour l’appel d’offres du 15 septembre 2010, a servi un montant de 20 milliards de DH au titre des avances à 7 jours, sur une demande de 30,8 milliards de DH. C’est dire !
Pour convaincre les investisseurs de souscrire à l’emprunt que le Trésor compte lancer, le ministre de l’économie et des finances, Salaheddine Mezouar, a donc entamé depuis lundi 20 septembre une tournée en Europe où il présentera la situation économique du pays et, surtout, les résultats obtenus dans un contexte international pourtant fort perturbé. Il sera aidé dans sa mission par trois banques d’affaires (Barclays capital, HSBC et Natixis), une mission dont on peut penser qu’elle ne sera pas des plus ardues, vu la qualité dont jouit la dette souveraine du Maroc (voir en encadré la note accordée par Standard & Poor’s au Maroc en mars dernier).

Même avec le nouvel emprunt, la dette du Trésor serait inférieure à 50% du PIB

Les analystes supputent d’ores et déjà sur le montant de l’emprunt à lever, mais au ministère des finances on se refuse à avancer le moindre chiffre. «Personne ne connaît le montant exact de l’emprunt à l’heure où nous parlons. Cela peut être 500 millions d’euros ou 1 milliard d’euros et peut-être même davantage. Tout dépendra des conditions qui seront offertes par le marché», confie un cadre au ministère des finances. Un analyste d’une banque de la place se dit, lui, convaincu que l’eurobond à lever atteindra et «même dépassera probablement» le milliard d’euros. Il explique que «le contexte est quelque peu favorable», en raison, à la fois, de la bonne notation du «papier» Maroc, du fort besoin en liquidités et du niveau bas des taux d’intérêts.
Cependant, le taux d’emprunt de l’euro sur le marché international n’est pas tout, il faut y ajouter la prime de risque (spread) liée, elle, à la notation de chaque pays. Rappelons ici qu’en juin 2007, le Trésor avait levé un emprunt de 500 millions d’euros sur dix ans à un taux d’intérêt de 5,37 %. La prime de risque avait été alors de 55 points de base. Aujourd’hui, le spread Maroc pour ce même emprunt -dont la date d’échéance est 2017- est de 214 points de base à la date du 13 août 2010, en hausse de 16 % par rapport à son niveau quatre jours auparavant seulement.  Pour autant, le «prix» de cet emprunt, dans tous les cas de figure, ne devrait pas être trop élevé par rapport au coût moyen de la dette extérieure du Trésor qui s’élevait à fin 2009 à 3,9 % pour une durée de remboursement restante de l’ordre de 8 ans en moyenne.
Mais l’important, selon le ministère des finances, est que même avec ce nouvel emprunt, le niveau de l’endettement du Trésor ne devrait pas trop varier par rapport à la richesse nationale. A fin 2009, la dette du gouvernement représentait 47% du PIB. Depuis, et jusqu’à fin mars 2010, le niveau de la dette du Trésor a évidemment augmenté : il est passé de 345,2 milliards de DH, dont 78,74 milliards pour la dette extérieure, à 361,48 milliards de DH, dont 81,53 milliards pour la dette extérieure. Autrement dit, la dette intérieure aussi bien que la dette extérieure ont augmenté au cours des trois premiers mois de 2010, respectivement de 5,1 % et de 3,5 %. Avec le niveau de croissance prévu pour cette année et qui devrait faire passer le PIB à 781 milliards de DH (courants), la dette totale du Trésor représenterait très probablement moins de 50 % du PIB. On ne parle évidemment pas ici, soit dit en passant, de la dette garantie qui représentait à fin mars dernier 48,1 % de la dette extérieure publique, soit 75,6 milliards de DH. Celle-ci est surtout le fait des entreprises et établissements publics dont la part s’élevait à 73,4 milliards de DH, le reste se répartissant entre le secteur bancaire et les collectivités locales. Toutefois, ce niveau assez correct de l’endettement du gouvernement, surtout en comparaison de ce qui peut s’observer ailleurs, n’est pas une raison pour «pomper» sans discontinuer sur les marchés. La maîtrise des déficits, qui a justement permis le résultat actuel, s’impose plus que jamais. Toute la question est de savoir sur quoi reposera la rigueur budgétaire si jamais «l’embellie fiscale» n’est pas de retour…