Electricité : la tarification sociale incitative a généré une économie d’énergie de 2 000 Gwh

La tarification sociale incitative « -20/-20 » a profité à  17.6 millions de clients depuis sa mise en place. Holcim Settat et Holcim Oujda ont adhéré à  la tarification super pointe pour les gros consommateurs. Les distributeurs appelés à  adhérer à  la politique de maîtrise de la consommation.

La facture énergétique du Maroc a atteint 104,3 milliards de DH en 2012, soit une hausse de 15,5% par rapport à 2011. C’est évidemment énorme, et cela explique bien des déficits : celui de la balance commerciale d’abord, du budget ensuite, en raison du soutien dont bénéficient les produits pétroliers.

Mais la dépendance énergétique du Maroc de l’extérieur ne date pas d’aujourd’hui. C’est pourquoi une stratégie énergétique nationale a été mise en place en 2009, visant, grosso modo, d’une part, à sécuriser l’approvisionnement en énergie, et, d’autre part, à améliorer, en vue de la réduire, la consommation.

Vu le poids de la facture énergétique, cette stratégie a comporté un volet dédié à des actions prioritaires. C’est le Plan national d’actions prioritaires (PNAP), dont l’objectif était de mettre en place des mesures à même de contribuer à une meilleure consommation et donc à un allégement à la fois des importations et des factures des utilisateurs.

Parmi les importations, outre les produits pétroliers, on compte également de l’électricité. Celle-ci est importée depuis les voisins espagnols et algériens via les interconnexions avec les deux pays, et ces importations sont devenues structurelles depuis le début de la décennie 2000, en raison, d’une part, de la forte croissance de la demande électrique, et, d’autre part, du déficit de production.

Plusieurs mesures tarifaires incitatives visant l’effacement à la pointe et la réduction de la consommation ont été prises dans le cadre du PNAP. Quel impact sur la demande ont produit ces mesures jusque-là ?

D’abord, la tarification sociale incitative dite “modèle -20/-20”. Celle-ci, pour rappel, vise à encourager les ménages et les patentés à réduire leur consommation mensuelle d’au moins 20% par rapport au même mois de l’année précédente, en leur offrant un bonus représentant 20% de la valeur de la consommation économisée. Selon le ministère de l’énergie et des mines (MEM), l’impact de cette tarification représente un gain de 2 à 4 jours de consommation par mois pour chaque distribution, sachant que la consommation diffère d’une ville à l’autre, en fonction du niveau des ménages qui y résident. En terme d’énergie, ce sont 1 770 Gwh qui ont été économisés, ce qui représente 6,2% de l’énergie électrique appelée en 2011.

Ces économies ont profité à 17,6 millions de clients, ce qui veut dire que des clients en ont bénéficié plusieurs fois depuis le lancement de la mesure en 2009, car, comme on sait, il n’y a pas 17 millions de foyers au Maroc mais 7 millions tout au plus.

C’est le Fonds de développement énergétique, doté d’un milliard de dollars, qui prend en charge ces bonus accordés aux clients économes, et ceci pour ne pas affecter le chiffre d’affaires des régies de distributions !

Tarif bi-horaire pour la basse tension : les compteurs numériques trop coûteux pour un gain modeste

Une autre mesure était prévue à l’adresse des consommateurs basse tension (ménages et force motrice) : il s’agit de la tarification bi-horaire (heures normales et heures creuses) pour les clients dont la consommation mensuelle dépasse 500 kWh. Mais cette action, comme on l’explique au MEM, nécessite le remplacement des compteurs actuels par des compteurs numériques coûteux, alors que le gain estimé ne dépasse pas 16 MW. C’est sans doute pourquoi cette mesure n’a pas encore vu le jour.

Pour les grands comptes (les gros consommateurs), alimentés en haute et très haute tension, une “tarification super pointe”, en option, leur a été proposée. Il s’agit pour eux de s’effacer durant les heures de fort appel de puissance (entre 17/18 heures et 22/23 heures, suivant les saisons) et de reporter leur consommation davantage vers les heures de basse consommation. C’est une façon de soulager à la fois le réseau et leur facture d’électricité. Le MEM indique que cette tarification a été adoptée par deux cimenteries, Holcim Settat et Holcim Oujda ainsi que par Sonasid. Résultat : un effacement de près de 80 MW par an pendant les heures de super pointe.

Enfin, une mesure tarifaire tout à fait nouvelle est envisagée, visant cette fois-ci les distributeurs (les régies publiques et les gestionnaires déléguées). Elle a été examinée par la commission interministérielle des prix, et celle-ci a décidé de l’inscrire dans la réforme tarifaire globale de l’électricité, dont l’étude, supervisée par le ministère des affaires générales et de la gouvernance, est en phase d’achèvement. Selon le MEM, il s’agit d’une tarification tri-horaire qui viendrait remplacer la tarification bi-horaire en vigueur aujourd’hui, pour les achats de l’électricité par les distributeurs auprès de l’opérateur national, l’ONE. Les détails de cette nouvelle structure tarifaire ne sont pas disponibles mais l’objectif, toujours selon le MEM, est de faire adhérer les distributeurs à la politique de maîtrise de la consommation et de les inciter à promouvoir celle-ci auprès de leurs clients.

Rappelons que la tarification sociale incitative (-20/-20) a été mise en place pour seulement quatre ans : de 2009 à 2012. C’est pourquoi l’enveloppe dédiée à cette mesure était limitée à 210 MDH. L’expérience sera-t-elle renouvelée ?