Economie circulaire : des solutions qui pourraient intéresser plusieurs écosystèmes industriels au Maroc

L’Italian Exhibition Group a organisé, à Rimini, en Italie, la 23e édition du Salon Ecomondo, tenue en même temps que la foire Key Energy. Les technologies exposées dans ces deux salons permettent de faire une comparaison avec les technologies renouvelables utilisées au Maroc.

Le concept est relativement neuf mais les applications sont multiples et bien ancrées dans le marché mondial. «L’économie circulaire», sous ses différentes déclinaisons, dont la plus connue est «l’économie verte», prend de plus en plus de terrain dans le monde, y compris le Maroc évidemment, à travers ces applications existantes. Entre les 5 et 8 novembre, ce concept de nouveau modèle économique a rassemblé environ 1 300 entreprises exposantes au cours de la 23e édition du Salon Ecomondo, organisée à la localité Rimini en Italie. Une édition qui s’est tenue de manière concomitante avec le Salon dédié aux énergies renouvelables, Key Energy. Détail qui illustre l’évolution enregistrée par ce secteur, presque chaque exposant se spécialise dans un maillon pointu de la chaîne de valeur. Un constat qui suscite plusieurs questionnements quant à la possibilité d’intégrer dans le futur ces technologies dans les écosystèmes industriels marocains.

Un nombre illimité d’applications

Au Maroc, les chaînes de valeur de l’économie circulaire tournant autour du solaire et de l’éolien, les applications sont ainsi limitées par ces deux sphères de technologies (voir encadré). Dans le monde entier, les technologies qui ont réellement investi le marché transcendent ces deux secteurs. C’est le cas, par exemple, de l’entreprise italienne City Net Ecologia & Ambiente, spécialiste dans la fabrication de plateformes de compostage. Parmi ses produits, l’opérateur commercialise, auprès des collectivités territoriales italiennes essentiellement, des installations permettant la transformation des débris organiques en compost. Adaptée aux villes, cette plateforme a, selon Pier Francesco Ferilli, directeur commercial de City Net, «l’avantage d’être facile à utiliser et permet de produire 20% de compost à partir de 100% de matière organique».

L’entreprise allemande KMU Loft Cleanwater a investi, elle, dans une niche très prometteuse, commercialisant une solution qui permet de recycler les eaux contaminées. Cette technologie, installée dans les chaînes de production, permet de nettoyer jusqu’à 98% des eaux contaminées lors de la production initiale, grâce à la mise en place d’un appareil évaporateur produisant in fine de l’eau distillée. Le pourcentage de 2% restant, pouvant aller jusqu’à 5%, correspond à un concentré qui doit néanmoins être détruit. L’entreprise KMU Loft fabrique et commercialise justement ces évaporateurs qui utilisent zéro produit chimique. Selon Igors Linde, responsable commercial, «l’entreprise vise entre autres les secteurs de la métallurgie, l’ingénierie de surface, l’automobile et l’agroalimentaire. La taille de la plateforme entière dépend de la machine et de la chaîne de production dans laquelle elle est installée. Cela dépend aussi des différentes applications de notre solution», souligne Igors Linde. Bien que l’entreprise n’ait pas de clients au Maroc, l’on imagine facilement les producteurs qui pourraient être intéressés par ses services.

Domus Chemicals est un groupe italien spécialisé en production des esters. Ces molécules chimiques permettent de produire un éventail de solutions – surtout le plastique et les lubrifiants – à partir de matière première renouvelable (jusqu’à 75%). Selon Andrea Bellei, directeur des ventes du groupe, «cette matière première vient essentiellement de l’acide gras fractionné et distillé provenant des végétaux. C’est plus ou moins ce que nous faisons à Domus Chemicals», a déclaré M. Bellei. En ce qui concerne les applications, elles sont tout aussi multiples. «Nous avons beaucoup de clients qui produisent des lubrifiants bio et du plastique. Ces applications constituent notre valeur ajoutée. Nous produisons aussi des huiles qui sont utilisées dans le secteur des cosmétiques», a-t-il poursuivi. Etant donné l’impact grandissant du plastique sur la dégradation de l’environnement (voir encadré), l’argument écologique est mis en avant par Domus Chemicals. Cela ne peut que réussir.

La créativité n’a pas de limite

L’opérateur Beeodiversity fait usage d’un exemple de technologie très créatif qui peut être facilement implémenté au Maroc. L’entreprise basée à Bruxelles commercialise entre autres une solution appelée BeeOmonitoring. Il s’agit selon Yves Mathieu, consultant au sein de l’entreprise belge, d’un «outil de mesure des polluants et de l’état de la biodiversité qui utilise les abeilles et des logiciels d’interprétation de données. Cette combinaison permet par la suite de résoudre des problèmes causés par la pollution ambiante». En termes d’organisation, Beeodiversity propose un modèle entrepreneurial capable de s’adapter à plusieurs économies indépendamment de leurs degrés de développement. Actuellement, elle est déjà implantée en Europe et aux Etats-Unis.

RIMINI economie circulaire
RIMINI economie circulaire

 

RIMINI economie circulaire
RIMINI economie circulaire

Il va sans dire que certaines applications de l’économie circulaire sont inaccessibles au Maroc. C’est le cas par exemple des superstructures de service, composantes essentielles qu’utilisent les constructeurs de véhicules utilisés dans les processus d’exploitation circulaire. A Ecomondo, plusieurs entreprises ont exposé ou présenté, comme l’entreprise turque Bumer Makina, aux acheteurs des remorques ou des réservoirs d’eau, adaptés à la collecte de déchets ou au transport de liquide à recycler. Cela dit, certains domaines, comme la certification, demeurent l’apanage de quelques cabinets seulement. C’est le cas notamment d’Abicert, qui propose d’auditer les sites ainsi que les services des entreprises dans tous les continents. Cette entreprise propose une certification de marquage CE (conformité européenne), nécessaire pour accéder au marché européen. Un transfert de savoir-faire au Maroc sera sans doute le bienvenu.

energie eolienne
energie eolienne

La stratégie sectorielle prévoit que la part de la puissance électrique installée en énergie renouvelable, essentiellement en éolien, en solaire, et en hydraulique s’établira à 42% du parc à l’horizon 2020. A cette date, le plan solaire devra doter le Maroc d’une capacité de production électrique totale de 2 000 MW, grâce aux cinq sites situés à Ouarzazate, Ain Bni Mathar, Foum Al Oued, Boujdour et Sebkhat Tah. Détail très important, les deux technologies adoptées sont l’énergie solaire à concentration et le photovoltaïque. Par ailleurs, deux objectifs majeurs ont été assignés aux sites cités. Primo, ils devraient permettre l’augmentation de la part de l’énergie solaire dans la capacité électrique totale à 14% et, secundo, réaliser une économie en combustibles de 1 million de tonnes équivalent pétrole (TEP) et éviter l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO2 annuellement. En ce qui concerne le Plan éolien, les cinq nouveaux sites situés à Sendouk (Tanger), Koudia Baida II (Tétouan), Taza (Taza), Tiskrad (Laâyoune) et Boujdour devront permettre une augmentation de la puissance électrique installée à 2 000 MW à l’horizon 2020 (38% de la puissance installée actuelle). Il est également question d’une production annuelle prévue de 6 600 GWh (26 % de la production nationale actuelle).

 

Ecomondo 2019 PLASTIQUE
Ecomondo 2019 PLASTIQUE

 

Les organisateurs d’Ecomondo 2019 ont fait un zoom sur l’utilisation du plastique, considérée comme un «grand défi». Ainsi, le Comité technique et scientifique de l’événement a organisé plusieurs rencontres pour donner une vue d’ensemble des avancées réalisées au niveau national (Italie) et international. Aussi, les stratégies et les solutions pour réduire l’impact du plastique sur l’environnement ont été exposées. Celles-ci commencent à partir de la conception d’emballages durables, en passant par la valorisation de la fraction mixte, sans oublier les dernières nouveautés adoptées pour libérer les mers et les océans des déchets marins. Ces solutions sont primordiales, vu que la production mondiale du plastique pourrait dépasser un milliard de tonnes par an d’ici 2050. A ce propos, la stratégie européenne a conduit récemment à l’adoption de «la directive interdisant la vente de produits en plastique à usage unique».