Edition juridique, un marché à  plusieurs vitesses

Sans les aides d’une fondation allemande, la REMALD aurait fermé boutique. Artemis et LexisNexis se taillent la part du lion en droit des affaires. Publications universitaires : la grande inconnue.

Disons-le d’emblée : le marché de l’édition juridique est une niche, un «micromarché». En effet, dans la nébuleuse qu’est le secteur de l’édition, les publications juridiques ont un tirage limité : à peine 3% des publications parues en 2012, selon le dernier rapport sur les industries culturelles au Maroc de l’Unesco. Surtout, il s’adresse à une clientèle limitée : cabinets d’avocats, de conseil, d’expertise-comptable ainsi que les études notariales.

Pas de schéma commercial type

Il s’agit également d’un marché composite, en ce sens qu’il n’existe pas un business modèle homogène. Il y a ce qui est considéré aujourd’hui comme l’éditeur “historique” à savoir la Revue marocaine d’administration locale et de développement (Remald), périodique scientifique spécialisé fondé en 1992 par Ahmed Bouachik et Mohammed Benyahya, respectivement professeur à la Faculté de droit de Salé et ancien membre de la commission consultative de la régionalisation et professeur à la Faculté de droit de Rabat-Souissi et à l’Ecole nationale d’administration.

Présente en force dans toutes les librairies avec plus de 600 publications, la Remald continue de vivre sous perfusion. «Sans les subventions de la fondation allemande Hanns Seidel (qui ne dépassent pas 500 000 DH par an), nous aurions fermé boutique il y a une dizaine d’années», avoue son fondateur Ahmed Bouachik.

Autre source de revenus : les consultations qui leur sont soumises par l’Etat, et notamment les collectivités locales ainsi que les abonnements des institutions et particuliers. Il faut préciser à ce titre que la Remald est une association sans but lucratif, contrairement à ses concurrentes qui sont, pour la majorité, constitués en sociétés commerciales. Mal lui en prit, car le statut est hautement pénalisant pour faire face à des adversaires bien plus armés au niveau capitalistique.

Artemis, portail d’information juridique fondé en 1993 et racheté par FinanceCom, est aujourd’hui très prisé par les cabinets de droit avec une base de données de plus d’un million de documents (codes, jurisprudence, doctrine, articles…). Ayant refusé de se prononcer sur les résultats de leur entreprise, la direction générale avoue néanmoins que la conjoncture de 2013 était “délicate”.

Toujours est-il que son portefeuille demeure, par rapport aux concurrents, relativement imposant : 3 000 clients. Ce qui constitue près de 50% du marché, si l’on ventile ce chiffre par rapport aux nombre d’avocats, de notaires, de conseillers juridiques et d’experts-comptables (environ 6 000). Cependant, l’installation d’un fort concurrent au Maroc est loin d’être une source de tranquillité pour un opérateur qui a souvent bénéficié d’une position dominante dans un marché réduit.

En effet, l’arrivée en septembre 2013 de LexisNexis, filiale du groupe anglo-néerlandais Reed Elsevier, un des tout premiers groupes mondiaux d’édition et d’information professionnelle (avec un chiffre d’affaires 2013 de plus de 150 millions d’euros) a bouleversé la donne. La déclinaison marocaine du portail est arrivée avec beaucoup d’agressivité.

Son site contient l’édition française du Bulletin officiel marocain depuis 2010, plus de 3 000 décisions de la Cour de cassation et des Cours d’appel de Casablanca, Rabat et Fès. Les arrêts en arabe sont commentés en français… La jurisprudence du Conseil constitutionnel y est aussi, ainsi que des synthèses thématiques.

La rubrique législation contient notamment 3 codes consolidés (de commerce, de la nationalité et du travail) et une sélection des traités ou accords internationaux. En rapport avec les prix pratiqués par son principal concurrent, LexisNexis demeure relativement chère : «Il faut compter un peu plus de 16 000 DH par cabinet comptant un seul avocat et près de 111 000 DH pour les cabinets de 15 avocats et plus». Suffisant pour que la direction générale d’Artémis «reste confiante», comme elle le prétend ?

«Concurrence déloyale»

Au-delà de ces trois opérateurs faisant office d’épouvantail, il existe également certaines publications universitaires. Revue juridique, économique et politique marocaine ; Revue juridique trimestrielle marocaine… Autant de «publications périodiques» dont la «périodicité» reste relative, voire inexistante.

Selon Ahmed Bouachik, il y a clairement un problème de concurrence déloyale. Et d’expliquer : «De nombreuses publications en matière de textes juridiques sont éditées par des personnes n’ayant aucune formation juridique, ils sont considérés comme des commerçants des textes et nombreux parmi eux n’hésitent pas à plagier les publications de la Remald. D’autre part, même chez les universitaires, il y a eu plusieurs actes de plagiat au niveau de la dénomination de notre revue.

Ainsi, comme vous pouvez facilement le vérifier via internet, certains ont créé la Remad ou encore la Rema et la Remadae, alors qu’en France par exemple, les publications DALLOZ sont respectées par tout le monde depuis plus d’un siècle. L’on n’est pas contre les initiatives ou la concurrence saine, mais nous regrettons quelques comportements incivils».