Eau et électricité : pourquoi les tarifs changent selon les villes et le distributeur

L’ONE et l’ONEP sont en même temps producteurs et distributeurs. Leurs tarifs restent les plus bas.
L’électricité est plus chère à  Casablanca que dans les autres villes. L’eau potable beaucoup moins chère à  Meknès.
Les tarifs fixés par voie d’arrêtés ministériels. Les distributeurs gardent la liberté sur les composantes dites para-tarifaires.

Réformer le système de tarification de l’eau et de l’électricité. Voilà un chantier ouvert depuis plusieurs années et qui n’est pas près d’aboutir. C’est que la tâche n’est pas aisée. Les pouvoirs publics, l’administration et les professionnels du secteur (producteur, distributeur) le savent tous : la tarification de l’eau et de l’électricité au Maroc, réglementée certes, est un système compliqué, recelant parfois des aberrations, des anomalies. Le système datant de plusieurs décennies, il peut sembler aussi obsolète. Depuis au moins une dizaine d’années, la réforme est à l’ordre du jour. Plusieurs études se sont succédé mais à ce jour encore on continue toujours de fonctionner avec l’ancienne grille.
Il faut savoir que les tarifs varient d’un opérateur à un autre, et d’une ville à une autre. Et la différence peut se révéler importante quand la consommation est consistante. De tous les tarifs appliqués, ceux de l’Office national de l’électricité (ONE) et de l’Office national de l’eau potable (ONEP) sont, et de loin, les plus attractifs. Les deux offices gardent encore le monopole du transport et opèrent également dans  le domaine de la distribution au même titre que ses clients et concurrents que sont les régies et les concessionnaires délégataires. L’ONEP, lui, conserve en outre le monopole de la production. Ces deux offices étant en même temps des producteurs mais aussi des distributeurs dans certaines régions, il est compréhensible qu’ils offrent des prix moins élevés dans toutes les branches et pour les différents types de clients.
Prenons l’exemple des tarifs de l’électricité moyenne tension (MT) appliqués par Lydec et l’ONE. Ce dernier facture le kW/h à 1,2265 DH pendant les heures de pointe, 0,8051 DH pendant les heures pleines et 0,5239 DH pendant les heures creuses. Quant à Lydec, elle facture les heures de pointe à 1,3140 DH le kW/h, les heures pleines à 1,2264 DH et les heures creuses à 0,5638 DH.
Cette différence se retrouve également dans les tarifs de l’électricité destinée à l’usage domestique. L’office facture le kW/h à 0,7903 DH (HT) pour la 1ère tranche tandis que Lydec  le commercialise à 0,8496 DH. Amendis lui applique un tarif de 0,9662 DH pour la 1ére tranche et 1,081 pour la 2e tandis que Redal les facture respectivement à 0,8018 DH et 0,8620 DH. Comme quoi le même opérateur (Veolia) applique deux tarifs différents. Les clients de Rabat, Témara et Salé paient  leur consommation d’électricité moins cher que ceux de Tanger et Tétouan. Autrement dit, et à l’exception des zones desservies par l’ONE, c’est à Rabat, Salé, Témara et toutes les régions couvertes par Rédal, que le prix de l’électricité est le moins cher.
Il faut savoir que les tarifs de l’électricité et de l’eau sont réglementés par les pouvoirs publics et sont instaurés par voie d’arrêtés du ministère des affaires économiques et générales. Pour l’électricité, les prix de vente à la production et à la distribution sont fixés par une commission interministérielle composée de différents départements concernés notamment l’Intérieur, les Finances, l’Energie et les Mines et les Affaires générales du gouvernement. Pour les villes où la distribution est assurée par des gestionnaires délégués, Casablanca, Rabat-Salé, Tanger et Tétouan, les tarifs à la distribution relèvent du contrat qui lie les opérateurs privés aux villes en question mais toujours sous la supervision des pouvoirs publics, notamment le ministère de l’intérieur.
Les clients de l’ONE, des régies et des distributeurs locaux paient pratiquement le même tarif de base. Ce qui change en fait, c’est ce qu’on appelle la partie para-tarifaire dans la facturation qui englobe la redevance de comptage et les frais de location du compteur que les clients règlent mensuellement. Les distributeurs locaux ont la compétence de fixer les frais de cette redevance fixe «en fonction des investissements et des infrastructures mises en place pour l’exploitation des réseaux», explique un cadre de la direction des régies de distribution d’eau et d’électricité.

Une dizaine de villes profitent de tarifs inférieurs à ceux de l’Onep

Pour l’eau également, ce sont les pouvoirs publics qui fixent depuis 1975 les prix de livraison par l’ONEP à ses gros clients (les distributeurs). Actualisés en 2006, ceux-ci varient selon 18 zones du pays en fonction de leur source d’approvisionnement. Là aussi des différences importantes sont observées.
Le principe de la tarification est simple : les localités alimentées du même centre paient le même prix. Aussi les concessionnaires à Casablanca et à Rabat-Salé ainsi que les distributeurs à El Jadida-Azemmour, à Khouribga et à Kénitra-Mehdia payent le m3 entre 4,34 DH et 4,14 DH. Tandis qu’à Tanger, Tétouan-Fnideq-M’diq, Larache-Ksar Kébir, Settat, Meknès et Béni Mellal-Kasba Tadla-Fqih Ben Salah, les opérateurs achètent le m3 entre 2,19 et 2,96 DH.
Le coût d’investissement et d’exploitation des sources d’approvisionnement reste décisif dans la fixation de ces tarifs à la production. Autrement dit, moins la mobilisation de la source est coûteuse, moins les prix à la vente sont élevés. Ainsi, si des localités comme Settat, Béni Mellal et Meknès ont les tarifs les plus bas (respectivement 2,19 DH, 2,39 DH et 2,41 DH le m3), «c’est parce que leurs sources en eau sont abondantes et que les infrastructures d’adduction de cette matière vitale ne nécessitent pas de gros investissements», explique Driss Bahaj, directeur commercial et marketing à l’ONEP.

Les tarifs des concessionnaires sont parfois très attractifs

Ce qui naturellement se répercute sur les prix à la distribution. Les habitants de ces villes paient ainsi le tarif le moins cher au niveau national. A Meknès, la régie facture le m3 à usage domestique, à seulement 1,30 DH pour la 1ère tranche, 3,88 DH pour la 2ème tranche et 4,45 DH pour la 3ème tranche. Chefchaouen, Larache-Ksar El Kébir figurent également parmi les villes où les prix de l’eau sont les moins chers au niveau national avec, respectivement, des tarifs de 1,79 DH et 1,74 DH pour la 1ère tranche, et 4,71 DH et 5,31 DH pour la 2e tranche. Dans une dizaine de villes, les prix de l’eau sont inférieurs à ceux de l’ONEP qui adopte un tarif unique, dans le cadre d’un système de péréquation pour les 550 petits centres où il assure la distribution, à l’instar de Khouribga et Berkane.
Ses tarifs demeurent par ailleurs plus attractifs que ceux des concessionnaires. L’ONEP applique un prix de 2,37 DH le m3 à la 1ère tranche, 7,39 DH à la 2e tranche (de 6 à 20 m3) et 10,98 DH à la 3e tranche (de 20 à 40 m3). Tandis que Lydec facture à 2,99 DH la 1ère tranche, à 3,15 DH la 2e tranche qui est cependant moins épaisse (de 7 à 8 m3), à 10,30 DH la 3e tranche (9 à 20 m3) et à 14,08 DH la dernière tranche. Quant à Redal, à Rabat, elle propose des prix qui varient selon les zones du périmètre qu’il gère et ceux-ci sont parfois inférieurs à ceux de l’ONEP. Les résidents de Hassan paient ainsi le m3 à 2,13 DH pour la 1ère tranche et 7,21 DH pour la 2e (dont le volume est conforme à celui de l’office). Ces tarifs baissent encore un peu plus pour les résidents de Hay Nahda mais, 15 kilomètres plus loin, le même opérateur facture pour les habitants de Harhoura le m3 à 2,43 DH pour la première tranche et 7,36 DH pour la seconde. Ces prix augmentent un peu plus pour les consommateurs résidant à Hay Riad.  Si sur le plan économique des différences de tarifs peuvent se justifier, il n’en demeure pas moins que le système souffre de plusieurs lacunes. La plus importante manifestement est le fait que des producteurs, de surcroît en monopole, soient aussi des distributeurs. Il y a également le système de tranches, notamment celles dites sociales, généralement subventionnées mais qui, finalement, profitent à tous les clients et pas seulement aux nécessiteux. Pour réformer tout cela, les pouvoirs publics n’ont d’autres choix que de procéder progressivement pour corriger une à une les distorsions du système. Déjà depuis quelques mois, un projet de loi est dans le pipe pour supprimer ce qu’on appelle les tarifs avec minimum (voir encadré). Le ministère des affaires générales a également initié une enquête sur la transparence des systèmes de facturation des distributeurs d’eau et d’électricité.