Emploi : le gouvernement sous pression

Toutes les classes d’à¢ge et catégories socioprofessionnelles ont inscrit le chômage et l’emploi en tête de liste. Les CSP A et B sont plus soucieuses de la qualité de l’enseignement que de l’accès aux soins La question de la sécurité est montée de plusieurs crans dans l’ordre des préoccupations.

Le chef du gouvernement, Abdelillah Benkirane, qui se prépare à présenter un plan de relance, sait déjà où mettre le curseur pour se donner de l’oxygène. Il ne suffira pas seulement d’œuvrer pour l’amélioration des conditions matérielles des salariés en réponse aux syndicats qui ont organisé une grosse marche, dimanche 6 avril à Casablanca, mais de faire en sorte que l’économie puisse créer assez de postes pour réduire le chômage qui touche durement les jeunes, les diplômés en particulier. Le baromètre que La Vie éco a créé en partenariat avec Egenvalue confirme pour la troisième fois d’affilée que l’emploi est en tête des préoccupations des habitants de Rabat et Casablanca. Dans l’enquête effectuée du 18 au 21 mars, ils sont même 68% à le citer en premier lieu contre près de 63% lors des deux précédentes. De toute évidence, la polémique de ces dernières semaines sur les objectifs du gouvernement a fait monter ce sujet d’un cran. Les attentes sont particulièrement élevées chez les catégories socioprofessionnelles C et D (autour de 70%) et chez les jeunes de 25 à 34 ans (77%), une population dont une bonne partie est à la recherche d’un premier emploi. Bien que encore scolarisés, les 15-24 ans sont aussi tracassés par l’emploi (68% le placent en tête des préoccupations).

Les populations plus réceptives pour les annonces sur le logement que sur la baisse des prix du médicament

L’accès aux soins (41%) reste en deuxième position. A côté du logement (34,5%) et de la qualité de l’enseignement et de la formation (32,3%), il constitue un souci majeur, principalement pour les catégories C et D et pour les plus de 55 ans (57%). Ce qui est tout à fait logique, du fait que c’est souvent dans cette période de la vie que les soucis de santé deviennent récurrents. A ce niveau, il est utile de souligner que le ministère de tutelle a intérêt à mieux communiquer sur ses projets et réalisations. Signe symptomatique de ce déficit de communication, si l’on ose dire : à une question subsidiaire qui leur a été posée, seulement 28,4% de l’échantillon a répondu avoir eu connaissance de sa décision de faire baisser les prix du médicament, sujet pourtant largement débattu dans la presse. Il n’y a qu’à Rabat et chez la CSP A que le tiers des sondés dit être au courant. Alors une question s’impose : est-ce parce qu’ils n’ont encore rien vu de concret ou en raison d’une stratégie de communication peu percutante ? En tout cas, les personnes qui disent être informées n’ont, dans leur grande majorité, aucun doute sur les promesses du ministère de la santé. En tout, 72% d’entre eux la jugent très crédible ou plutôt crédible.

Un gros souci pour la classe populaire et les personnes âgées, l’accès aux soins est en revanche relégué en 5e position par les CSP A et B (27,6%). L’explication est simple, on peut se faire soigner où l’on veut et correctement pourvu que l’on dispose de moyens substantiels. Pour ces CSP, soucieux d’assurer un avenir à la progéniture, la qualité de l’enseignement, placée en seconde position (41,4%), juste après l’emploi, suscite plus d’attention. Elles sont également moins interpellées par les conditions de logement (26% seulement situent ce point en première place) contrairement aux C et D. A propos du logement, les sorties du ministère de l’habitat semblent plus audibles. Preuve en est que 84,5% de l’échantillon indique avoir entendu parler du logement pour la classe moyenne en réponse à une autre question subsidiaire. Cette proportion est quasi égale, quelle que soit la classification des sondés. Toutefois, seulement 59% de ce groupe accorde du crédit à cette offre.

Moins d’inquiétudes pour le transport

Deux autres informations précieuses sont à relever : le transport en commun recule sur l’échelle des préoccupations (17,2%). Ce n’est pas parce que les problèmes sont résolus, particulièrement à Casablanca où les déplacements restent difficiles malgré quelques améliorations (Tram qui commence à s’imposer et fin des travaux sur le bd. Mouqaouma). L’un des motifs de ce recul est que la question de la sécurité des personnes et des biens prend une dimension plus importante. Depuis notre première enquête, elle est passée de la 11e à la 6e place sur 13. Nous avions déjà souligné (voir lavieeco.com ou l’édition du 7 février 2014), avant même que ce phénomène de ‘‘Tcharmil” ne soit à la une des médias, que la peur est en train de gagner les esprits. Un climat entretenu en partie par des actes criminels spectaculaires comme le braquage de Tanger ou les agressions commises par les petites bandes de voyous. La décision prise au plus haut niveau de l’Etat d’inscrire ce dossier de la sécurité parmi les priorités signifie clairement que les plaintes des populations sont entendues. Mais encore une fois, il faut reconnaître que les grandes villes ne sont pas des zones de non-droit, même si les forces de sécurité doivent être beaucoup plus visibles dans certains endroits pour mieux rassurer. On le voit nettement à travers l’enquête. 58% des personnes interrogées considèrent que leur sécurité est assurée mais avec 42% qui pensent le contraire, il  y a du travail à faire. Les plus inquiets sont les habitants de Casablanca partagés en parts égales entre les satisfaits et les sceptiques. La tension est moins intense à Rabat où 63% jugent leur sécurité très sûre ou plutôt sûre.
Ces peurs réelles ou supposées n’entament nullement le moral. Moins de 10% de l’échantillon prévoit une dégradation de sa situation au cours des trois prochains mois contre 58% qui espèrent une amélioration et 32% une stagnation.