Elections CGEM : le malentendu qui dégénère en malaise

En dépit du retrait du binôme Chaïbi/Alaoui le processus électoral suit son cours.
Interventionnisme d’Ona ? Son PDG dément catégoriquement et invoque la bonne foi du groupe.

Le malaise ambiant s’est traduit par la formation de clans. Un conseil est prévu le 16 mai.

Jusqu’au dernier moment, et à l’heure où nous mettions sous presse, l’espoir était de mise. Celui de voir non pas un mais deux binômes être candidats à l’élection présidentielle du patronat, prévue le 21 mai. Las, Mohamed Chaïbi et Youssef Alaoui, les premiers à avoir déclaré leur candidature, sont restés sur leur position. Sur papier, ils se retirent de la compétition, pour raisons personnelles.
Dans les faits, ils réagissent par rapport à ce qu’ils qualifient d’implication du groupe Ona dans la compétition. Car, il faut bien le dire, Ona est, avec toute la symbolique que le groupe représente, et peut-être à son corps défendant, au centre des secousses qui agitent la confédération.
Il est 16 heures, ce jeudi 7 mai lorsque le conseil d’administration de la CGEM -le dernier sous le mandat de Moulay Hafid Elalamy ?- se réunit en vue de valider les dossiers de candidature. Ils ont été examinés par le «comité ponctuel chargé de l’étude technique des dossiers de candidature et de l’organisation matérielle de l’élection à la présidence de la CGEM». Selon les conclusions dudit comité, les candidatures de deux binômes sont valables.

Des fédérations demandent la tenue d’un autre conseil d’administration pour trouver une issue
Les choses en seraient restées là, n’était-ce l’annonce surprise par Mohamed Chaïbi du retrait de candidature du binôme qu’il constitue avec Youssef Alaoui. Selon les recoupements faits par La Vie éco auprès de membres du conseil, c’est l’intervention de ce dernier qui a mis le feu aux poudres. Il justifie, sans ambages, l’abandon de la course par le soutien apporté au tandem Mohamed Horani/Mohamed Tamer par le groupe Ona, en nommant, in extremis, M. Horani à la tête d’une de ses filiales, pour lui permettre d’être éligible. Stupeur dans la salle. Toujours selon les recoupements faits par La Vie éco, Mouatassim Belghazi, PDG d’Ona, ulcéré, exige des excuses… qui ne viendront pas. Devant la montée des tensions, le président de la CGEM décide de suspendre la séance pour tenir un aparté avec les candidats, une réunion qui sera ensuite élargie à M. Belghazi. Que s’est-il passé au cours de cet intermède ? Les versions divergent.
Toujours est-il que lorsque les intéressés rejoignent la salle du conseil, les esprits se seront calmés et Youssef Alaoui de préciser ses propos en affirmant que le retrait était motivé par une volonté de donner la primauté aux candidats soutenus par Ona. Aucune décision officielle marquant le retrait ne sera prise au cours de cette séance qui se terminera par la validation des deux candidatures.
Les trois jours suivants seront riches en négociations qui aboutiront de fait à la création de plusieurs clans. L’un soutenant le retrait, l’autre criant au déni de démocratie du fait même de ce retrait, un troisième s’efforçant de concilier les deux positions allant même jusqu’à proposer des croisements de candidature comme celle qui verrait Youssef Alaoui postuler le poste de président avec Mohamed Horani comme  colistier pour la vice-présidence générale.
Dans l’intervalle, plusieurs hommes d’affaires, dont le président de la CGEM, qui se garde bien de prendre officiellement position, se seront envolés vers Alger, où se tient le forum des hommes d’affaires maghrébins. Les travaux de ce dernier n’étaient  pas achevés que, dès lundi 11 mai, dans la matinée, le tandem  Chaïbi/Alaoui mettait à exécution son annonce du jeudi précédent. Dans un courrier adressé à la CGEM, les candidats officialisaient leur retrait «pour raisons personnelles».
Les 24 heures qui auront suivi ce retrait officialisé seront riches en discussions. Au sein des fédérations, les divergences se sont naturellement exprimées et certaines sont même allées jusqu’à envoyer, dans l’après-midi du mardi 12 mai, un courrier à Moulay Hafid Elalamy demandant la réunion d’un conseil d’administration en vue de se pencher sur la question du retrait. A l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 13 mai, en fin de journée, nous apprenions qu’une ultime réunion du conseil a finalement été programmée, pour samedi 16 mai. Espir de retour du duo Chaïbi/Alaoui dans la compétition ? Selon des sources proches des deux hommes, ces derniers n’entendent pas revenir sur leur décision.

Mohamed Horani ne pouvait ignorer la contrainte d’éligibilité…
En attendant, des questions se posent. Mohamed Horani ne savait-il pas avant même de présenter sa candidature que sa qualité de patron d’HPS ne lui permet pas d’être éligible ?  Pourquoi s’est-il présenté en tant que dirigeant d’Archos Conseil, filiale d’Ona, pour contourner le vice de forme qui rendait sa candidature impossible ? Ona soutient-il Mohamed Horani ?
Le réseau Attijariwafa bank a-t-il joué un rôle en mobilisant ses clients pour la réunion des 100 signatures nécessaires ? Le tandem Chaïbi/Alaoui a-t-il eu raison de se retirer de la course ? Enfin, le fait que l’on exige des candidats que leur entreprise soit effectivement membre de la CGEM depuis trois ans constitue-t-il une aberration ?
Aux trois premières questions, M. Horani lui-même apporte ses réponses. La première est plutôt non convaincante puisqu’il affirme avoir «mal interprété les textes régissant la confédération, croyant que l’affiliation de HPS à la fédération des nouvelles technologies (Apebi) était en soi suffisante pour pouvoir être éligible. C’est sur cette base que j’ai annoncé ma candidature», soutient-il.
Or, l’article 21 des statuts de la CGEM ne souffre d’aucun équivoque puisqu’il exige des candidats à la présidence – à la vice-présidence- d’être les «représentants légaux d’entreprises commerciales membres effectivement adhérents à la CGEM et justifiant de trois années d’adhésion continues à la CGEM», une contrainte réaffirmée par l’article 7-1 du règlement intérieur de la confédération pour qui le candidat doit  «justifier pour l’entreprise adhérente dont il est le représentant légal d’être à jour de ses cotisations».
Quant à savoir pourquoi il s’est présenté sous le nom d’Archos Conseil et pourquoi à la dernière minute, la réponse est plus plausible. M.Horani était déjà, avant le déclenchement de cette affaire, selon ses dires, «administrateur d’Archos Conseil, tout comme d’autres sociétés opérant dans le secteur des technologies. Quand la question de l’éligibilité s’est posée, ne pouvant pas postuler en tant que dirigeant d’HPS, je me suis tourné vers l’entreprise dont j’étais administrateur et qui était membre effectif de la confédération. Archos était la seule dans ce cas. J’ai donc sollicité Ona en ce sens et la réponse fut favorable».
 
Mohamed Chaïbi et Youssef Alaoui : pas de commentaires
Quid du rôle d’Ona dans cette élection ? Le holding s’est-il seulement contenté d’apporter sa pierre à l’édifice de la démocratie en favorisant l’émergence d’une compétition ?
Joint au téléphone, au cours de la journée du lundi 11 mai, il donne un «commentaire global» à l’ensemble des questions posées par La Vie éco.  «Ona et Attijariwafa Bank ne soutiennent aucun candidat», «l’aide apportée à M. Horani s’inscrit dans la volonté de contribuer à la pluralité» (voir  l’encadré en bas ). Des raisons convaincantes ?
On ne saurait dire en l’absence des avis de MM.  Chaïbi et Alaoui qui n’ont pas souhaité s’exprimer et apporter leurs arguments face aux déclarations de MM. Horani et  Belghazi. Depuis son retrait, en dehors du courrier envoyé à la fédération, le tandem s’est gardé de communiquer publiquement sur le sujet. Les absents ont toujours tort, mais est-ce une raison pour leur reprocher leur retrait ou crier au déni de démocratie, comme le répètent à l’envi certains ?
La démocratie c’est justement la liberté de choisir, notamment celle de renoncer au combat. Enfin, sur la question de ce que qualifient plusieurs membres de la confédération (dont M. Belghazi) de pseudo ou supposé vice de forme, mais qui en est réellement un, puisque en contradiction avec les textes régissant la CGEM, il est vrai que, à la lecture du règlement intérieur et des statuts, les conditions de candidature à la présidence ou la vice-présidence de la CGEM sont trop restrictives. Mais pourquoi a-t-on attendu la dernière ligne droite pour soulever la question alors que ces mêmes textes ont été entérinés par l’ensemble des membres, et qu’ils sont accessibles même au grand public sur le
site de la confédération (www.cgem.ma) ? Au final, et à la lumière du déroulement des événements, il semble bien qu’un grand malentendu, qui risque de créer un véritable malaise au sein de la confédération, a eu lieu. Reste à savoir si cette dernière saura en tirer la leçon (voir édito ).