Emploi : marché attrayant mais les profils adaptés sont rares

A la fin du premier semestre 2004, ils étaient officiellement 1 437 000 chômeurs.
Le redémarrage de l’économie et les grands chantiers lancés par l’Etat devraient normalement absorber une part plus importante de sans-emplois. Il n’en est rien.

Le niveau élevé du taux de chômage reste un vrai casse-tête pour le gouvernement même si, sur une période longue, la décrue semble se vérifier. Au premier trimestre 2004, ils étaient encore 12,5 % de la population active, âgée de 15 ans et plus, à être sans emploi, avec, comme c’est toujours le cas, une nette différence entre le milieu urbain et le milieu rural. Dans les villes, ce taux est supérieur à 20 %. En revanche, il tourne, dans les campagnes, autour de 4 %. La direction de la Statistique nous apprend qu’entre les premiers trimestres 2003 et 2004, «les différents secteurs institutionnels de l’économie nationale ont créé 362 000 postes d’emploi, dont 33,1 % non rémunérés», notamment dans l’agriculture qui s’est globalement bien comportée cette saison. L’emploi salarié a connu, quant à lui, la création de 260 000 postes.

Près de 85% des chômeurs sont des diplômés
Pendant cette période, la population en âge de travailler est passée à plus de 11,5 millions d’individus, augmentant de 4,4 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Cet instantané augure d’«une évolution très favorable» pour les commentateurs de la direction de la Statistique. Explications : d’une part, «le ratio emplois/population en âge de travailler, qui renseigne sur l’aptitude de l’économie à créer des emplois pour une population en expansion, a enregistré une légère hausse de 0,5 point», et, d’autre part, la création nette d’emplois rémunérés entre le premier trimestre de 2003 et celui de 2004, soit 242 000 postes, a été de 2,75 fois supérieure à la moyenne annuelle depuis le premier trimestre 1999, soit 88 000 postes. L’économie nationale serait-elle entrée dans un cycle vertueux de création d’emplois ? Les analystes de la direction de la Statistique restent prudents et imputent cette amélioration aux deux campagnes agricoles successives, plutôt favorables, et à leur impact sur le marché du travail, sans nier pour autant les performances du secteur non agricole.
Mais malgré cela, la situation pour les personnes à la recherche d’un emploi n’est guère réjouissante. Sur la période considérée, 122 000 personnes ont rejoint les rangs des sans-emploi, et ils étaient, à la fin du premier trimestre 2004, 1 437 000 chômeurs dont 84,6 % de citadins, selon l’approche officielle.
D’une manière générale, le taux de chômage oscille depuis des années autour de 12-13 % (autour de 20 % dans le milieu urbain) et ce phénomène, même approché de manière grossière, est, à n’en pas douter, devenu structurel. Des problèmes connus en constituent la raison, souligne Essaid Bellal, DG du Cabinet Diorh : il est aujourd’hui plus facile de trouver un travail pour un non-diplômé que pour un diplômé car dès que l’on arrive à l’emploi qualifié, qui met la formation au centre de la problématique de l’emploi, on se trouve devant plusieurs catégories de demandeurs d’emploi. Les lauréats des écoles marocaines ou étrangères n’ont généralement, selon lui, aucun problème pour trouver un travail, alors que les universitaires peinent énormément à en trouver. Les statistiques officielles confirment ce constat puisque, chez les diplômés, le taux de chômage est de 23,5%, alors que chez les non-diplômés, il est de 6,5 %.

Les commerciaux et les financiers trouvent facilement
C’est dire qu’il n’y a aucune adéquation entre la formation dispensée aux Marocains et les besoins de l’entreprise. Pour ne rien arranger, la réforme dans laquelle on a engagé l’Université a été mal orientée et elle est boudée par les professeurs.
Pourtant, et selon plusieurs spécialistes du recrutement, le marché marocain de l’emploi est demandeur. D’ailleurs, faisant allusion aux grands chantiers d’infrastructures qui sont en cours de réalisation ou qui devraient l’être, l’un d’eux s’étonne que «tout le pays est encore à construire, alors que le Marocain a du mal à trouver un emploi». En effet, si une partie des profils techniques (ingénieurs, techniciens…) trouve refuge dans les administrations et les entreprises publiques, beaucoup restent en marge du circuit.
De manière générale, les entreprises expriment des besoins importants pour les filières commerciales, financières et des ressources humaines. Les centres d’appels recrutent aussi en grand nombre, essentiellement des profils bac+2. Reste que c’est encore insuffisant pour peser sur le taux de chômage

L’inadéquation entre diplômes et besoins reste patente. 23,5% des diplômés chôment aujourd’hui alors qu’à peine 6,5% des non-diplômés sont sans emploi.