Effets négatifs des accords de libre-échange : le constat de l’ASMEX

Dans le débat récent sur les accords de libre-échange, les exportateurs sont sur la même longueur d’ondes que le patronat et le gouvernement . Les détails.

Devant la déferlante d’importations qui ne cesse de creuser son déficit commercial et d’étouffer son industrie locale, le Maroc n’hésitera pas à dénoncer les ALE le liant à plus de 50 pays.

Cette position exprimée par le ministre de l’industrie et du commerce Moulay Hafid El Alamy à la deuxième Chambre du Parlement, mardi 19 novembre dernier, n’est pas passée inaperçue dans les milieux des affaires.

Une position que le responsable gouvernemental a réitéré devant son homologue turc Ruhsan Pekcar, jeudi 28 novembre dernier, à Istanbul, en marge de la 34e session du Comité permanent pour la coopération économique et commerciale de l’Organisation de la coopération islamique (COMCEC).
Passant de la parole à l’acte, le ministre marocain a fait du forcing pour arracher la création d’une commission technique Maroc-Turquie, chargée d’examiner toutes les possibilités de rééquilibrage de la balance commerciale.

Le ministre RNIste dupliquera-t-il la même démarche avec les autres partenaires commerciaux , qui ont un excédent commercial important grâce au libre-échange, soit la plupart des pays signataires d’ALE avec le Maroc ?

La question mérite d’être posée, surtout lorsque l’on sait qu’en plus de la Turquie, l’Union européenne ou les USA, des pays comme l’Egypte et la Tunisie ont amélioré eux-aussi leurs parts de marché au Maroc grâce aux ALE (cf : «Accord d’Agadir: le Maroc à la peine face à l’Égypte et la Turquie»).

Ce qui est sûr pour le moment, à en croire les récentes sorties médiatiques de MHE, est que les effets pervers des ALE seront désormais pris à bras-le-corps par le gouvernement. Si le concept du libre-échange en soi n’est pas contesté, les entorses aux accords et aux principes de l’OMC, ainsi que les pratiques déloyales, seront combattues.

Les exportateurs favorables à la révision des ALE

Interrogée par La Vie éco, l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) a salué l’action du ministre de l’industrie. «En tant que représentant des exportateurs marocains, nous ne pouvons que saluer la démarche du ministre qui fait suite aux réclamations des opérateurs économiques. En fait, la nouvelle loi sur le commerce extérieur exige l’association du secteur privé dans la négociation des ALE et l’obligation de faire des études d’impact avant la signature d’un accord», nous lance tout de go Hassan Sentissi. Le président de l’ASMEX va encore plus loin. «Nous sommes aujourd’hui conscients que les ALE conclus par le Maroc ont surtout favorisé nos importations au détriment de nos exportations», a-t-il indiqué, rappelant que les conséquences sautent aux yeux.
Aggravation du déficit commercial (voir encadré), pertes d’emplois, fragilisation de plusieurs filières… autant d’effets négatifs du libre-échange dans la configuration actuelle.

On le sait, l’offre exportable du Royaume peine à tirer son épingle du jeu du libre-échange, en dehors des exportations alimentaires et minières ou celles des écosystèmes industriels. Pour Hassan Sentissi, cet état de fait peut s’expliquer par plusieurs raisons. A commencer par le manque de compétitivité du «Made in Morocco» face à une offre concurrente soutenue, appuyée au niveau des coûts notamment. Autres raisons : le panier de l’offre exportable nationale jugé faible ainsi que la taille de l’entreprise marocaine.

«Il faut dire que malgré les ALE, l’accès aux marchés des pays partenaires pour les entreprises marocaines est difficile, en raison notamment des mesures non tarifaires difficilement franchissables et le manque d’actions de promotion et de prospection en direction de ces marchés», déplore M.Sentissi, ajoutant que l’attitude du consommateur local qui privilégie toujours le produit étranger aggrave la situation. Et de conclure: «Il est urgent de prévoir, sans toucher aux engagements internationaux de notre pays, des mesures pour sauvegarder la compétitivité de nos exportateurs».

Réviser les accords… ce n’est pas aussi simple

Selon une source proche du dossier, les modalités de révision des ALE diffèrent d’un accord à l’autre, selon ce que les signataires ont convenu dans les textes. «Chaque accord prévoit des modalités et des dispositions spécifiques», précise-t-il. «Aussi bien dans le cas des négociations pour la signature d’un nouvel accord ou la révision d’un accord en vigueur, les implications politiques font que le ministère des affaires étrangères ait le dernier mot», poursuit notre source.
Si elle a l’avantage d’arrimer coopération politique et économique à l’international, la tutelle des affaires étrangères sur le champ des ALE a l’inconvénient de politiser les négociations, toujours selon notre source. «En effet, pas mal d’accords ou de dispositions désavantageuses ont été signés dans un contexte où les considérations politiques ont beaucoup pesé sur les réalités économiques», croit savoir notre source.

Autres problématiques mises en avant par notre interlocuteur, et non des moindres: l’écart qu’il y a parfois entre le texte tel que signé et son application à l’entrée du territoire et les nombreuses barrières non tarifaires. «Nos entreprises n’ont pas les capacités managériales et industrielles pour surmonter ces barrières, d’autant plus que nos administrations manquent de ressources humaines et matérielles pour bien réguler et contrôler les importations», conclut-il.

Les échanges commerciaux au titre des biens ont été marqués par une aggravation du déficit commercial de 3,1% à près de -174 milliards de dirhams (MMDH) à fin octobre 2019 contre -168,8 MMDH une année auparavant, a indiqué lundi 2 décembre, l’Office des changes.
Ce résultat s’explique par une hausse des importations (+12,1 MMDH) plus importante que celle des exportations (+6,9 MMDH), relève l’Office des changes qui vient de publier ses indicateurs des échanges extérieurs, notant que le taux de couverture est resté stable à 57,5%.
La hausse des importations de biens est imputable principalement à l’augmentation des achats de biens d’équipement (+9,08 MMDH), de demi-produits (+4,14 MMDH), de produits finis de consommation (+2,98 MMDH) et de produits alimentaires (+2,01 MMDH), précise l’office, ajoutant qu’en revanche, les importations de produits énergétiques et de produits bruts ont reculé respectivement de 4,49 MMDH et 1,66 MMDH.