Dveloppement à l’international : Un considérable potentiel à l’export encore sous-exploité

Les entreprises nationales spécialisées dans la construction de routes, en ayant accumulé très tôt une solide expertise, étaient naturellement disposées à s’exporter sur tout le continent africain.

Les entreprises publiques spécialistes du développement des infrastructures de base, notamment les réseaux routiers, sont parties en éclaireurs, étant les premières à s’impliquer dans quelques projets de routes au niveau du continent. Les entreprises privées s’y sont mises par la suite, soutenues dans leurs initiatives par une diplomatie économique très dynamique. Un des premiers opérateurs à s’être lancé est le groupe CCGT (Consortium pour les canalisations, les granulats et les travaux), actif notamment au Sénégal depuis les années 90. Il est rejoint en 2006 par deux autres champions nationaux, les entreprises Houar et Sintram. Les trois opérateurs décrocheront dans le cadre d’un groupement l’un des plus grands chantiers publics du Sénégal, une autoroute reliant les villes de Matam et Linguère sur une distance de près de 230 km. Depuis, CCGT s’est retiré du projet qui s’est heurté à un ensemble de difficultés, ce qui n’a toutefois pas empêché Sintram de mener deux autres chantiers dans le pays portant sur l’aménagement d’une route de 66 Km entre Tambacounda et Medina Gounass et l’entretien de 116 Km de routes revêtues. Les mêmes Houar et Sintram sont aussi à l’œuvre en Côte d’Ivoire. On compte encore dans les rangs des entreprises nationales spécialistes des routes qui ont tenté l’aventure africaine la Société africaine des grands travaux El Hajji qui mène des chantiers au Sénégal et dans d’autres pays d’Afrique, ainsi que GTR (Grands travaux routiers) présente en Guinée.

A noter qu’aux côtés des entreprises de construction de routes, des sociétés nationales d’ingénierie ont réussi de belles percées sur le continent. Il en est ainsi de CID (Conseil ingénierie et développement) par exemple, qui a conduit les travaux de construction de l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, ou encore au Sénégal l’autoroute Dakar-Thiès et une route en Casamance.

«Toutes ces entreprises ont relevé de véritables défis car réaliser des projets en Afrique suppose de faire face à un ensemble de contraintes», commente Hicham Mossaddek, président de l’Association marocaine des Routes (AMR), une branche de la Fédération nationale du BTP regroupant les opérateurs spécialisés dans la construction de routes. «Il faut en effet gérer des coûts de financements élevés, des problèmes de paiement, ou encore une difficulté de satisfaire sur place les besoins en personnel d’encadrement et de maîtrise», détaille M. Mossaddek.

Ce sont précisément ces contraintes que les professionnels et les pouvoirs publics cherchent à lever pour réaliser pleinement le potentiel d’exportation du secteur. Car il faut bien comprendre que les spécialistes nationaux des routes sont encore loin de capter tout le flux d’activité que doit leur garantir leur expertise prouvée, ainsi que le constate le cabinet Valyans dans un diagnostic dressé préalablement à la réalisation du nouveau contrat programme du BTP.

C’est justement ce contrat, devant bientôt être signé par les professionnels et l’Exécutif, qui devrait favoriser un meilleur accompagnement à l’international des opérateurs, leur permettant ainsi de profiter de toutes leurs possibilités d’exportation. Il s’agira d’améliorer les conditions de ces opérations en renforçant les garanties aux entreprises (assurance…). D’autre part, l’idée est d’introduire des mesures pour augmenter la visibilité de l’entreprise nationale, par exemple en soutenant la participation des opérateurs locaux aux foires internationales, comme cela se fait au niveau d’autres pays. Ces derniers efforts sont déjà perceptibles, à savoir que le ministère de l’équipement multiplie les manifestations B2B pour consolider les liens d’affaires avec d’autres pays africains. Un congrès pour l’Afrique devrait même se tenir en mai prochain dans cet esprit.

Cette nouvelle approche est déployée concomitamment avec l’entame d’une nouvelle phase par le Maroc dans le cadre de ses relations avec l’Afrique. Celle-ci est marquée par l’impulsion d’une stratégie économique visant une intégration régionale plus poussée sur plusieurs plans. Au volet des infrastructures routières cela se concrétise par une ambition de revendre tout le savoir-faire national en s’appuyant sur trois atouts : la proximité géographique, l’expertise avérée et le coût compétitif.

Ce positionnement est d’autant plus opportun dans le contexte des multiples programmes de réhabilitation économique et institutionnelle déployés par la communauté internationale et destinés à atténuer la marginalisation dont pâtissent plusieurs pays africains. Cela ouvre au Maroc la possibilité de jouer un rôle important en suscitant une stratégie de coopération triangulaire, qui permet de mettre à la disposition des infrastructures, l’expertise et le savoir-faire des entreprises nationales. Un projet concret a été initié dans ce sens avec le Congo sur les derniers mois. Le Maroc devrait en effet apporter au pays une assistance technique ainsi qu’un transfert d’expertises et d’expériences pour la réalisation entre autres de trois projets de routes de 225 km, 573 km, et 110 km. Des techniciens marocains devraient assister le pays pour définir la méthodologie et la feuille de route, ainsi que les termes de référence en vue de la concrétisation de ces chantiers.