Dreambox, Samsat…, la demande sur les récepteurs de bouquets numériques piratés ne faiblit pas

Les marques Dreambox et Samsat sont les plus demandées. Avec un prix abordable et un accès à  des centaines de chaînes étrangères cryptées, le rush continue malgré les problèmes techniques rencontrés. L’essentiel des clients sont des accros du football.

Nous sommes à la joutia de Derb Ghallef à Casablanca un samedi après-midi. Les magasins spécialisés dans les antennes paraboliques et récepteurs numériques ne désemplissent pas. Beaucoup de clients sont en quête de ces appareils qui cartonnent depuis quelques années, les récepteurs de bouquets de chaînes étrangères piratées. La marque la plus connue sur la place est la Dreambox (appellation générique utilisée au Maroc pour ce genre d’appareils), développée et commercialisée par la société allemande Dream Multimédia et aujourd’hui rudement concurrencée par Samsat. «C’est un appareil incontournable, je l’utilise depuis quatre ans et je me réjouis de suivre tous les programmes qui m’intéressent», confie un client qui veut renouveler son abonnement annuel.

Dans un autre magasin, un client d’une quarantaine d’années s’enquiert de la qualité du serveur proposé ici, car il a connu des interruptions des émissions. Toutefois, il ne tarit pas d’éloges sur ces récepteurs. «C’est fabuleux, ils nous donnent toutes sortes de programmes télévisuels. Que ce soit du sport, du cinéma, des émissions thématiques, etc., je reste parfois des heures à regarder la télé». Son fils qui l’accompagne est moins accro, lui n’utilise la Dreambox que pour regarder les matchs de football. Dans une boutique de réparation d’appareils électroniques, on commercialise ces récepteurs neufs ou d’occasion. Omar vient d’en acheter un avec ses accessoires (la clé 3G de connexion Internet et le router) à 2 000 DH. Connaissant d’avance le prix, il n’a même pas essayé de marchander.

Même ambiance à la médina de Rabat. Un fidèle client venu renouveler son abonnement raconte en affirmant clairement sa satisfaction : «80% des gens qui achètent la Dreambox le font pour suivre les championnats de football. Pour ma part, j’ai au moins 700 chaînes de télévision à ma disposition pour regarder toutes sortes d’émissions». Cet engouement est confirmé par Othmane, 24 ans, vendeur dans une boutique de Derb Ghallef. «Depuis 6 ans, date de mon arrivée ici, la Dreambox connaît une forte demande. Il y a eu des périodes difficiles dues à la crise, mais on vend jusqu’à 40 unités par mois. Les gens veulent regarder les chaînes de télévision comme Al Jazeera Sport ou Canal+, et cela leur est désormais accessible», affirme-t-il. Un autre vendeur confirme : «On en vend une à trois unités par jour».

Un système rentable pour les vendeurs et profitable pour les clients

Cet engouement a toutefois un revers. Certes, le système fonctionne bien, mais il peut rencontrer quelques perturbations quand le serveur est saturé par les utilisateurs. Ce serveur de bouquets de chaînes télé est basé sur le piratage de l’abonnement légal par le vendeur du fait que les codes d’abonnement sont partagés avec tous les clients. «On achète des cartes d’abonnement aux bouquets authentiques et on utilise des procédés informatiques pour mettre les codes sur un serveur. Les récepteurs sont ensuite connectés à ce serveur via internet, ce qui leur permet d’accéder aux chaînes de télévision», explique Othmane. Toutefois, il y a six mois, le bouquet Showtime a été bloqué à cause du piratage et n’est plus proposé que sur un récepteur spécifique de ce réseau.

De toutes les manières, la solution du marché informel comble la demande des téléspectateurs, d’autant plus que les bouquets de chaînes étrangères (Cyfra, Canalsat, Canal+, Sky, etc.) ne sont pas commercialisés au Maroc. «L’abonnement authentique aux bouquets n’est ainsi pas garanti en cas de problème technique, alors que là il est facile de le réparer», souligne un client de Rabat. Les récepteurs de bouquets de chaînes télé étrangères sont achetés par toutes les catégories socioprofessionnelles et ce, malgré le fait que la solution repose sur le piratage. «En comparant l’offre d’un seul bouquet acheté à environ 1 300 DH et une dizaine de bouquets piratés à la moitié de ce prix, le choix des clients est vite fait», argumente un vendeur de Derb Ghallef.

Ces machines, d’origine chinoise en général, diffèrent en fonction de la marque (Dreambox, Samsat, Pinacle, etc.) et des prix. Les modèles de haute définition (HD) coûtent plus cher mais restent abordables. Preuve de cette compétitivité, la MT Box de Maroc Telecom, avec une connexion ADSL, une ligne de téléphone fixe et un bouquet de chaînes télé proposé à partir de 299 DH par mois, est visiblement gênée. A ce jour, elle n’a séduit que 50 000 clients alors que Méditel s’est désengagé du service avant même son lancement officiel.

Les entreprises structurées ne sont pas toutes perdantes dans cette affaire. Au contraire, le piratage leur a permis de trouver des idées. C’est le cas de certains distributeurs d’équipements électroménagers et de matériel audiovisuel. Au client qui vient acheter télé LCD, lecteur DVD ou antenne parabolique, ils proposent un récepteur avec un abonnement à un serveur, sauf que c’est légal. Le concessionnaire de la marque Pinacle, installé à Casablanca, s’est en effet inspiré de ce qui se fait dans l’informel pour proposer cette formule.

«A cause du piratage, la société a mis en place ce système avec un an de garantie et un récepteur de qualité», affirme Mohammed, conseiller commercial. Ici, également, on est content des ventes. «C’est très réussi malgré le piratage». Avis partagé par son collègue Badreddine, qui travaille dans un supermarché de Rabat, où l’on est en rupture de stock pour la Dreambox.